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PAR LUDOVIC PIEDTENU Il y avait pas mal de scrutins hier dimanche à travers le monde, et en lisant les journaux, vous retenez ce matin le résultat de la Présidentielle dans un petit pays d'Amérique Latine de 15 millions d'habitants : le Guatemala.

Résultat de la présidentielle d'octobre 2015 au Guatemala
Résultat de la présidentielle d'octobre 2015 au Guatemala

Et c'est un humoriste qui remporte cette élection Jimmy Morales devient le 8ème Président du Guatemala, peut-on lire à la Une de Prensa Libre un des titres phares du pays"Inconnu de l'arène politique il y a encore quelques mois, il remporte cette élection comme cela est arrivé dans la parodie dont il est l'acteur principal depuis des années à la télévision.

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Il jouait le rôle de "Neto" un garçon de vache naïf sur le point de remporter la présidentielle mais qui refuse à la dernière minute. Il demande aux électeurs de bien réfléchir avant de choisir leurs responsables.""Le film est une parodie des fausses promesses des politiciens, ce qui va bien dans la période actuelle caractérisée par la colère populaire contre les dirigeants", rapporte El Periodico.

** Qui est Jimmy Morales ? Découvrez son portrait**
Son slogan de campagne : "Ni un corrompu, ni un voleur" lui a permis de surfer sur ce qu'on a appelé "le printemps guatémaltèque".Cette mobilisation populaire inédite et pacifique qui a conduit à la démission et à l'arrestation de l'ancien Président Perez et de sa Vice-Présidente Baldetti. Une histoire de racket douanier portant sur des millions de dollars. Jimmy Morales, à cette époque là, en avril est crédité de 0,5% des intentions de vote.Début septembre, il est en tête au premier tour avec 24% des voix.Cette nuit, il remporte l'élection Présidentielle de façon écrasante avec plus de 68% des suffrages exprimés."Il promet donc la tolérance zéro pour la corruption" rapporte El Periodico ce matin.Jimmy Morales a 46 ans, un diplôme d'administration des entreprises. Un autre de théologie. Un dernier diplôme en études stratégiques, spécialité sécurité et défense, selon son site internet."Il n'a pas d'expérience dans la fonction publique et c'est l'une des principales raisons que les gens ont fait valoir pour lui accorder leur vote", explique Prensa Libre.Il est surtout sous la pression populaire.Celle qui a mené les manifestations du printemps, une mobilisation massive sur les réseaux sociaux...Un éditorialiste d'El Periodico faisait remarquer avant le scrutin qu'au Guatemala, "on ne respirait plus l'air de résignation qui existait auparavant."

Pour preuve, ce message d'avertissement des indignès, les Anonymous du Guatemala, en réaction à l'élection de Jimmy Morales :"Vous devez répondre aux promesses, vous ne devez pas violer les libertés civiles, ne pas nommer de fonctionnaires corrompus, faire ce que la population ordonne, ne pas voler un seul centime"."Les députés, les ministres, les maires, les magistrats, le prochain président, le peuple les surveillera chaque minute"."Nous serons vigilants" pouvait-on lire cette nuit sur des pancartes brandies par la foule.Ou bien encore ce mot clé sur les réseaux sociaux : "Yo cuido mi voto" - "Je me soucie de mon vote"Ou sur le site du quotidien gratuit PubliNews "#EstamosAqui" - "Nous sommes là" ou encore "#EstoApenasEmpieza" - "Cela commence à peine"Après des années de guerre civile, les Guatémaltèques n'ont plus peur.Ils souhaitent aujourd'hui une refonte du système politique et sont à l'origine d'un sentiment qui se propage comme une trainée de poudre en Amérique centrale."Ces élections portent un message puissant", estime l'éditorialiste de Prensa Libre."Les Guatémaltèques ont manifesté 19 semaines, écrit-il, l'attente est grande, mais plus grande encore sera la surveillance qu'ils vont exercer."Autre scandale de corruption, cette fois-ci en Europe, au Montenegro"Jamais Podgorica n'avait connu de telles scènes de violence" peut-on lire sous la plume de Jean-Arnaud Dérens dans le quotidien suisse Le Temps."Samedi soir, peu après 22h, la police a violemment chargé les milliers de manifestants rassemblés devant le Parlement. Un lourd nuage de fumées et de gaz s'est abattu sur la capitale monténégrine. Les urgences ont admis plusieurs dizaines de blessés légers, tandis que de nombreux manifestants ont été arrêtés, dont deux députés.""L'opposition monténégrine manifeste contre le régime de Milo Djukanovic depuis le 27 septembre, exigeant la démission du Premier ministre, au pouvoir depuis 1991, la formation d'un gouvernement d'union nationale et la convocation d'élections "libres et démocratiques"."Quelques 10 000 personnes ont répondu à l'appel - un chiffre non négligeable dans un petit pays de 600 000 habitants" fait remarquer le reporter du Temps qui nous explique que "le régime est rongé par une corruption systématique et des liens avérés avec le crime organisé. Dans les années 1990, l'Etat monténégrin organisait le trafic de cigarettes à une échelle européenne. Désormais, les constructions qui défigurent les magnifiques côtes du pays servent surtout à blanchir l'argent sale.""Dans ses rapports annuels, la Commission européenne pointe régulièrement ce poids de la corruption et la faible indépendance de la justice."Sur le site "Le Courrier des Balkans", le même journaliste Jean-Arnaud Dérens qui connaît très bien la région, se lâche un peu plus sur son blog."Comment a-t-on donc pu en arriver là, s’étonnent, inquiètes et déçues, les chancellerie occidentales, alors que nous avons déployé tant d’efforts, où cela va-t-il nous mener ?… Tout marchait pourtant pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Des dirigeants, corrompus jusqu’à l’os mais parfaitement fidèles aux consignes de leurs protecteurs de Bruxelles, Paris ou Berlin, se faisaient plébisciter d’élection en élection. La justice était soumise aux diktats des puissants, la presse reprise en main, mais la Commission européenne, dans ses rapports d’étape annuels, relevait toujours des progrès « substantiels ». Les entreprises fermaient les unes après les autres, le chômage ne baissait jamais, et les citoyens des Balkans fuyaient leurs malheureux pays, mais n’était-ce pas là un mal nécessaire pour permettre à la région d’accéder un jour à la prospérité libérale tant promise, tant attendue ?"Il parle là du Kosovo et du Monténégro."La question posée à Pristina comme à Podgorica est très simple", résume mon confrère."Les citoyens des Balkans sont-ils souverains ou doivent-ils se contenter de jouer au jeu de la démocratie dont les règles sont écrites par d'autres."

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L'équipe

Thomas Cluzel
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