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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : le dessous des cartes au Vatican, en Syrie et en Turquie.
Et direction tout d'abord le Vatican, où comme son prédécesseur Benoît XVI à la fin de son pontificat, le pape François vient de faire l’expérience amère de la trahison, peut-on lire dans les colonnes d'EL PAIS, cité par le Courrier International. Deux personnes, un prélat espagnol et une laïque italienne des réseaux sociaux ont été arrêtés par la police du Vatican, pour avoir volé et divulgué des documents confidentiels. Tous deux appartenaient, en réalité, à un cercle de huit personnes, au profil très différent des traditions vaticanes, un cercle formé par le pape lui-même pour superviser l’audit des comptes du Saint-Siège et réduire les dépenses.

Or tels des agents doubles, ils auraient non seulement soustrait des documents mais aussi enregistré des conversations du pape à son insu. Autant de secrets qui, selon le journal madrilène, pourraient révéler à la fois l’ampleur des richesses du Vatican et la résistance de l’Eglise aux réformes économiques du pape.

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Pope Francis (L) in St. Peter's Basilica at the Vatican.
Pope Francis (L) in St. Peter's Basilica at the Vatican.
© Reuters - Alessandro Bianchi

Dès-lors, ces révélations risquent-elles de desservir ou au contraire d'aider le Pape François dans sa volonté de réformer la Curie ? Quoi qu'il en soit, ces documents volés ont d'ores et déjà été transmis à la presse et feront l'objet de deux livres à paraître prochainement. Celui de Gianluiggi Nuzzi sortira le 11 novembre. Il y détaille les obstacles rencontrés par le nouveau Pape dans son opération de grand nettoyage du Vatican, les freins au changement et les dérives persistantes, comme par exemple l'obole de Saint Pierre qui ne finance pas les œuvres de bienfaisance. Les fonds destinés aux indigents servent en réalité à couvrir les frais de la curie.

Et quand les uns cherchent à regarder le dessous des cartes, les autres jouent au poker menteur. C'est le cas en particulier de Moscou, qui après un mois de bombardements en Syrie, affiche un bilan réussi de ses opérations.
Hier le chef d’état-major russe a aligné les «réussites» des frappes aériennes commencées le 30 septembre dernier: 2084 cibles terroristes détruites; dans le lot, 287 centres de commandement, 52 camps d’entraînement et 155 dépôts de munition ravagés par les avions russes. Ainsi racontée, l’efficacité de la guerre est en effet spectaculaire, note LE TEMPS de Genève. Sauf que ces accomplissements militaires n’ont pas été confirmés par une autre source. Ils viennent même se heurter frontalement à d’autres tentatives de bilan faites ces derniers jours. L’Observatoire syrien des droits de l’homme, dont les chiffres font d’ordinaire autorité, évoque notamment quelque 600 morts découlant des opérations russes, dont un bon tiers de civils. Par ailleurs, il semblerait que les bombardements russes se concentrent essentiellement dans des régions tenues par les factions rebelles syriennes, et non par l’organisation de l’Etat islamique.

A Sukhoi Su-27 jet fighter.
A Sukhoi Su-27 jet fighter.
© Reuters - Maxim Shemetov

Mais peu importent ces contradicteurs. Peu importe le fait que sur le terrain, Daech ait encore poursuivi son avancée. Le chef d'état major russe, lui, l'affirme : en un peu plus d’un mois, nous avons atteint tous les objectifs fixés et réussi à désorganiser le système de commandement terroriste.

Et devant un tel autosatisfectit, on comprend mieux pourquoi le crash d'un avion de ligne russe le week-end dernier constitue un sérieux problème pour Moscou.
Si l'attentat est avéré ce serait, en effet, le premier gros revers public de la Russie, depuis le début de ses bombardements en Syrie. Pour l'heure, le scénario privilégié est celui d'une explosion en vol de l'avion, provoquée soit par un incident technique, soit par un engin transporté par des passagers ou des membres de l'équipage. Sauf que des médias, dont la chaîne américaine CNN, citant le renseignement américain annoncent qu'une trace a été détectée par le système Sbirs : le réseau satellitaire ultra puissant a décelé un fort éclat de chaleur dans l'avion en altitude, un événement qui pourrait donc corroborer l'existence d'un engin explosif à bord de l'appareil.

Et puis la Russie n'est pas la seule pour qui l'hypothèse terroristeconstituerait un sérieux revers. Le président égyptien Sissi, interrogé par la BBC sur la revendication de Daech continue à parler de «propagande». En clair, pas question de laisser croire que les autorités égyptiennes ne contrôlent pas l'intégralité du territoire national. Sans compter que la confirmation d'un attentat exigeant beaucoup d'organisation pourrait remettre au jour la question de complicités au sein de la police égyptienne. Par ailleurs, le tourisme égyptien, fortement en baisse depuis le Printemps arabe, est vital pour l'économie du pays. Or la côte de Charm el-Cheikh est encore considérée comme paisible. Enfin si la thèse de l'attentat se confirme, alors ce serait le signe que Daech continue de progresser et donc que son pouvoir de nuisance menace désormais le voisin israélien. Dès-lors, le pouvoir américain serait probablement poussé à s'impliquer davantage. Or selon THE FINANCIAL TIMES après avoir atteint un pic au mois de juillet, les frappes des Etats-Unis contre Daech ont connu une chute considérable, laquelle coïncide avec l’intervention russe.

**Enfin à la question de savoir ce matin qui mène le jeu, il semble qu'en Turquie le président Erdogan soit lui désormais à même de faire plier l'Union Européenne. **
Avec la victoire de son parti aux législatives et alors que la liberté de la presse se trouvait déjà mal menée, l'étau menace à présent de se resserrer encore plus sur ce qu'il reste des médias. L'AKP ne devrait pas davantage relâcher son contrôle des tribunaux et de la police. Quant aux enquêtes ouvertes sur la corruption dans les cercles proches du gouvernement, écrit le journal de Stockholm DAGENS NYETHER, elles peuvent probablement être considérées comme des dossiers clos.

Turkey's President Recep Tayyip Erdogan.
Turkey's President Recep Tayyip Erdogan.
© Reuters - Vincent Kessler

Et pourtant, sous la pression de la crise des réfugiés, l'UE devra quand même faire de nouvelles concessions au président turc, se désole son confrère italien AVVENIRE. En d'autres termes, l'Europe sera contrainte de fermer les yeux sur le despotisme du sultan, si elle veut que son vœu désespéré de stabilité soit exaucé. Avant le scrutin déjà, des défenseurs turcs des Droits de l'Homme avaient critiqué la double morale de l'Union européenne. Et à présent conclue DIE TAGESZEITUNG, ils auront encore davantage de raisons de le faire.

Par Thomas CLUZEL