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Par Eric BiegalaUne victoire sans précédent, un "raz de marée" , un "tsunami" une "avalanche" , un "tremblement de terre" : les présentateurs de la télévision indienne ont multiplié ces dernières heures qualificatifs et comparaisons pour décrire la victoire à New Delhi d'Arvind Kejriwal et de son* Aam Aadmi Party* , ce que l'on pourrait traduire par "Le parti de l'homme ordinaire", de l'homme de la rue, le parti de Monsieur-Tout-le-Monde...Le Territoire de la Capitale de Delhi - qui , avec ses 13 millions d'habitants a déjà la taille d'un petit pays - élisait en effet ses représentants hier. Et c'est l'homme de la rue qui l'a très largement emportée..."En obtenant 67 des 70 sièges de l'Assemblée Législative, Arvind Kejriwal a réussi quelque chose de peu commun, d'extraordaire même" , écrit ce matin le quotidien The Hindu dans son éditorial "En conduisant au succès une formation politique agée de moins de deux ans et intelligemment nommé 'le parti de l'homme ordinaire', Arvind Kejriwal a montré que les aspirations de l'électeur ordinaire pour une politique nouvelle sont en mesure de marginaliser tous les autres partis, y compris le BJP" le parti nationaliste hindou du premier ministre Narendra Modi qui avait lui-même remporté une très large victoire à l'occasion des élections générales de 2014. Cette victoire de l'homme de la rue à New Delhi, poursuit The Hindu , "souligne surtout les attentes des gens ordinaires pour une gouvernance accessible, transparente et qui tiennne ses promesses". A vrai dire, rappelle Anadolu Ajansi , l'agence turque d'information, "quand en 2011 un groupe d'activistes qui défilaient avec leurs balais dans la capitale indienne ont lancé leurs premières associations anti-corruption", ce qui allait devenir l'Aam Aadmi Party - nombreux étaient ceux qui réduisait ce groupe à une simple bande d'agitateurs anarchisants".. . Mais leur victoire d'hier est véritablement sans précédent "Aucun parti en Inde n'a jamais connu une telle victoire qui dépasse les 95%" , confie à l'agence l'universitaire Juzar Bandukwala.Arvind Kejriwal lui-même jure franchement par rapport aux politiciens indiens traditionnels. A 46 ans cet ingénieur mécanicien devenu percepteur en 1995 "quitte les services fiscaux en 2001 pour s'engager à fond dans la campagne anti-corruption" rappelle le site web de la chaine de télévision NDTV . Sa première campagne, pour obtenir un droit d'accès à l'information en 2005 est un succès : une loi est votée en ce sens. En 2012, il fait cause commune avec une autre activiste pour pousser et finalement obtenir la création dans le pays d'un médiateur chargé d'enquêter sur la corruption des fonctionnaires et des élus... A la création du "Parti de l'homme ordinaire" en 2012 il choisit le balai comme symbole... "symbole du ménage qui doit être fait dans la politique pourrie" du pays. Quant au petit calot blanc dont il se coiffe souvent, façon Gandhi, "il est là pour rappeler à l'Inde une ère durant laquelle le service public et l'hônneteté étaient des valeurs politiques", explique l'ancien percepteur. La mise d'Arvind Kejriwal : pantalons mal coupés et sweatshirts informes tranche aussi franchement avec les costumes à 15000 dollars de l'establishment politique indien, notamment du premier Ministre Narendra Modi, rappelle aussi la chaine IBNLive ** ; quant à son programme de campagne, il s'est concentré sur des ambitions simples mais parlantes : l'accès à l'eau potable pour tous - et gratuitement - l'electricité subventionnée... tandis que le BJP de Modi multipliait, en guise de campagne, les attaques ad hominem ...Le triomphe de "l'homme ordinaire" est aussi et peut-être même surtout une défaite cuisante pour le parti nationaliste du Premier Ministre. "Je ne crois pas qu'une telle victoire puisse procéder uniquement d'un vote d'adhésion ; c'est un très important vote négatif... Un vote de rejet du BJP, de la politique menée par le BJP à Delhi, pas forcément de celle qu'il conduit au niveau national" , estime l'analyste Sagarika Ghose dans les colonnes de l'Economic Times , même si "l'invincibilité supposée et la puissance * (du parti) de Modi ont été irrémédiablement entamées" .Pour l'universitaire Juzar Bandukwala également, le vote de Delhi est clairement la résultante d'un rejet. "Le mandat sans appel reçu de l'électorat de Delhi traduit les préocupations et le rejet par les electeurs indiens de trois choses" , explique-t-il a Anadolu Ajansi ; "le capitalisme corrompu, la véhémence des groupes nationalistes de droite, et enfin le comportement de Modi lui-même, notamment à l'occasion de la visite d'Etat de Barrack Obama, lorsqu'il s'est affiché avec des costumes à plus de 15000 dollars !" Le gouvernement Modi s'appuie sur quelques grosses entreprises, lesquelles ont immensément bénéficié de ses huit mois à la tête du gouvernement... et c'est très dangeureux" , poursuit l'universitaire ; "quant au RSS* (un groupe nationaliste hindou affilié à son parti), il a dépassé toutes les limites de la décence. Les musulmans évidememnt s'alarment. Mais la plupart des Hindous sont également mal à l'aise de le voir violer ainsi les principes mêmes de l'hindouisme". * "Cette cuisante défaite va obliger le BJP à faire son autocritique" , renchérit l'éditorial de* The Hindu** ; le parti* "va devoir prendre conscience que la politique du rouleau compresseur, qui peut bien fonctionner à court terme, peut également rebondir de manière désastreuse, non seulement pour le parti lui-même mais pour toute la classe politique... En mai 2014* , poursuit le quotidien, Narendra Modi représentait le changement... la victoire aujourd'hui de l'Aam Aadmi Party doit rappeller au BJP qu'on peut exiger du changement au delà de Mr Modi". Alors, le changement c'est maintenant ? Arvind Kejriwal prendra officiellement samedi ses fonctions de Chief Minister de l'agglomération de Delhi... Saura-t-il conduire une autre politique pour la gigantesque mégapole, une politique qui profitera cette fois à "l'homme ordinaire" ? L'ancien percepteur se retrouve aujourd'hui à l'endroit précis où l'on reconnait le maçon : au pied du mur.

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Thomas Cluzel
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