Supporter de Donald Trump
Supporter de Donald Trump
Supporter de Donald Trump ©AFP - TY WRIGHT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA
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Résumé

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : la polarisation entre hommes et femmes en ce qui concerne les intentions de vote pour la présidentielle américaine a atteint un niveau sans précédent : les femmes se rangent en masse derrière Hillary Clinton.

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Quelques jours, seulement, après le scandale provoqué par la publication d'une vidéo où Donald Trump tenait des propos sexistes, voilà que de nouvelles accusations se sont à nouveau abattues, cette semaine, sur le candidat républicain. Mercredi, tout d'abord, dans les colonnes du NEW YORK TIMES, deux femmes ont dénoncé le comportement inapproprié du milliardaire. La première, Jessica Leeds, 74 ans, rapporte avoir voyagé en 1980 dans un avion aux côtés de l'homme d'affaires, qu'elle ne connaissait pas. Selon elle, ce dernier a soulevé l'accoudoir du siège et a commencé à lui toucher les seins, avant d’essayer de glisser sa main sous sa jupe. Quant à la seconde, Rachel Crooks, âgée aujourd’hui de 33 ans, elle raconte comment en 2005, alors qu'elle travaillait à New York comme réceptionniste dans la Trump Tower, le milliardaire s'est penché pour l'embrasser sur les joues avant de l'embrasser directement sur la bouche. Or si ces deux accusations ont été les plus médiatisées de la semaine, elles sont loin, en réalité, d'être les seules. Le même jour que la publication de l'article du NEW YORK TIMES, THE PALM BEACH POST et le magazine PEOPLE, ont également rapporté d’autres témoignages similaires. Idem, hier encore, dans les colonnes du GUARDIAN de Londres.

Et c'est ainsi que le débat autour de la présidentielle américaine semble, désormais, presque exclusivement marquée par les propos sexistes de Donald Trump. Hier, Michelle Obama a évoqué combien la brutale misogynie du candidat républicain l'avait personnellement affectée. Un mouvement de vengeance féminine a même fait son apparition sur Twitter, rapporte à nouveau THE GUARDIAN, cité par le magazine Slate. Sous le hashtag #pussygrabsback (« la revanche de la chatte »), ce mouvement s’appuie sur les résultats d'une étude statistique publiée en mars dernier montrant que si, le 8 novembre prochain, aucune femme ne votait pour Trump, dès-lors le candidat républicain ne remporterait aucun des 50 États du pays.

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La campagne du candidat républicain se dégradant chaque jour davantage, ses adjoints n’ont donc eu d’autre choix que de se relayer toute la semaine, sur les plateaux de télé, pour tenter de défendre les propos grossiers de Trump, en les recontextualisant. Dans le langage des spin doctors américains, cette stratégie a un nom : «to reframe». Sauf que cette manœuvre visant à recadrer les propos du milliardaire n’a pas fonctionné. Pourquoi ? Parce que les pieds nickelés de l'équipe Trump, écrit LE TEMPS, ont eu la mauvaise idée pour y parvenir de s’en prendre à Beyoncé. Leur argumentation pourrait se résumer ainsi : Hillary Clinton déclare aujourd'hui être horrifiée par le langage de Trump alors qu’en fait elle-même adore ce langage. Pour preuve, Beyoncé tient, dans ses chansons, des propos sexuels aussi choquants que ceux que l’on reproche à Trump. Or chacun sait qu’Hillary Clinton admire Beyoncé. C.Q.F.D. Sauf que s’en prendre ainsi à la chanteuse, pour excuser les propos lubriques de Donald Trump, c’était évidemment prendre le risque de se mettre illico à dos la myriade de fans de l'artiste féminine la plus récompensée au monde. Ce qui n’a pas tardé, constate le magazine QUARTZ avec une certaine délectation. De son côté, THE WASHINGTON POST rappelle que Beyoncé est peut-être grossière mais que là s’arrête la comparaison avec Trump. Le milliardaire, lui, ne se contente pas de lâcher des gros mots en parlant de sexe, il se vante aussi d’embrasser et de peloter les femmes sans leur consentement. Et cela fait, une sacrée différence.

Quoi qu'il en soit, la stratégie de l'équipe de campagne de Trump est tombée à l'eau. Un véritable bide même. Au point qu'on en viendrait presque à penser qu'Hillary Clinton n'a plus grand chose à faire aujourd’hui pour prendre définitivement le dessus sur son adversaire. Et de fait, comme le résume le quotidien suédois UPSALA NYA TIDNING, Trump sait mieux que personne mener campagne contre lui-même. Sauf qu'Hillary Clinton ne peut pas se contenter, en réalité, du rôle d'observatrice passive. D’abord parce qu’elle est l'une des candidates à la Maison-Blanche les plus impopulaires de l'histoire. Ensuite, parce qu'en dépit de ses commentaires misogynes, Trump reste encore populaire auprès d’une partie de l’électorat. Preuve que beaucoup d’Américains ont, en réalité, un problème avec les femmes de pouvoir, analyse THE TIMES. Et d'ailleurs, si l’on se souvient de toutes les hypothèses qui, récemment encore, circulaient sur la santé d’Hillary Clinton, toutes ces spéculations renvoyaient directement à sa nature de femme (l'hystérie, la ménopause, les évanouissements), une manière de disqualifier, en somme, celle qui aspire à occuper aujourd'hui le poste le plus «viril» de la planète.

Mais heureusement, parfois, l’hypocrisie a du bon, remarque LE TEMPS. Si, manifestement, il est encore aujourd'hui difficile pour les américains de porter une femme à la Maison-Blanche, si on trouve toujours plus de choses à reprocher aux femmes qu'aux hommes, en revanche, il semble plus facile à présent d’empêcher un homme d’arriver jusqu'au bureau ovale. Un seul reproche suffit : la lubricité. Désormais, le peloteur de ces dames qui prétend vouloir accéder à la présidence se retrouve sous les foudres des électeurs mâles qui ont, eux-mêmes, rangé leurs mains dans leurs poche, depuis que les électrices, elles, n'entendent plus se priver de leur balancer les leurs à la figure.

Mais si l'hypocrisie a parfois du bon, elle ne doit pas faire oublier, pour autant, le long chemin qui reste encore à parcourir pour arriver à l'égalité des sexes. A ce titre, THE NEW YORK TIMES rapporte qu'une enquête a conclu qu'au sein de la prestigieuse organisation des Nations-Unies (où sont censés s'harmoniser les efforts des nations dans des objectifs communs), neuf des dix nominations à des postes haut placés l’an dernier l'ont été pour des hommes. Dernière en date : Antonio Guterres, nommé au poste suprême de secrétaire général. Hier, à grand renfort de communication, l'ONU a quand même annoncé la nomination, vendredi prochain, d'une ambassadrice honoraire pour l’émancipation des femmes. Son nom : Wonder Woman, la célèbre héroïne de Comic Books. En clair, l’ONU préfère encore aujourd'hui promouvoir une femme fictive plutôt qu’une femme vivante à sa tête.

Ou quand « The Times they are a changin' » n'est pas encore pour tout de suite.

Par Thomas CLUZEL