Publicité
En savoir plus

Par Thomas CLUZEL

Voilà maintenant près d’une semaine, que de jeunes ouvriers, élèves, étudiants débarrassent la ville de toutes les ordures, déchets solides et autres herbes sauvages qui ornent les différentes artères de la capitale. Et le fait est suffisamment rare pour être souligné précise le site d’information SUD ON LINE. Armés de balais, de râteaux, de brouettes, 1500 jeunes au total ont été ainsi mobilisés pour évacuer les déchets qui campent c’est vrai, généralement le décor dans certaines rues devenues de véritables canaux d’ordures à ciel ouvert. Objectif donc pour le maire, faire de sa capitale une ville propre, avant l’arrivée demain à Dakar de François Hollande.

Publicité

A partir de demain et pour quelques jours, le président français va donc se transformer en «Hollande l’Africain» prévient le site d’information SLATE AFRIQUE. Et bien entendu, c’est peu de dire que cette première sortie du chef de l’Etat sur les terres africaines sera scrutée avec minutie et analysée dans tous ses interstices, afin de relever, aussi bien dans la forme que dans le fond les éléments de similitude et les actes de démarcation d’avec un certain Nicolas Sarkozy.

A priori poursuit l’article, il ne devrait pas être trop difficile pour François Hollande de faire mieux que son prédécesseur, tant ce dernier s’était plombé dès le début de son mandat, en affirmant à Dakar : "Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire", avant d’ajouter, que dans "l’imaginaire" africain "il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès". Alors à l’époque, rappelez-vous, Sarkozy s’était ainsi fait piéger par son conseiller, Henri Guaino, qui lui avait semble-t-il donné son texte dans l’avion, ce qui d’ailleurs avait fait dire au bouillant Abdoulaye Wade, que parfois, "il arrive qu’un président soit victime de son nègre". Et on ne saurait donc trop conseiller aux sherpas de Hollande de tourner cette fois-ci sept fois la plume dans leur encrier, pour réparer l’affront fait aux Africains.

Car attention, prévient encore le site d’information, le terrain ici est miné. Le marigot africain est souvent dangereux pour les étrangers, les crocodiles y sont nombreux et particulièrement voraces. Autrement dit, même s’il sera probablement aisé pour François Hollande de faire la promotion de la démocratie devant l’Assemblée sénégalaise, l’une des rares de la région à avoir été démocratiquement élue, même s’il ne devrait pas avoir de mal, non plus, à recueillir les applaudissements nourris du nouveau président sénégalais issu d’une transition politique pacifique qui reste trop rare sur le continent, en revanche, Hollande ne devra pas pour autant apparaître comme un donneur de leçons.

Et l'exercice s'annonce d'ores et déjà délicat. Pour preuve, à quelques jours de l'ouverture à Kinshasa du sommet de la francophonie, les propos de François Hollande mardi dernier qualifiant la situation en RDC de tout à fait inacceptable sur le plan des droits ont déjà fait couler beaucoup d'encre sur place. "Hollande: procureur ou professeur ?" s'interrogeait notamment hier, le quotidien de Kinshasa LA REFERENCE PLUS. "Hollande crache sur la RDC" pouvait-on lire encore dans les colonnes de son confrère L'AVENIR. Le premier des Français a allumé une mèche qu’il aura beaucoup de peine à éteindre y regrette notamment l'éditorialiste, car dit-il, on ne traite guère les affaires sérieuses sans considération mutuelle.

D'où ce commentaire, à lire cette fois-ci dans LE JOURNAL DU MALI : si Dakar va marquer un tournant politique important, c'est à Kinshasa en réalité que François Hollande devra jouer à l’équilibriste. Car ce voyage précise le journal, s’effectue dans un contexte particulier. Jugez plutôt : au Togo, l’État mate dans le sang le soulèvement populaire. Au Gabon, le régime a lui aussi récemment réprimé dans la violence, les manifestants pacifiques qui rejettent le verdict des urnes des dernières présidentielles. Au Congo Brazzaville, là le peuple a depuis longtemps été littéralement réduit au silence. De l’autre côté du fleuve cette foi-ci, au Congo Kinshasa, les élections truquées ont cédé la place à la violation des droits de l’homme. En Guinée comme au Cameroun, au Burkina Faso ou au Tchad, la violence et les manipulations en vue d’assurer l’éternité politique aux chefs d’États sont devenues le mode de gouvernance qui fait de l’espace francophone africain la pire des quatre aires linguistiques du continent. Et que dire encore de la situation au Nord-Mali ? Enfin, de l’Afrique centrale à l’Afrique de l’ouest francophone, quand ce ne sont pas ces événements qui font l’actualité, ce sont les caisses publiques qui sont vidées par les gouvernants, dont bon nombre passent la moitié de l’année dans les paradis fiscaux, laissant nos pays dans une situation de pauvreté extrême et de tension explosive.

Voilà pourquoi, toute la presse africaine reste donc encore extrêmement prudente quant aux avancées que pourraient procurer ce voyage présidentiel. Hollande semble prêt pour le changement, maître-mot de sa campagne présidentielle. Il a tout intérêt à y effacer les souvenirs laissés par son prédécesseur. C’est aussi une occasion rêvée pour lui de montrer qu’il traduit ses paroles en actes, encore une fois, à l’inverse de Nicolas Sarkozy lequel avait déjà promis "la rupture dans la Françafrique". Seulement voilà, la realpolitik n’est jamais très loin nuance aussitôt le site d'information SLATE AFRIQUE. Et au nom de la stabilité en RDC, ventre mou du continent, la correction ne devrait pas être trop sévère. Osera-t-il dire ses quatre vérités aux présidents Kabila, Sassou Nguesso, Biya et Bongo ? Réponse du président du changement dans quelques jours. Et après conclue le magasine FASOZINE, on aura tout le temps de juger le maçon et ses apprentis à l’œuvre.

Références

L'équipe

Thomas Cluzel
Thomas Cluzel
Thomas Cluzel
Production