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PAR LUDOVIC PIEDTENU"La Grèce et les pays de la zone Euro dansent au bord du précipice" affirme le magazine américain Time.Ces 19 pays ont jusqu'à la fin du mois pour négocier la suite du plan d'aide à Athènes.Mais hier soir titre les Echos on a eu droit au "clash".Athènes refuse catégoriquement la prolongation de six mois du programmes d'aide actuel le jugeant "déraisonnable" et "inacceptable".Sur le blog de Jean Quatremer, correspondant de Libération à Bruxelles, c'est un "bras de fer".Mais c'est aussi "à prendre ou à laisser". L'Eurogroupe attend désormais la réponse de la Grèce avant vendredi.Oui, la fin du mois, c'est bientôt, cela ne laisserait qu'une semaine pour permettre aux Parlements de certains pays de se réunir pour approuver la nouvelle feuille de route pour la Grèce, c'est le cas de l'Allemagne, de la Finlande ou de la Slovaquie. D'où cet enchaînement de titres filant autour du temps dans la presse ce matin : le traditionnel "Time is running out", le temps est compté ou "Time for compromise", l'heure du compromis."Tous les Européens, toutes tendances politiques confondues, écrit Jean Quatremer, campent sur une ligne dure. Le gouvernement grec dirigé par Alexis Tsipras ne s'attendait sans doute pas à se retrouver totalement isolé. Il faut dire qu'il n'entend pas céder d'un iota sur son programme électoral qui exclue non seulement tout nouveau sacrifice pour sa population, mais prévoit un plan de relance estimé à environ 12 milliards d'euros."Pourquoi pas ? Mais selon la tonalité générale de la presse, ce qui manque aux Européens, c'est le comment."L'énervement tangible des partenaires d'Athènes s'explique par le flou de la position grecque" résume le correspondant de Libération.Pour le ministre allemand Wolfgang Schäuble, la question est de "savoir ce que la Grèce veut vraiment". Son homologue autrichien va dans le même sens : "Athènes n'a mis aucune proposition concrète sur la table".Le magazine américain Time raconte la conférence de presse d'hier soir du Président de l'Eurogroupe et du commissaire européen Pierre Moscovici "tous deux visiblement exaspérés face à l'absence de progrès dans la recherche de l'insaisissable "terrain commun" que permet habituellement le classique compromis de style européen." L'américain Geoffrey Smith est moqueur.Voyons ce qu'en dit dans l'International New York Times, Paul Taylor, correspondant de l'Agence Reuters qui signe là une chronique dans les coulisses de Bruxelles.Il compare la situation à un "bateau remorqueur". L'Europe traîne comme un boulet cette crise de la dette grecque. Avec ce constat, que "la géopolitique et les situations internes, intérieures tirent dans des directions opposées." Pour lui, "le résultat de ce dernier round du drame grec peut aussi déterminer si le passage à l'euro, la monnaie unique est irréversible ou si l'on peut en sortir."Autre conséquence si cette négociation échouait, "les marchés désigneraient immédiatement le pays qui doit suivre après la Grèce, accentuant la pression et les dégâts sur Chypre ou peut-être le Portugal.""Les gouvernements en Espagne, au Portugal et en Irlande qui ont accepté les plans d'austérité en échange de l'aide européenne et qui ont devant eux des élections cette année sont déterminés à ne pas voir M. Tsipras gagner quelques concessions qui donneraient de l'élan à leurs propres opposants politiques."Le journaliste de terminer sa tribune, à lire donc dans l'International New York Times, sur l'apocalypse. J'ironise."Si la Grèce échoue à rembourser, quitte la zone euro, certains à Athènes voudront se tourner vers Moscou pour une aide financière."Ce serait le plan B de Syriza. M. Tsipras y est attendu au mois de mai à l'invitation des Russes."Certains diplomates de l'Union Européenne seraient même irrités à l'idée que des documents au sujet de la Russie trouvent le chemin du Kremlin avant même une discussion entre ministres européens. Certains diplomates, donc si l'on en croit Paul Taylor, soupçonnent depuis longtemps des officiels grecs et chypriotes d'agir tel des chevaux de Troie de Moscou." Ou plutôt, il écrit des "ânes de Troie".On voit bien l'ambiance. La presque paranoïa d'une partie de la presse et de la classe politique. Presque apocalyptique parfois. Enfin, on sent qu'elle apprend à détester, le nouveau ministre grec de l'économie, Yanis Varoufakis.Lui qui écrivait hier avant cette réunion, là aussi dans le New York Times, en pages opinion que "ce n'était pas le temps de jouer".Même s'il rappelle que dans une ancienne vie, il a enseigné les théories du jeu. Il fustige aujourd'hui ceux qui portent des accusations de "bluffs, de stratagèmes". "Rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité" semble-t-il jurer la main sur le coeur.Yanis Varoufakis rappelle l'avoir dit à ses élèves : "le problème avec la théorie des jeux c'est qu'il prend pour acquis les motivations des joueurs. Là il faut forger de nouveaux motifs, façonner une mentalité nouvelle qui transcende les clivages nationaux, dissout la distinction créancier - débiteur en faveur d'une perspective paneuropéenne qui place le bien commun européen au-dessus de la petite politique, cela prouve la toxicité du dogme c'est nous contre eux."