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Par Marine de La Moissonnière

Le nouveau président afghan est Ashraf Ghani. Mais comme le précise le Daily Times, quotidien pakistanais, il ne gouvernera pas seul : son adversaire malheureux, Abdullah Abdullah, va devenir chef de l'exécutif, Premier ministre en quelque sorte. Un poste spécialement créé pour lui.

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C'est donc la fin de trois mois de crise, souligne L'Orient Le-Jour. Une crise qui a éclaté le 14 juin dernier, avec le second tour de la présidentielle et les accusations de fraude venues des deux camps.

Mais pour le New York Times, les hostilités ont commencé bien avant. Il y a déjà huit mois, en fait, dès le début de la campagne électorale. Une lutte pour le pouvoir qui n'a que trop durer, estime le Khaleej Times, journal de Dubaï, qui se félicite aujourd'hui que cela s'arrête enfin, même si comme le New York Times , le quotidien juge que cet accord de partage du pouvoir ne constitue pas une solution véritable. Tout juste s'agit-il d'une "avancée fragile" . Un pas aussi timide que l'accolade que les deux hommes se sont donnés hier lors de la cérémonie scellant ce pacte. Une cérémonie qui n'a pas duré un quart d’heure, relate le correspondant du New York Times à Kaboul, sous des applaudissements bien tièdes.

Autre preuve des divergences opposant les deux anciens candidats, quelques heures plus tard, Ashraf Ghani et Abdullah Abdullah ne se sont pas venus à la conférence de presse commune organisée. Ils ont laissé leur porte-parole se débrouiller.

Il y a pourtant un point qui rapproche les deux hommes : leur attitude pro-américaine. "M. Ghani y a vécu et travaillé pendant de nombreuses années. M. Abdullah s'y est souvent rendu ", rappelle le New York Times . Contrairement au président sortant, Hamid Karzaï, en froid avec Washington, tous deux se sont engagés à signer avec les Etats-Unis, l'accord bilatéral de sécurité qui permettra de laisser des troupes en Afghanistan. Un retrait total et brutal des soldats à la fin de l'année serait un "désastre ", explique le quotidien. Les forces de sécurité afghanes ne sont pas prêtes et toutes les parties le savent.

Mais est-ce là le seul point d'accord entre les deux hommes ? Même si les négociations menées par des diplomates américains pour sortir de la crise électorale, leur ont permis de faire du chemin l'un vers l'autre, les différences restent nombreuses, souligne le quotidien de Dubaï Gulf News qui craint que cette union ne dure guère.

Qui dominera ? Déjà, chaque camp se demande si Ashraf Ghani aura plus de pouvoirs ou si Abdullah Abdullah sera un partenaire à part entière ou juste une sorte de conseiller spécial. "Cela n'augure rien de bon ", estime le New York Times .

"Ce gouvernement d'union nationale a été fabriqué de toutes pièces ", confirme Wadir Safi, politologue de l'Université de Kaboul qui prédit une rapide implosion du nouveau gouvernement.

Il faut dire que de sérieux dossiers les attendent.

Il y a tout d'abord la sécurité bien sûr. Profitant du vide du pouvoir causé par l'imbroglio électoral, les Talibans mènent depuis quelques mois, une offensive particulièrement redoutable, sans doute l'une des plus réussies depuis le début de la guerre, raconte le New York Times . 700 attaques depuis fin mars, près de 1.400 policiers et de 800 soldats tués. Résultat : les forces de sécurité sont abasourdies et les désertions se multiplient.

Il y a aussi la question des différentes communautés qui composent le pays. Comme Hamid Karzaï avait réussi à le faire, Ashraf Ghani et Abdullah Abdullah "devront parler au nom de tous les Afghans, en particulier les Pachtounes, et éviter de balkaniser encore un peu plus le pays ", analyse le Khaleej Times .

Enfin, il y a la question économique. Sortir de la pauvreté, c'est l'une des attentes majeures des Afghans, souligne Gulf News. L'incertitude électorale n'a fait qu'aggraver une situation déjà inquiétante, estime le New York Times . Les investisseurs effrayés sont partis. L'économie tourne au ralenti. et le chômage - alimenté par le retrait des troupes - progresse. Collecter les impôts et les droits de douane coûte plus cher que ce que cela ne rapporte, raconte le correspondant du journal.

L'Afghanistan a donc désespérément besoin d'argent venu des Etats-Unis et d'autres donateurs. Problème, souligne le New York Times , certains ont fait de la tenue d'élections démocratiques et d'une transition politique pacifique la condition sine qua non au déblocage de nouveaux fonds. On est loin du compte pour l'heure. Le scrutin de juin est tellement décrié que Abdullah Abdullah a exigé que les résultats ne soient pas publiés tout de suite. "Des gens ont risqué leur vie pour aller voter ", raconte Nader Nadery, responsable de la Fondation pour des élections libres et justes en Afghanistan. "Cela va être très dur de les convaincre de revenir voter maintenant. "