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Par Thomas CLUZEL

Lunettes noires, chemises blanches et blazer bleu. Il était 8h30 hier matin lorsqu'il est entré par la porte arrière du théâtre, utilisé pour l'occasion comme salle d'audience précise ce matin LA STAMPA de Turin. Un théâtre en guise de tribunal, le détail n'aura évidemment échappé à personne, s'agissant de cet homme devenu la risée du monde entier.

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9 mois quasiment jour pour jour après l'accident dans lequel 32 passagers ont trouvé la mort, Francesco Schettino, le capitaine du Costa Concordia est donc apparu devant la Cour hier, pour entendre les éléments de preuve qui pèsent contre lui. Or à l'évidence, ces 9 mois n'ont en rien apaisé la colère qui au lendemain d'un certain vendredi 13 avait saisi l'Italie toute entière. A l'époque, les titres des journaux transalpins se passaient de commentaire et accusaient déjà dans leur grande majorité le commandant du bateau : Concordia, une nuit d'erreurs et de mensonges, Un grand naufrage pour une petite faveur, Croisière de la mort : la honte mondiale. Et bien aujourd'hui, l'onde de choc provoquée par le naufrage ne s'est visiblement pas éteinte, Francesco Schettino, présenté comme l'homme le plus détesté d'Italie par un journal de la péninsule a été rebaptisé «Capitaine Couard» par la presse britannique.

Tourne à gauche, et puis non, tourne à droite se moque notamment ce matin le TELEGRAPH dans cet article intitulé : le chaos avant le naufrage. Hier, raconte l'envoyé spécial du journal de Londres, les passagers présents à l'audience ont raconté leur terreur, lorsque le navire s'est violemment affaissé et que l'eau a envahit les salles des machines. Luciano, 49 ans, a dit notamment se souvenir des gens qui fuyaient dans la panique. Et puis cette attente, interminable, sans aucune information, l'extrême difficulté à descendre du bateau et le sentiment d'avoir été abandonné. Nous avons seulement échappé à la mort par hasard, ou peut-être par miracle, dit-il. Mais d'autres n'ont pas eu cette chance.

Alors au pays du commandant, à l'exception du portail de sa maison où un graffiti invite les journalistes à aller au diable, à l'exception, aussi, de certains internautes dont pas moins de 1783 utilisateurs de FaceBook ont dit «aimé» une page qui demande vérité, justice, humanité et même liberté pour Francesco Schettino, il faut bien reconnaître que les soutiens du capitaine sont plutôt rares. Depuis des mois, l'ex commandant du Concordia, hyper-bronzé et à la coiffure toujours impeccable est surtout devenu l'objet de blagues concentrant tous les stéréotypes de l'Italien dragueur et lâche. Cheveux gominés, Ray-Ban, fanfaronnade et lâcheté, il concentre tous les clichés de l'imbécile italien en vacances, écrit notamment l'une des plumes les plus acerbes d'IL FATTO QUOTIDIANO, dans cet article à lire ce matin sur le site du courrier international et intitulé : le commandant, une caricature du beauf italien.

Les Anglais ont le Titanic dit-il et nous, nous avons le Concordia qui, ne serait-ce qu’à cause de sa position à moitié immergé avec la quille fissurée est la plus belle icône de notre pays. Car plus qu'un naufrage, c'est une parabole. A présent, on sait tout ou presque du commandant. Il n'était pas seul à bord. Mais c'est comme si il avait été seul. Et c'est d'ailleurs toujours comme cela quand il y a un homme seul aux commandes, jouissant du pouvoir de vie et de mort sur les autres. Si le commandant devient fou, il n’y a rien à faire. Et s’il cherche simplement à servir son intérêt personnel, alors tant pis pour nous. Et le journaliste de préciser aussitôt, ça me rappelle d'ailleurs étrangement quelqu'un. Et puis il y a les passagers, qui en entendant le "sauve qui peut" donnent d’eux le pire comme le meilleur. L’un d’eux, aveuglé par le désespoir, arrache le gilet de sauvetage de son voisin et le laisse se noyer. D’autres se battent pour arriver en premier aux chaloupes en coupant la file et en chassant enfants, vieux, femmes ou handicapés parce qu’il n’y a plus de place. Eux aussi, peut-être vous rappellent-ils quelqu’un ? Et que dire encore du Costa Crociere la compagnie italienne propriétaire du Concordia, qui défend d’abord le commandant avant de le laisser tomber en se déclarant partie lésée parce qu’il a agi tout seul. Mais c’est précisément parce qu’il pouvait tout faire tout seul, que Costa Croisière n’est pas partie lésée. Tiens tiens, là aussi est-ce que ça ne vous rappelle pas quelqu’un ?

Mais revenons à Schettino, alias "Top Gun" pour ses amis. Si l’on avait besoin de quelqu’un pour raviver les lieux communs sur l’Italien en vacances écrit le journaliste, on ne pouvait pas rêver mieux. L’imbécile typique qui se croit malin, rusé et cool. Le caïd bronzé avec cheveux gominés et Ray-ban noires qui connaît bien les règles et a l’habitude de les contourner. Il y a un ami d’ami sur la rive à saluer toutes sirènes hurlantes ? Qu'à cela ne tienne. Que la croisière s’amuse. Et puis crac ! Oups, un rocher. Et Schettino, lui, où est-il au moment de la collision ? Un touriste hollandais jure qu’il se payait un verre au bar en compagnie d’une belle passagère qu’il venait tout juste de draguer. C’est à ce moment-là qu’il appelle la capitainerie pour dire : "Rien à signaler". Minimiser, truquer tant qu’on peut. La crise, quelle crise ? Non décidément, ça ne vous rappelle pas quelqu’un interroge une dernière fois le journaliste avant de préciser, par exemple, cet homme, qui avait débuté sa carrière sur les bateaux de croisière, chanteur à bord des navires de la compagnie Costa Croisière justement, un certain Silvio Berlusconi.

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Thomas Cluzel
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