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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : la réforme du Sénat en Italie, les négociations sur le traité de libre-échange transatlantique et l’intifada des couteaux.
Direction l'Italie, tout d'abord, où la mère de toutes les réformes ainsi que l'a qualifié le président du conseil Matteo Renzi a été adoptée hier. De quoi s'agit-il ? Le projet de loi modifie en profondeur la Constitution du pays, puisque si jusqu'à présent la Chambre des députés et le Sénat avaient les mêmes pouvoirs, dorénavant, la chambre basse votera seule la confiance au gouvernement et la majorité des lois, tandis que le Sénat ne sera plus qu'une simple assemblée consultative. Et même si la transition de l’ancienne à la nouvelle mouture sera lente, le Sénat tel que le prévoit la réforme ne naîtra pas avant 2020, d'ores et déjà les critiques fusent.

Si les fonctions et les sièges seront drastiquement réduits, ce n’est pas le cas des dépenses, regrette notamment LA STAMPA, le quotidien de Turin qui estime à 20% seulement la baisse des coûts de fonctionnement de la nouvelle assemblée. Et puis surtout, les opposants craignent que cette réforme ne renforce l’exécutif : en clair, que le pouvoir se concentre toujours plus entre les mains du premier ministre.

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A general view of the Italian Senate in Rome.
A general view of the Italian Senate in Rome.
© Reuters - Tony Gentile

Le journal suisse CORRIERE DEL TICINO, repéré par Eurotopics ne cache pas, lui non plus, son scepticisme. Avec cette réforme, l'exécutif sera à coup sûr renforcé. Et ce n'est pas plus mal, quand on sait que les gouvernements restent en place pour une durée moyenne d'un an. Sauf qu'il s'agit, en réalité, d'un affaiblissement de la démocratie représentative. Pourquoi ? Parce que la nouvelle loi électorale transformera le Sénat en une assemblée de nominés. En d'autres termes, les citoyens italiens seront de moins en moins à même de choisir leurs propres représentants. Ni la réforme constitutionnelle, ni la nouvelle loi électorale ne favoriseront la participation active des citoyens à la vie politique. Or sans cette participation, fut-elle sentimentale ou passionnée, la démocratie ne sera plus qu'un rituel formel. Et le journal d'en conclure : on aura certes un leader puissant, indubitablement habile et porté par une conjoncture favorable, mais rien de plus.

Quand les citoyens, au pied du mur, ont le sentiment de ne plus être entendus, c'est également ce qui ressort des négociations autour du traité de libre-échange transatlantique.
Les manifestations contre le TTIP entre l’Union Européenne et les États-Unis continuent. Ils étaient encore près de 200 000 personnes dans les rues de Berlin le week-end dernier. Et quelques jours auparavant, cette fois-ci c'est une pétition de plus de 3 millions d’Européens qui a été remise à la commissaire hargée du commerce et des négociations. Dans une interview au TAGESPIEGEL reprise sur le site du magazine Slate, Cécilia Malmström avait d'ailleurs reconnu, elle-même, qu’elle serait folle de nier qu’il y a, en effet, un débat houleux dans de nombreux pays. En revanche, ceux qui avaient espéré y lire là, une preuve de sa capacité d'écoute, en sont aujourd'hui pour leur frais.

Consumer rights activists take part in a march to protest against the Transatlantic Trade and Investment Partnership in Berlin,
Consumer rights activists take part in a march to protest against the Transatlantic Trade and Investment Partnership in Berlin,
© Reuters - Fabrizio Bensch

Dans une interview au journal de Londres THE INDEPENDENT, le directeur de l’organisation caritative « War on Want », engagée contre le TTIP, explique s’être rendu à Bruxelles pour discuter avec Cécilia Malmström. Lors de notre entrevue je lui ai demandé comment elle pouvait continuer sa promotion persistante du traité, devant une opposition publique aussi massive. Et sa réponse fut aussi froide que limpide : mon mandat ne provient pas du peuple européen.

Enfin tandis qu'Israël a connu hier sa journée la plus sanglante depuis le début des violences entre Palestiniens et Israéliens, nombre de journaux s'interrogent toujours face à ce que certains appellent désormais l' « intifada des couteaux ».
Que faire face au terrorisme du couteau ? C'est notamment la question posée par le quotidien YEDIOT AHARONOT, repris sur le site du Courrier International, sans y apporter d'ailleurs de réponse. Dès lors que cette menace n’a besoin ni d’infrastructure terroriste, ni de donneur d’ordre, ni de laboratoire d’explosifs, ni d’armes, elle est quasi impossible, dit-il à déjouer. Et de fait, ces jeunes hommes et jeunes femmes ne sont liés à aucune organisation. Ils sont sortis de nulle part. D'où l’effet terrorisant de cette vague d’attaques, que certains chroniqueurs qualifient désormais d’«intifada des couteaux».

A Palestinian protester during clashes with Israeli troops near the Jewish settlement of Bet El.
A Palestinian protester during clashes with Israeli troops near the Jewish settlement of Bet El.
© Reuters - Mohamad Torokman

La triste vérité est que peu importe le nom qu’on donne à ce mouvement. Ce qui est important, c’est la réalité et surtout la reconnaissance de cette réalité, estime pour sa part THE JERUSALEM POST avant de préciser : le gouvernement israélien se contente d'adopter de nouvelles mesures contre les violences palestiniennes. Or ce ne sont là que des solutions d’ordre tactique, qui révèlent une étroitesse d’esprit. Ou dit autrement, il n’y a aucune volonté de la part des politiques de s’attaquer au vrai problème.

Car si l’engrenage infernal est en marche, précise à son tour LE TEMPS de Genève, il n’a jamais cessé de l’être, en réalité, depuis des années. Et le déferlement de violence actuel en est le fruit, bien davantage que la cause. Quand le Premier ministre, Benyamin Netanyahou, déclare mener une guerre jusqu’à la mort contre le terrorisme palestinien, de son côté, le président palestinien Mahmoud Abbas dénonce lui les provocations des colons, sans pour autant offrir un horizon quelconque à cette génération sacrifiée, autre que celui de ramasser des pierres sur le bord de la route. D'un côté, la mise à jour du vrai visage qu'a pris Israël dans ses rapports avec les Palestiniens et de l'autre, l'absence totale de perspectives et de direction politique. Or cette double logique à l’œuvre, conclut le journal, ne pourra amener qu’au pire, à mesure que les années passent.

Par Thomas CLUZEL

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