Le président russe Vladimir Poutine
Le président russe Vladimir Poutine
Le président russe Vladimir Poutine ©AFP - Odd ANDERSEN
Le président russe Vladimir Poutine ©AFP - Odd ANDERSEN
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Résumé

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : de l’annonce du nouveau missile intercontinental russe jusqu'aux accusations de cyber attaques, en passant par la Syrie ou les gesticulations en mer Baltique, le risque existe-t-il de rallumer la guerre froide ?

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«Ce sera eux ou nous», avait l'habitude de répéter Lénine. Et à l'évidence son lointain successeur, Vladimir Poutine, partage cette même vision d’un monde bipolaire, note cette semaine le dernier numéro du Courrier International consacré à la Russie. Bien sûr, officiellement, le chef du Kremlin n’aspire qu’à la paix. Mais pas n’importe laquelle, précise toujours le directeur de la rédaction de l'hebdomadaire, avant de rappeler que récemment encore, Vladimir Poutine expliquait : «Nous voulons tous faire baisser les tensions internationales, mais pas au prix de notre enterrement».

Dans le contexte de cette supposée nouvelle guerre froide avec la Russie, la Pologne, elle, n'a pas non plus l'intention de s'enterrer quitte même à déterrer, au contraire, la hache de guerre ou plus exactement à déterrer ses morts. Le gouvernement vient, en effet, d’ordonner l’exhumation de 96 corps, les 96 victimes de la catastrophe aérienne de Smolensk (dans laquelle le président Kaczyński, notamment, avait trouvé la mort). C’était en 2010. Plus de six ans après l’accident et en dépit des conclusions officielles de l'enquête qui ont attribué ce crash aux mauvaises conditions météo, Varsovie espère désormais prouver la thèse d’un attentat téléguidé par la Russie. D’où cet article intitulé « La politique faite sur les tombes » et dans lequel le journal d'opposition GAZETA WYBORCZA raconte comment la gendarmerie frappe désormais aux portes des familles des victimes pour les informer que leurs proches seront bientôt déterrés, avec ou sans leur approbation. Problème, en Pologne (pays très catholique souligne l’édition polonaise du magazine NEWSWEEK), les exhumations représentent une violation d’un tabou fondamental. Ce faisant, la démarche entreprise par les autorités est jugée, par beaucoup, indécente. Mais tel que le gouvernement conçoit le déterrement de ces 96 cadavres, ces exhumations ne seront en réalité qu’un préambule à de nouvelles funérailles solennelles, lesquelles «formeront la base d’un nouvel État». Autant dire une véritable résurrection. En attendant, reprend le journal GAZETA WYBORCZA, pour les familles qui espèrent encore s'opposer à l'exhumation des corps de leurs proches, il ne leur reste plus aujourd’hui que le recours au pape François lui-même.

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Une nouvelle guerre froide à l'œuvre en Lituanie

L'an dernier, déjà, de peur d'être la prochaine cible de Moscou, la Lituanie avait décidé de remettre en place le service militaire. Un an plus tard, la peur inspirée par le voisin russe ne s'est visiblement toujours pas dissipée, comme en témoigne la distribution ces jours-ci de manuels de survie. «Comment résister, par les armes, à une potentielle invasion russe», voilà, écrit le site d’information lituanien 15, l’essence de la troisième édition du manuel de sécurité civile éditée par le ministère de la Défense. Dans ce manuel, distribué dans les écoles et les bibliothèques publiques, les Lituaniens peuvent notamment apprendre à reconnaître le matériel militaire russe, en particulier les tanks de l’armée rouge. Le livret fourmille, par ailleurs, de conseils très pratiques : comment accumuler des vivres, se déplacer en territoire occupé ou panser une plaie. On y trouve même des conseils pour savoir comment collecter des informations sur les mouvements militaires, les analyser et les transmettre aux combattants. Et même si pour l'heure les militaires lituaniens n’avouent rien sur l’imminence du danger, ils recommandent tout de même fortement de suivre ces conseils avisés.

L'ombre menaçante de Moscou en France

Dans un article intitulé «l'espionnage russe sous les coupoles», le journal suisse LE TEMPS nous apprend que depuis l'inauguration à Paris de l'imposant centre culturel orthodoxe russe (le 19 octobre dernier), les questions fusent sur l'utilisation du site à d'autres fins. Visiblement bien renseignés, mais tous désireux de rester anonymes, un bon nombre de diplomates Français font, depuis, le siège de l’Élysée et de leur ministère pour s’inquiéter. «On parle d’un site russe doté de l’immunité diplomatique, situé à quelques centaines de mètres seulement du Quai d’Orsay et de l’Élysée», déclare notamment dans les colonnes du journal un ex diplomate basé en Asie centrale. «Et poser la question de son utilisation et des risques qu’il peut présenter est, dit-il, la moindre des choses». Une note d’un ancien ambassadeur à Moscou, dont LE TEMPS a pris connaissance, juge même certaine la possibilité de voir les services d’espionnage russe utiliser ces lieux. Le journal a également appris que l’ambassadeur d’Allemagne, dont la résidence se trouve non loin de là, aurait demandé des vérifications cet été à ses services de contre-espionnage. L’ambassade de Suisse, à proximité, est elle aussi potentiellement concernée. Enfin, encore plus sensible : la présence, à quelques mètres des coupoles, des appartements utilisés par la présidence de la République pour loger, entre autres, le conseiller diplomatique et le chef d’état-major particulier du chef de l’État. Réponse de l’ambassade de Russie : «Tous ces lieux ont été visités lors de la construction. Arrêtons les fantasmes».

Aux États-Unis, Poutine sera le casse-tête du prochain président

Les menaces d’affrontement nucléaire du président Vladimir Poutine et ses provocations militaires ont eu raison des règles qui régissaient depuis des décennies les relations entre Moscou et Washington. En annonçant, notamment, sa décision de ne plus respecter l’accord sur l’élimination du plutonium militaire, le Kremlin a fait savoir qu’un retour en arrière ne serait envisageable que si les États-Unis réduisaient leur présence militaire à la frontière russe, levaient toutes les sanctions contre la Russie et versaient même à Moscou des réparations pour les pertes économiques causées par ces sanctions. Autant dire que le prochain président américain héritera d’une relation avec Moscou de plus en plus compliquée, remarque FOREIGN POLICY. Quant aux spécialistes de la Russie, interrogés par le magazine américain, ils sont visiblement partagés sur le comportement à adopter face à l’ancien agent du KGB. «On voit bien les tactiques qu’il utilise et la manière dont il s’ingère dans diverses crises mondiales», observe l'une d'entre elle. Avant de conclure : «Mais on ne sait pas trop jusqu’où il veut aller.»

Par Thomas CLUZEL