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Par Thomas CLUZEL

La semaine des maux de tête continue, c'est le titre à la Une du LOS ANGELES TIMES, le journal qui publie, non pas la photo d'un président casqué, mais celle d'un futur possible président américain, Chris Christie, étoile montante du Parti républicain et actuel gouverneur du New Jersey, éclaboussé par une nouvelle affaire.

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Hier, la justice a en effet annoncé le lancement d'un audit sur la façon dont M. Christie a utilisé des fonds publics après l'ouragan Sandy en 2012, tempête historique rappelle le journal, qui a fait 159 morts et endommagé ou détruit plus de 650.000 habitations. Or la justice enquête désormais sur l'affectation d'une partie de ces fonds à une campagne publicitaire, un spot télévisé diffusé au printemps dernier alors même que Christie allait entrer en campagne pour un second mandat de gouverneur. Christie aurait utilisé 4,7 millions de dollars de fonds publics pour payer ces clips, destinés à promouvoir le tourisme dans le New Jersey, des clips dans lesquels il apparaissait en famille à l'image. Or cette somme est plus élevée de 2,2 millions de dollars qu'une offre concurrente, dont les concepteurs, eux, en revanche, ne prévoyaient pas de mettre en scène le gouverneur et sa famille. En clair, selon le représentant démocrate à l'origine de l'audit, 2 millions de dollars auraient ainsi été gaspillés, puisque si Christie avait choisi la société de production la moins chère, ces 2 millions auraient pu, par exemple, servir à allouer des subventions aux habitants affectés par la tempête.

Quoi qu'il en soit, seule certitude pour l'instant, renchérit le CHRISTIAN SCIENCE MONITOR, les problèmes de Christie s'aggravent, puisque la semaine dernière déjà, il avait dû calmer un premier scandale. Sa chef de cabinet adjointe était accusée d'avoir volontairement provoqué des embouteillages sur les voies d'accès au pont George-Washington, reliant le New Jersey à New York.

Dans un courriel daté du 13 août 2013, publié par le NEW YORK TIMES, la cheffe de cabinet adjointe de Christie, écrit qu’il était temps de provoquer des blocages du trafic sur le pont. Or à ce moment là, on est en pleine campagne électorale pour le poste de gouverneur du New Jersey. Et le maire de la ville de l’autre côté du pont a refusé d’apporter son soutien à la campagne de Christie. Il n'en fallait pas plus évidemment pour voir dans la manœuvre une vengeance du gouverneur. Sans compter que l’incident n’est pas anodin. Des bouchons interminables se sont formés. C’était le jour de la rentrée scolaire. Et bloquer volontairement le trafic sur le pont le plus fréquenté du monde aurait pu avoir des conséquences catastrophiques. De fait, d'ailleurs, il y a bien eu une catastrophe, puisqu'une personne âgée de 91 ans, victime d’une crise cardiaque, n’a pas pu être sauvée en raison des embouteillages dans lesquels l’ambulance a été bloquée.

Christie lui-même a-t-il donné l’ordre d’agir ainsi contre le maire de la ville située de l'autre côté du pont en guise de vengeance, interroge le correspondant à New York du TEMPS de Genève ? Toujours est-il que pour un homme qui ambitionne un jour d’accéder à la Maison-Blanche, l’affaire, dit-il, est pour le moins embarrassante et traduit une bassesse décriée par tous les médias américains. L’intéressé, lui, nie toute implication. Je ne savais pas, je n'ai été aucunement impliqué, s'est-il notamment longuement excusé jeudi dernier, avant de licencier une collaboratrice, manière pour ce républicain modéré qui a soigneusement construit une image de rassembleur, de calmer un scandale politique qui pourrait mettre à mal ses ambitions présidentielles.

Car dans un Etat qui avait donné à Barack Obama une avance de 17 points en 2012, c'est vrai que Chris Christie a cimenté sa position de chef du Parti républicain pour l’élection présidentielle de 2016. Il faut dire aussi qu'aux dernières élections, le 5 novembre dernier, les ténors démocrates n’avaient pratiquement pas fait campagne pour leur candidate, un renvoi d’ascenseur implicite puisqu'en octobre 2012, après l’ouragan Sandy, Chris Christie n’avait pas hésité à couvrir de louanges Barack Obama, un coup de pouce qui, une semaine avant l’élection présidentielle, avait été hautement apprécié à la Maison-Blanche.

Sauf qu'après le « bridgegate » de la semaine dernière et le « floodgate » d'hier, les visées présidentielles du gouverneur républicain pour 2016 affrontent aujourd'hui un solide écueil, comme en témoignent les titres de la presse américaine. Quand le DAILY NEWS estime que le scandale détruit ses rêves de Maison Blanche, le NEW YORK POST, lui, évoque une bombe à même de doucher les espoirs de Christie pour 2016. Ou quand l’étoile montante du Parti républicain se transforme en étoile filante.

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Thomas Cluzel
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