Kiosque abidjanais à la mort du PM Hamed Bakayoko, le 11/03/21
Kiosque abidjanais à la mort du PM Hamed Bakayoko, le 11/03/21
Kiosque abidjanais à la mort du PM Hamed Bakayoko, le 11/03/21 ©AFP - Issouf Sanogo
Kiosque abidjanais à la mort du PM Hamed Bakayoko, le 11/03/21 ©AFP - Issouf Sanogo
Kiosque abidjanais à la mort du PM Hamed Bakayoko, le 11/03/21 ©AFP - Issouf Sanogo
Publicité
Résumé

Décédé mercredi en Allemagne où il était hospitalisé, le chef du gouvernement de Côte-d'Ivoire, Hamed Bakayoko était très proche du président Alassane Ouattara. Son prédécesseur était lui aussi mort soudainement l'été dernier. Récit d'une colossale arnaque portuaire entre la Turquie et la Chine.

En savoir plus

Un deuil national de huit jours est décrété en Côte-d’Ivoire.

C’est une information que l’on lit ce vendredi matin en Une du Patriote d’Abidjan qui pleure pour la deuxième journée consécutive la mort du Premier ministre ivoirien Hamed Bakayoko, alias HamBak, alias "le golden boy" comme le surnomme affectueusement ce quotidien, proche du président Alassane Ouattara, fondé il y a trente ans par ce même Hamed Bakayoko. 

Publicité

ll y a donc un deuil personnel, familial qui se joue autour du Patriote, lequel jeudi pour annoncer la mort de son fondateur et "grand homme d’Etat", n’avait pas trouvé d’autre mots, sur fond noir, que ce surnom, HamBak, la date de naissance du Premier ministre il y a cinquante-six ans seulement, et celle de sa mort, le 10 mars 2021, à Freibourg en Allemagne. 

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.

Car si ce décès bouleverse la Côte-d’Ivoire, c’est parce qu’il a été très soudain (le Premier ministre est mort de source officielle d’un cancer foudroyant, diagnostiqué il y a quelques semaines à peine) mais cela tient aussi à ses circonstances, selon la revue Jeune Afrique : Hamed Bakayogo est décédé sur un lit d’hôpital allemand, après avoir été d’abord hospitalisé à la mi-février à Paris puis transféré dans un état grave la semaine dernière vers Freibourg, dans la Forêt-Noire, pour y suivre, nous explique-t-on encore, un traitement expérimental.

Plus choquant encore pour la presse d’Afrique de l’Ouest, il y a le fait que ce décès n’est pas le premier de ce qui apparaît comme une "triste loi des séries". On retrouve cette expression en titre deL’Observateur Paalga de Ouagadougou : il y a huit mois, en juillet dernier, le prédécesseur d’Hamed Bakayoko, Amadou Gon Coulibaly mourait lui aussi brutalement d’un malaise en plein conseil des ministres, alors "qu’une semaine plus tôt il rentrait de Paris où il était allé tenter de soigner des problèmes cardiaques". 

Coulibaly était à l’époque le dauphin désigné d’Alassane Ouattara pour lui succéder après ce troisième mandat pour lequel il vient d’être réélu à l'automne alors que la Constitution l’interdisait. Et après sa mort c’est bien Bakayoko qui semblait le mieux placé pour prendre la relève, lui l’homme de confiance et homme de main aussi du président, " incarnation de la fidélité et de la loyauté à Ouattara", selon Le Patriote, toujours prêt à faire barrage de sa personnalité charismatique voire de son corps massif quand on s’en prenait à son mentor. 

Pour afficher ce contenu Facebook, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.

Alors vous vous en doutez, les rumeurs vont bon train depuis mercredi en Côte d’Ivoire, remettant en cause ce "cancer foudroyant" que même le journal en ligne Connection ivoirienne écrit entre guillemets dans ses articles. Au Burkina Faso voisin, son homologue Wakat Sera aborde de front "les questions" qui taraudent les proches du défunt Premier ministre "après le choc" de sa mort : "la thèse officielle, nous dit l’édito du site burkinabé, est mise en doute par une bonne partie des Ivoiriens qui évoquent une autre cause de cette mort" ; on parle encore, à demi-mot dans Wakat Sera, d’une "série noire de morts inopinées", d’une "étrange hémorragie" au sommet du pouvoir, de ce poste de Premier ministre maudit et désormais vu comme "un épouvantail", voire même… "comme un poison". Une formule journalistique, une comparaison anodine, mais ce mot de "poison" , je peux vous dire qu’il résonne très lourdement, ce matin, dans l’incompréhension et le deuil ivoiriens.

A la rubrique faits divers, cette semaine nous a réservé une sorte d’arnaque internationale du siècle.

On la doit, d’après l’agence américaine Bloomberg qui nous l’a fait connaître, au milieu du crime organisé (voire très organisé) de Turquie, avec sans doute des ramifications dans d’autres pays. 

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.

Figurez-vous que l’été dernier (l’affaire vient juste de refaire surface) une société suisse de trading de matières premières avait acheté pour environ 6000 tonnes de lingots de cuivre, rassemblés dans plus de trois cents conteneurs répartis sur huit navires à destination de la Chine où il s'agissait de les revendre au meilleur prix.

La marchandise avait été vérifiée quelques jours avant l’embarquement sur le port turc d’Ambarli  : les conteneurs avaient été placés sous scellés comme c’est la procédure, puis les cargos avaient pris la mer, les 30 millions d’euros de la transaction avaient été payés une fois quittée la Turquie… Mais à l’arrivée un mois plus tard, les dockers chinois se sont rendus compte que les 300 conteneurs étaient en fait remplis de briques peintes en rouge ! 

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.

Ça fait chère la brique, l’arnaque est monumentale, le cuivre a apparemment été subtilisé et remplacé pendant les quelques jours avant le départ dans le port d’Ambarli. Des escroqueries de cette échelle, sur le marché mondial des matières premières, il en arrive environ toutes les décennies, contextualise Le Temps de Genève qui s’est aussi passionné pour ce modèle du genre criminel. Le pire, c’est que six des contrats d’assurance sur sept censés couvrir la vente étaient des faux : l’acheteur, la société suisse Mercuria, s’est donc fait rouler dans la farine dans les grandes largeurs et ne reverra pas la couleur de ses 30 millions d’euros. 

Côté turc, on apprend dans Hurriyet que 14 suspects ont été arrêtés, interrogés (ils se sont défendus en déclarant qu'ils n'étaient pas du tout assez intelligents pour monter un tel coup) puis remis en liberté la semaine dernière (liberté conditionnelle en attendant reconvocation devant des juges pour onze d’entre eux). Et le mystère reste entier sur ce que sont devenues les 6000 tonnes de cuivre, envolées comme par magie.