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Par Thomas CLUZEL

Les Américains ont leur Rêve et lorsqu'ils ils tiennent dans leur main le fameux billet d'1 dollar avec George Washington, ils font partie de ce rêve, par-delà les préférences politiques, le statut social ou l'endroit où ils sont nés. En revanche, un Allemand ou un Français ne ressent rien de semblable a priori en serrant entre ses doigts un billet de 5 euros. De même, viendrait-il à l'idée de jeunes Polonais ou de Finlandais de mettre un T-shirt avec l'image du légendaire président de la Commission Jacques Delors pour sortir le samedi soir ? La réponse évidemment est non écrit le journal de Varsovie GAZETA WYBORCZA. Et pourquoi ? Parce que l'Union Européenne n'a pas de visage, pas de charisme. Le rêve européen n'a jamais été le rêve des Européens. Alors c’est vrai, l'Union a son propre drapeau et même son hymne, mais il n’y a pas une opinion publique ni même un gouvernement européen. Et il n’y en aura d’ailleurs probablement jamais poursuit l'article, parce que les Allemands comme les Polonais et les Espagnols ne cesseront jamais d'être des Allemands, des Espagnols et des Polonais, s’occupant principalement des problèmes ,de l'Allemagne, de la Pologne et de l'Espagne. En clair, la plus grande menace de l'Union n'est ni la crise de la dette, ni le populisme anti-européen écrit encore le journal. Non, l'Union sera réellement en danger et n'aura plus de sens, quand les gens n'y croiront plus. Chacun d'entre nous devrait donc se poser la question cardinale : qu'est-ce que l'Union représente pour lui et pourquoi veut-on qu’elle survive ? Autrement dit, la crise ne serait-elle pas un bon moment pour faire un petit examen de conscience ?

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Alors ça tombe plutôt bien, puisque pour relancer la construction européenne, un sommet extraordinaire, rien de moins, est prévu demain. Et avec quel objectif ? Selon le président de la Commission José Manuel Barroso, l'Union européenne doit devenir une "fédération d'Etats-nations". C'est notre horizon politique" avait-il affirmé lors de son discours sur l'état de l'Union, parce "qu'en ces temps d'anxiété, ce serait une erreur que de laisser les nations en proie au nationalisme et au populisme".

De prime abord, c'est vrai que le concept semble plutôt séduisant. Après tout, reconnait le site d'information MY EUROP, une fédération d'Etats est un attelage institutionnel qui a fait ses preuves, regardez la République fédérale d'Allemagne ou les Etats-Unis d'Amérique. Sauf qu'une "fédération d'Etats nations", ça en revanche, ça n'existe pas. Et pour cause, il y a quand même quelque chose qui cloche dans la juxtaposition de ces deux notions d'Etat et de nation. L'Etat est une institution souveraine, avec une administration qui le fait fonctionner, un Trésor public, une armée et un chef. A l'inverse, la nation est une notion identitaire beaucoup plus floue et qui repose sur le sentiment d'appartenance à un même ensemble délimité par des frontières.

Alors pourquoi préconiser ce fédéralisme "national-étatique", comme solution à la crise identitaire de l'Union européenne ? Cette proposition commente pour sa part le quotidien suédois SVENSKA DAGBLADET est une manière de tester jusqu’où l’UE peut aller, en proposant des mesures qui augmentent son propre pouvoir. Alors cela peut ressembler à une théorie du complot, mais ce n’est pas nécessairement le cas. Non l’amour pour le projet européen est bien réel à Bruxelles où un certain romantisme entretient le bon côté d’une Union dans laquelle les pays se rapprochent constamment les uns des autres. Et pourtant poursuit l'article, plus les pays au cœur de l’UE s’orientent vers une fédération accrue, plus il est vraisemblable qu’elle finira en une union divisée.

Mais alors pourquoi insister ? Toutes ces idées trouvent en réalité leurs racines dans un jeu qui date de longtemps et qui a pour nom "Plus d’Europe". Le but du jeu étant d’éviter le cataclysme de la guerre ou la prédominance d’un pays en particulier. C'est ce que l'hebdomadaire britannique THE ECONOMIST appelait il y a quelques temps le SimEurop. Quiconque a joué à des jeux de simulation sur ordinateur comme SimCity savent à quel point ils peuvent rendre accro. Le joueur passe des heures à créer un univers imaginaire complexe, à l’échelle d’une maison ou d’une ville entière, en inventant des personnages qui s’expriment dans un idiome bizarroïde appelé le simlish. Et bien une vogue similaire s’est emparée de Bruxelles.

Alors il n’est pas surprenant que ce soient les diplomates des pays, qui ont perdu toute influence depuis le traité de Nice et surtout depuis l’éclatement de la crise qui veulent reprendre leurs droits aujourd’hui commente DIE PRESSE. Sauf que le défaut d’un grand nombre des idées avancées est qu’elles opacifient les questions clés, plus qu’elles ne les clarifient. Les ministres des Affaires étrangères aiment peut-être l’idée de jouer avec une armée européenne, mais ce n’est pas là que se trouve la solution à la crise économique.

Pour répondre aux questions “Quelle Europe nous faut-il ?” et “De quelle Europe avons-nous les moyens ?” regardons plutôt du côté des Européens, ceux d’aujourd’hui et ceux de demain reprend le journal de Varsovie. Après tout, nous parlons d'une construction réelle, faite des gens qui la constituent, des gens ordinaires, et pas seulement des intellectuels, des hommes politiques ou des hauts fonctionnaires, mais aussi ceux qui votent, et ceux qui s’abstiennent. Or les Européens ont bel et bien changé et ne sont plus les mêmes que ceux dirigés il y a un demi-siècle. L’Union est née du traumatisme de la Seconde Guerre mondiale. Mais depuis, la sociologie a beaucoup changé. L'aggravation de la crise est l'expression de l'érosion des fondements sociaux et culturels de l'Union. En clair, ni la crise, ni les remèdes qu'on propose pour la résoudre n'ont un caractère institutionnel.

Et d'ailleurs conclue EL PAIS, alors que l'Europe souffre de “sommetite” aigüe, alors qu'elle est épuisée par les réunions au plus haut niveau qui ne produisent rien, vouloir en remettre un couche demain pour leurrer les citoyens en dit long sur l'abîme qui sépare ces dirigeants non élus, d'une grande partie de l'opinion publique.

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Thomas Cluzel
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