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PAR LUDOVIC PIEDTENU

Voilà une histoire de nature à porter un nouveau coup aux relations entre l'Allemagne et les Etats-Unis.Il y a un an, l'été dernier, l'ancien consultant américain de la NSA, Edward Snowden révélait le vaste programme d'espionnage outre atlantique, visant entre autres Berlin et même le téléphone portable de la Chancelière Angela Merkel.Depuis quelques jours, une autre information vient ajouter du trouble.Mercredi dernier, un homme de 31 ans a été arrêté. Il travaille pour le BND, les services de renseignement allemands.Mais "tous les indices montrent qu'il a travaillé pour les Américains" déclare hier un haut responsable de ces services dans l'édition dominicale Frankfurter Allgemeine am Sonntag .Il travaillait donc depuis 2012 pour la CIA américaine, affirmait hier en choeur la presse allemande.Cet agent double aurait été missionné pour recueillir des documents de la commission d'enquête parlementaire chargé outre-rhin de travailler sur les révélations d'espionnage de la NSA.Dans The Guardian à Londres, "il aurait remis 218 documents à un contact américain non identifié, et il a offert ses services de façon volontaire en échange au total de 25 000 euros," selon des sources politiques et des sources du renseignement.Toujours en Grande-Bretagne, The Independent , ajoute, "la taupe voulait même devenir un agent triple, puisqu'il aurait également cherché à vendre il y a trois semaines des documents aux services secrets russes" , son email a été intercepté et c'est ainsi qu'il a été démasqué."Si les informations sont exactes, ce ne sont pas des peccadilles" , a réagi dans un tweet le chef de la diplomatie allemande, Franck-Walter Steinmeier, actuellement en visite en Mongolie.La Chancelière, elle, est en voyage en Chine et n'a pas directement réagi à cette affaire.Son porte-parole a simplement déclaré : "l'affaire est grave, c'est évident" .A lire dans l'International New-York Times , "le Président allemand, Joachim Gauck, dont le rôle est essentiellement honorifique mais qui parle de plus en plus sur les questions quotidiennes, précise le journal américain, était hier à la télévision ZDF" ."La colère était palpable" , écrit le quotidien. "S'il s'avère, déclarait-il, que les Etats-Unis ont espionné l'Allemagne, alors notre amitié serait en jeu et nous devrions vraiment dire : maintenant, ça suffit." "Berlin a convoqué l'ambassadeur américain, vendredi 4 juillet, jour de l'indépendance" outre-atlantique, pour l'International New York Times , "peut-être le signe le plus frappant de cette tension entre les deux pays" . C'était quelques heures avant la réception qu'allait donner l'Ambassadeur pour des centaines d'invités.Der Spiegel raconte la fête, "les sourire de façade entre l'Ambassadeur et ses hôtes" .On y a même vu Hillary Clinton de passage à Berlin pour la promotion de son livre. Sa parole est observée, elle qui est perçue comme la future candidate démocrate pour l'élection présidentielle, "la relation avec l'Allemagne est importante, disait-elle samedi, il ne faut pas qu'elle soit dégradée ou détruite" avant d'ajouter hier, dimanche, "voyons quels sont les faits, nos relations ne doivent pas être mises en danger." Cette affaire d'espionnage au sens large est très suivie par les médias allemands depuis un an.L'hebdomadaire Der Spiegel apporte régulièrement de nouveaux faits.Ou des interviews d'experts comme celles réalisées dans la livraison de cette semaine : l'avocate, militante des droits de l'homme, Jesselyn Radack qui représente Edward Snowden et un ancien espion de la NSA, Thomas Drake. Pour la photo, ils ont posé tous deux, place de Paris, face à l'ambassade américaine à Berlin près de la porte de Brandebourg.Question de Der Spiegel ** : "une enquête a été ouverte il y a un mois en Allemagne pour l'écoute du portable de la Chancelière mais pas pour l'écoute massive des allemands. Pourquoi à votre avis le Procureur général n'est-il pas allé plus loin ?" Réponse de l'avocate Radack : "Ils ne veulent pas connaître la vérité, d'une certaine façon, ils sont complices ou ils ne veulent pas vraiment enquêter." Relance d'un des journalistes : "la NSA se défend, en disant que, dans la guerre contre le terrorisme, pour trouver l'aiguille dans la botte de foin, il faut plus de foin" .Réponse de l'avocate : "si vous cherchez l'aiguille dans la botte, vous n'allez pas chercher à rendre la botte plus grosse. Le gouvernement américain se fait volontiers marchand de peur en disant "si vous êtes contre la surveillance, la prochaine attaque terroriste sera contre vous" .L'interview se poursuit où les deux interlocuteurs confirment les liens très étroits qui existent, depuis la Guerre froide, entre les deux agences, l'américaine NSA et l'allemande BND.Avec un échange d'informations qui s'est un peu fait à sens unique, à l'avantage des américains. Et la relation est devenue encore plus étroite après les attentats du 11 septembre.Pour l'ancien agent de la NSA, Thomas Drake, il est clair que "l'Allemagne était devenue la cible numéro 1 pour les Etats-Unis puisque les pirates de l'air ont vécu en Allemagne, ils s'y sont formés et ils ont communiqué à partir de ce pays. A Washington, on disait, on ne peut pas faire confiance aux Allemands parce qu'il y a des terroristes qui vivent parmi eux. De façon ironique, ajoute Drake, cela a accentué la relation entre les agences de renseignement des deux pays pour que la NSA ait encore plus de contrôle sur ses homologues allemands." "Pourquoi êtes-vous devenu un lanceur d'alerte, un dénonciateur ?" interroge enfin Der Spiegel .Réponse de Drake : "C'était juste après le 11 septembre. Il était devenu clair pour moi qu'afin d'éviter un nouvel échec dans la protection des gens, nous devions mettre l'Etat de droit de côté. La NSA a violé notre Constitution en espionnant ses propres citoyens. Aujourd'hui, nous avons la plus grande plateforme de surveillance que le monde n'a jamais connu. C'est pourquoi je frémis, dit Drake qui conclut : dans mon pays, la sécurité nationale est devenue religion d'Etat." A Berlin, certains Parlementaires réfléchissent à "rembourser" les Etats-Unis en invitant sur le sol allemand celui qui est en exil en Russie, Edward Snowden.

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