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PAR LUDOVIC PIEDTENU

"Elle arrive, elle arrive, l'élection la plus bizarre sur cette planète" écrit outre-manche John Lichfield dans The Independent ."Plus de 380 millions d'électeurs ont le droit de voter ces prochains jours pour ce qui est, théoriquement, une étape importante sur le chemin d'une grande démocratie européenne. Pourtant, écrit Lichfield , moins de la moitié d'entre eux prendra la peine de le faire. Car il faut bien avouer, ajoute mon confrère britannique, que l'Inde mise à part, il s'agit de l'exercice démocratique le plus gargantuesque jamais tenté."C'est vrai que la démesure frappe : puisqu'il s'agit d'élire 751 eurodéputés dans 28 pays pendant quatre jours. "Et ce sont les européens qui détestent l'Union Européenne, qui semblent le plus chérir leur droit de vote cette semaine" constate The Independent .Comme de nombreux autres titres européens, le quotidien britannique a analysé dans toutes les grandes largeurs cet euroscepticisme.Cette montée des partis europhobes, des partis d'extrême droite est à lire absolument partout.En Grande-Bretagne, la progression de UKIP fait les gros titres. Idem aux Pays-Bas, en Hongrie ou en France.Une montée de ces partis analysée jusqu'aux Etats-Unis.A lire dans The New-Yorker , "L'Europe a son Tea Party", l'hebdomadaire liste ce qui réunit ces partis politiques, l'immigration, l'islam.Le New-York Times , de son côté, nuance, en décelant "des fissures profondes parmi ces partis anti-establishment"."Les luttes intestines entre ces partis anti-européens rivaux pourraient bien diluer leur force collective, si comme les sondages l'indiquent, ils font des gains importants au moment de comptabiliser les votes dimanche."Et le New-York Times de lister malgré sa nuance, les pays où ce vote pourrait finir premier. "7 pays, la Belgique, la Grande-Bretagne, le Danemark, la France, la Finlande et les Pays-Bas. Et un parti populiste de gauche pourrait faire de même en Grèce.""Il devrait y avoir aussi un vote eurosceptique important, en tout cas, à un niveau historique, en Allemagne, en Espagne et en Italie", ajoute The Independent .Mais même si cela se vérifie, leurs divisions pourraient bien les empêcher de former un groupe politique au Parlement européen, peut-on lire encore dans le New-York Times qui a interrogé Simon Hix , professeur de politique européenne et de politique comparée à la London School of Economics and Political Science . Selon lui, "cet ensemble de la droite radicale n'aura pas autant de pouvoir que cela, et ce qui sera intéressant, c'est plutôt de voir la façon dont les partis de centre-droit vont répondre à l'émergence de cette droite radicale."Dimanche soir, "ce ne sera pas un tableau très flatteur de l'Union Européenne", "mal comprise et mal aimée" écrit The Independent outre-manche.Et c'est sans doute dans les colonnes des journaux britanniques, que l'on ressent le plus ce matin, cette désaffection. Dans cette Grande-Bretagne qui vote la première aujourd'hui avec les Pays-Bas.The Guardian liste par exemple "18 raisons vaguement convaincantes d'aller voter". L'une d'entre elles, "c'est que si la participation est élevée, vous n'aurez plus à lire ces articles paternalistes vous enjoignant de vous rendre aux urnes."Dans The Guardian encore, mais cette fois-ci la plume est moins ironique, celle de l'éditorialiste Suzanne Moore , qui décrit "un électorat européen rongé par la colère et aliéné pour des années.""Je peux vous dire, avec certitude, écrit-elle, QUI représente la majorité des gens dans cette élection. Personne. Le vrai problème n'est pas ce qui se dit dans le brouhaha des médias et de la classe politique, ce n'est pas ce qui fait les gros titres, à savoir, on vient de les lire, la montée de ces partis de droite eurosceptiques. Non, la vraie question, c'est que les gens ne savent pas pour quoi et pour qui ils sont censés voter, et ils n'y voient aucun intérêt à le faire."Ce qui sidère l'éditorialiste, c'est ce qu'elle appelle, "l'apathie" du peuple européen mais ce qui l'agace le plus, c'est le manque de réaction de la classe politique."Les gens ne vont pas aller voter. La participation sera très faible. Mais à quel niveau de faiblesse, à quel niveau de non-participation, va-t-il devenir acceptable de dire que ces élus n'ont aucune espèce de mandat ?" Pour Suzanne Moore , "les fissures sont affichées, visibles, les cinglés se réunissent et le baratin habituel sur l'importance d'aller voter n'y feront rien", écrit l'éditorialiste britannique, décidemment très amère, "les plaques tectoniques se déplacent sous la classe politique, un parti eurosceptique comme UKIP n'est pas LE tremblement de terre mais une simple réplique, une simple secousse. Car ce qui s'effondre véritablement, selon elle, ce sont les structures démocratiques, que l'on utilisait pour nous faire croire que nous étions tous ensemble. En réalité, nous prenons déjà racine sur les décombres."Après çà, je vous souhaite une bonne journée !

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Thomas Cluzel
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