Manifestants pour la paix au Haut-Karabakh
Manifestants pour la paix au Haut-Karabakh
Manifestants pour la paix au Haut-Karabakh - Leonhard Foeger
Manifestants pour la paix au Haut-Karabakh - Leonhard Foeger
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Résumé

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : l'Azerbaïdjan et les autorités séparatistes de la région du Haut-Karabakh soutenues par l’Arménie ont annoncé avoir conclu un accord de cessez-le-feu, après 4 jours d'intenses combats qui ont fait au moins 73 morts.

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Dans la région du Haut-Karabakh les violents affrontements de ces derniers jours ont fait au moins 73 morts et des centaines de blessés. Hier soir, le ministère azerbaïdjanais de la Défense a annoncé la mort de 31 de ses soldats et de deux civils, tandis que les séparatistes ont fait état de 35 combattants arméniens et cinq civils tués. Mais après quatre jours d'intenses combats (les pires depuis le cessez-le-feu instauré dans cette zone stratégique du Caucase en 1994), l'Azerbaïdjan d'un côté et les autorités de la région séparatiste soutenue par l'Arménie de l'autre ont annoncé hier un cessez-le-feu. Ainsi ces derniers affrontements n'auront-ils été qu'un grand bruit de sabres. Mais ce conflit récurrent, prévient le HANDELSBLATT, n'en reste pas moins un véritable baril de poudre.

Tout d'abord, des interrogations demeurent concernant le sort des territoires conquis. L'Azerbaïdjan affirme avoir pris le contrôle de plusieurs hauteurs stratégiques et a annoncé son intention d'y renforcer ses positions. Quant aux autorités séparatistes, elles avaient affirmé être prêtes à discuter d'une trêve que si elles récupéraient le terrain perdu dans la région.

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Ensuite, l'escalade militaire est survenue au moment où la Russie et la Turquie traversent une grave crise diplomatique sur fond de guerre en Syrie. Or l’Arménie étant la protégée de la Russie et l’Azerbaïdjan l’alliée de la Turquie, les intérêts de Moscou et d’Ankara pourraient, en effet, entrer en collision directe dans ce conflit, prévient DIE TAGESZEITUNG. En d'autres termes, poursuit le journal, en cas de réactivation du conflit, des soldats russes et turcs pourraient s’affronter. Et d'ailleurs, la Turquie a multiplié ces derniers jours les déclarations fracassantes. Hier encore, son Premier ministre a prévenu que son pays resterait aux côtés de l'Azerbaïdjan jusqu'à l'apocalypse. Un peu plus tôt, le président Erdogan avait déjà pris le risque d'attiser les tensions en martelant que le Karabakh retournera un jour, sans aucun doute, à son propriétaire originel, l'Azerbaïdjan. Ce faisant, les combats de ces derniers jours pourraient donc être interprétés comme un signal émis par la Turquie : une réaction, en somme, à l’immixtion russe en Syrie et surtout une mise en garde à l’adresse du Kremlin, l'intimant de se garder de toute ingérence dans la question kurde.

Et puis preuve, là encore, que ce conflit récurrent reste un véritable baril de poudre, en dépit de l'annonce hier d'un cessez-le-feu, la région s’inscrit dans le cadre d’un petit jeu géopolitique auquel participent également les États-Unis, rappelle le quotidien ROMANIA LIBERA. L’Azerbaïdjan a en effet réamorcé le conflit juste après la visite de son président à Washington. De l’avis de certains experts, les américains chercheraient ainsi à pousser Vladimir Poutine à faire preuve de davantage de retenue dans les conflits en Syrie et en Ukraine. Ou dit autrement, les États-Unis pourraient être tentés de vouloir réactiver ce conflit, de telle sorte que celui-ci puisse servir d’instrument de négociation à tout moment.

Sans compter que le problème, c’est que la Russie, les États-Unis et l'Europe composent avec l’Azerbaïdjan parce qu’il a du pétrole. Ce conflit, qui s'est cristallisé à l'époque soviétique lorsque Moscou a attribué ce territoire en majorité peuplé d'Arméniens à la république socialiste soviétique d'Azerbaïdjan, intervient dans une région stratégique pour le transport des hydrocarbures. Et c'est l'une des raisons principales qui explique que la Russie qui fait partie, avec la France et l’Allemagne, du groupe de l'OSCE (l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) en charge du dossier pour la résolution du conflit du Haut-Karabakh a aujourd'hui ses intérêts propres dans la région, précise LE TEMPS. Dans le même temps, l’Arménie et son pupille le Haut-Karabakh sont, eux, très dépendants de la Russie, aussi bien sur le plan économique que militaire. C'est ainsi, par exemple, qu'après avoir flirté avec l’Union européenne pour un accord de libre-échange, Erevan a finalement choisit de rejoindre l’Union douanière eurasiatique dominée par la Russie. Moscou est également le principal fournisseur en armes aussi bien de l’Azerbaïdjan que de l’Arménie, qui accueille sur son territoire des bases militaires russes. Et voilà pourquoi, selon certains observateurs, le statu quo du Karabakh serait garanti en grande partie par le Kremlin, aujourd’hui confronté qui plus est à des problèmes plus graves et qui n’a donc aucune envie de voir une guerre enflammer la région.

Enfin on pourrait encore citer un dernier enjeu et non des moindres. Cette région pauvre du Caucase est devenue aujourd'hui le refuge de nombreux jihadistes de l'organisation État Islamique, précise à nouveau le HANDELSBLATT. Ce qui signifie qu'en cas de guerre ouverte, il serait encore plus simple pour les jihadistes de se cacher et de recruter de nouveaux combattants. Une nouvelle guerre dans le Caucase n'est donc dans l'intérêt de personne, conclut le quotidien de Düsseldorf, qui plaide pour une issue diplomatique à ce vieux conflit.

Reste que depuis des années, rappelle LE TEMPS, les échauffourées sont incessantes à la frontière et les déclarations belliqueuses des deux parties témoignent bel et bien d’un refus persistant de faire des concessions pour évoluer, justement, vers une issue pacifique. Aujourd’hui la petite république autoproclamée arrimée à l’Arménie et à laquelle elle espère s’unir un jour, possède une Constitution, un parlement, un blason et une armée de 20 000 hommes, pour une population totale de 140 000 habitants. Mais elle n’est toujours pas reconnue par la communauté internationale et l’Azerbaïdjan continue de la considérer comme son territoire occupé. Et c'est aussi la raison pour laquelle à la question de savoir qui est à l’origine de l’étincelle qui a mis le feu aux poudres ces derniers jours, certains observateurs jugent que la responsabilité serait plutôt du côté des Azéris, qui ont davantage de raisons d’ébranler un statu quo inacceptable dans le but de récupérer une région qui leur a été arrachée par la force.

Par Thomas CLUZEL

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Thomas Cluzel
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