France Culture
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Par Eric Biegala

"Pour le Moment ce n'est encore qu'une guerre des mots" * prévennait hier The Daily Beast mais ça pourrait parfaitement dégénérer... dans un long article prophétisant une " prochaine zone de guerre en Mer de Chine méridionale" , le site web américain se faisait l'écho des tensions dans la région, des tensions qui cette fois ne concernent pas que les Etats qui bordent la Mer de Chine : Taiwan, la Malaisie, les Philippines, l'Indonésie, la Chine ou le Vietnam mais aussi les Etats-Unis. Du Côté chinois on faisait montre d'ailleurs des mêmes craintes puisqu'hier également The Global Times , un tabloïd appartenant au Quotidien du Peuple - l'organe officiel du Parti communiste Chinois - prévenait qu'une guerre entre la Chine et les Etats-Unis était dorénavant "inévitable, à moins que Washington ne cesse d'empiéter sur les intérêts chinois " en Mer de Chine.Ce qui est en cause ? Toujours a peu près la même chose : les prétentions chinoises sur un chapelet d'îles - cette fois il s'agit non pas des îles Senkaku/Diaoyu en Mer de Chine Orientale disputées entre la Chine et le Japon, mais de l'archipel des Spratleys, en Mer de Chine méridionale, beaucoup plus au sud et que Pékin revendique comme son territoire. Les Spratleys ce sont plusieurs chapelets d'îles : en tout d'une une quarantaine d'îlots, de bancs de sable , de récifs et de hauts fonds, inhabités, qui se trouvent à plus de 1500 km des côtes de la Chine continentale et beaucoup plus près des côtes Malaisiennes ou de celles des Philipines, deux Etats qui en revendiquent également la souveraineté.Mais, si les Philippines ou la Malaisie ou même le sultanat de Brunei (qui a également des prétentions sur l'endroit) n'ont pour le moment, pas assorti leurs revendications territoriales d'avancées concrètes, la Chine, elle, s'est mise à l'ouvrage. Depuis un an elle a construit sur ces îles et îlots. Elle e à remblayé, elle a consolidé, elle à ramené du sable en surface et sont apparus en quelques mois des ports, des bâtiments, quelques bunkers, et même les prodromes d'un aéroport avec une piste de 3000 m. de long : de quoi faire atterrir n'importe quel gros porteur... ou avion de chasse. "la vitesse, la taille, l'échelle générale de ces constructions off shore, de ces infrastructures en mer de Chine Méridionale tout ça n'a pas de précédent dans l'Histoire, si l'on excepte bien sûr les années de guerre"* , note Victor Robert Lee, dans les pages de The Diplomat , un site web spécialisé sur l'Asie.Quant aux Etats-Unis, c'est bien la liberté de ciruclation dans et autour de ces eaux qui les préocuppent. Sur ces 3 millions et demi de Kilomètres carrés de mer, saupoudré d'îlots,* "transitent environt la moitiées des tankers qui croisent de part le monde* , note The Daily Beast ** ; au total le volume commercial des échanges sur ces eaux c'est 5300 milliards de dollars par an et six des dix ports les plus importants du monde se trouvent sur les différentes côtes" * de la Mer de Chine méridionale. Alors, certes, "les Etats-Unis n'ont pas de revendication sur ces îles, mais s'il est une constante dans la politique étrangère américaine depuis sa naissance c'est bien la défense de la liberté de navigation * note encore The Daily Beast ; et si les Etats-Unis entendent défendre la liberté de navigation dans ces eaux, ils devront faire voler leurs avions à l'intérieur de ce que Pékin considère comme son espace aérien et croiser ses navires de guerre dans des eaux que la Chine considère comme ses eaux territoriales". .. recette assurée pour une confrontation directe.Et c'est d'ailleurs ce qui s'est passé il y a quelques jours, quand des avions de la marine américaine, et notamment un patrouilleur Poseidon s'est approché de l'îlot de Nansha... réaction immédiate chinoise : contacté par radio l'avion a été fermement invité à quitter la zone, ce qu'il n'a pas fait tout de suite, déclenchant en retour l'ire de Pékin : *"C'est bien les Etats Unis qui voyagent sur des milliers de miles et qui viennent jusqu'aux portes de la Chine, forçant cette dernière à préserver ses intérêts souverains, * tonnait dans les colonnes du Global Times ** de Pékin Peng Guangqian, un expert militaire de l'armée Populaire de Libération. "Et la Chine frappera vraisemblablement si les Américains s'aventurent dans la zone des 12 miles autour de nos îles " prévennait encore Peng.Un autre universitaire chinois toujours dans le Global Times avertissait, lui, qu'"une fois que la Chine disposera d'avions capables de faire respecter sa souveraineté sur ces îlots (comprenez une fois que la piste actuellement en construction sur l'un d'entre eux sera terminée), ceux ci seront en droit d'ouvrir le feu sur des avions américains violant sa souveraineté aérienne" ... Et il n'y a pas que les avions Américains à voler dans la zone bien sûr... la presse de Manille rapporte que ses propres appareils volent évidemment au dessus des Spratleys dans cette Mer de Chine méridionale que les Philippines appellent "Mer des Philipines occidentale", qu'ils continueront à le faire et surtout que le ministre de la défense philippin Voltaire Gazmin a prévu de s'enquérir auprès de son homologue américain de l'étendue effective de l'aide militaire que Washington est prête à fournir à Manille pour contrer les ambitions chinoises. Concrètement, rapporte l'agence Reuters , Gazmin devrait demander aux Américains dès demain de lui fournir des avions de chasse, des bateaux garde-côtes et des systèmes radars. Quant au Japon, il pourrait également entrer dans la danse en Mer de Chine méridionale ; son ministre de la défense déclarant hier à la **Nikkei Asian Review ** qu'il serait tout à fait prêt à faire évoluer ses propres avions de chasse ou de reconnaissance au dessus des îlots revendiqués par la Chine, ce qui a coup sûr sera vu depuis Pékin comme une "provocation" supplémentaire.

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Thomas Cluzel
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