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La Hongrie de nouveau dans le collimateur de Bruxelles : non seulement le premier ministre Viktor Orbán méprise les réfugiés mais il évoque aussi, publiquement, le rétablissement de la peine de mort.

Hungary's Prime Minister Viktor Orban.
Hungary's Prime Minister Viktor Orban.
© Reuters - Yves Herman

«Pensez-vous que la Hongrie pourrait faire l’objet d’une attaque terroriste ces prochaines années?» «Savez-vous que le nombre de réfugiés arrivant dans le pays a récemment augmenté de vingt fois?» «Etes-vous d’accord que la mauvaise gestion des flux migratoires par Bruxelles a un lien avec le terrorisme en Europe?» «Etes-vous d’accord que l’Etat consacre plus de moyens aux familles hongroises plutôt qu’aux réfugiés?»

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Voilà quelques unes des 12 questions, toutes du même acabit, que le gouvernement hongrois de Viktor Orbán entend envoyer à tous ses citoyens en guise de sondage. Une initiative qui vient, une nouvelle fois, montré la dérive populiste du premier ministre hongrois. La preuve, également, que Viktor Orbán ne recule devant rien lorsqu’il s’agit de mettre en place une politique xénophobe, à l’égard de la minorité rom ou des étrangers en général.

Fort heureusement, la démarche agace Bruxelles d’autant plus qu’elle arrive à un moment où l’UE, précise LE TEMPS de Genève, fait face à une difficile crise de migrants. D'où la réaction du Commissaire aux droits de l’homme, auprès du Conseil de l’Europe, lequel a aussitôt jugé que le contenu du sondage proposé en Hongrie était inacceptable, car il ne fait que nourrir l’intolérance, dit-il, envers les migrants.

Sans compter que ce n'est pas la seule affaire pour laquelle le premier ministre attire les foudres de Bruxelles. La semaine dernière, Viktor Orbán a également évoqué le retour de la peine de mort, abolie en Hongrie à la sortie du communisme, il y a un quart de siècle. Et pourquoi ? Parce que selon lui, les sanctions prévues par la loi sur des crimes graves comme le meurtre sont trop faibles. Une allusion directe au meurtre d'une vendeuse poignardée et qui avait défrayé la chronique dans tout le pays quelques jours plus tôt.

D'où la réaction du quotidien de Budapest NEPSZABADSAG qui a aussitôt choisi de passer en revue, avec cynisme, les différentes possibilités qui se présenteraient dès-lors à l'Etat pour exécuter les condamnés : L'industrie pharmaceutique ne produisant plus de médicaments appropriés pour les condamnations, la Hongrie devrait elle, elle-même, mettre au point un produit idoine ? Ou serions-nous mieux inspirés de suivre l'exemple américain, avec ses chambres à gaz et ses chaises électriques ? Enfin, peut-être se trouverait-il, dans ce pays, des personnes prêtes à fusiller leurs concitoyens ? A moins qu'il ne faille revenir à la pendaison ?

Quoi qu'il en soit, la déclaration n’est pas passée inaperçue. Et pour cause, puisque l'interdiction de la peine de mort est un des piliers des droits fondamentaux de l'UE. L'abolition de la peine de mort est, d'ailleurs, un pré requis pour appartenir à l'Union Européenne. Dès-lors, pourquoi Viktor Orbán prend-il ainsi le risque de s'attirer une fois de plus les condamnations de Bruxelles ? Tout ceci n'aurait, en réalité, qu'une seule explication, peut-on lire sur le blog hongrois TENYTAR, cité par Eurotopics : face à une baisse de sa cote de popularité, le parti au pouvoir espère aujourd'hui couper l'herbe sous le pied de l'extrême droite, devenue la deuxième force politique du pays, après que le Jobbik a remporté une nouvelle fois une élection partielle le 12 avril dernier.

Sauf que la tentative est extrêmement peu crédible. Pourquoi, en effet, l'électorat de droite qui a tourné le dos au parti au pouvoir pour rallier l'extrême droite, préfèrerait-il une version light à l'original ? Sans compter que si le gouvernement a perdu en popularité, ce n'est pas faute d'avoir suffisamment prôné, lui aussi, les positions radicales du Jobbik, mais tout simplement en raison de la médiocrité de sa prestation à la tête du pays. En d'autres termes, le discours sur la peine de mort aurait une seule et unique fonction : celle d'occulter les manquements du gouvernement et les querelles qui le divisent.

Même analyse de son confrère suisse TAGES ANZEIGER. Le nationalisme et la xénophobie se sont déjà solidement ancrés dans la société hongroise ces dernières années, de par la politique défendue justement par Viktor Orbán. Sous entendu, l'extrême droite n'a pas eu grand-chose à faire pour se hisser à la place qu'elle occupe aujourd'hui sur l'échiquier politique. Elle n'a eu qu'à récolter ce qu'avait semé le parti au pouvoir. Ou dit autrement, la force aujourd'hui de l'extrême droite ne réside pas dans ses idées, mais dans la faiblesse de ses adversaires. Viktor Orbán a promis prospérité et emplois à ses électeurs. Deux promesses que la majorité d'entre eux n'ont toujours pas vu se réaliser. Un petit cercle d'amis du parti, d'oligarques et de proches se sont, en revanche, enrichis sans vergogne. Sauf que l'opposition de gauche n'a pas été en mesure de profiter de la grogne. Tout d'abord parce qu'elle est divisée mais aussi parce que le principal parti d'opposition, les socialistes, a toujours l'image d'un regroupement d'apparatchiks corrompus.

Sans opposition politique crédible, le gouvernement de Victor Orbán a ainsi mis en place une quasi-dictature, peut-on lire encore dans l'hebdomadaire de Budapest HETI VILAGGAZDASAG : Le parti a d'ailleurs suivi une feuille de route fort astucieuse, dit-il. Il a muselé les médias pour désinformer la population. Il a également menacé et soumis au chantage la population et institutionnalisé son hégémonie. Partout, Orbán a placé ses fidèles pour avoir un appareil docile. Mais il a également eu l'intelligence tactique de laisser, ci et là, quelques petits îlots de démocratie, comme celle d’organiser des consultations publiques, pour que la monstruosité créée ne puisse être qualifiée de dictature classique. Et pourtant ...

Par Thomas CLUZEL

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