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Par Thomas CLUZEL

Près de trois mois après sa disparition des écrans radar, le mystère autour du vol MH370 de la Malaysia Airlines reste entier puisqu'hier, l’Agence australienne de sécurité des transports a en effet déclaré qu'aucune trace de débris d’avion n’avait été trouvée dans la zone de l’océan Indien où des signaux acoustiques avaient pourtant été détectés. Et d'en conclure, on peut désormais affirmer que cette zone n'est pas l'endroit où a fini le vol MH370.

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Ainsi, après avoir ratissé 850 km2 d’océan pour tenter de localiser l’épave du Boeing, le navire australien qui effectuait les recherches depuis des semaines a quitté définitivement la zone. D'où ce titre à la Une du site de la chaîne américaine CNN : retour à la case départ. Ce qui était considéré jusqu’à maintenant, dit-il, comme la meilleure chance de retrouver l’avion disparu est devenu ce qu’il convient désormais d’appeler un faux espoir.

Pourquoi, tout d'abord, le dragage des fonds par un robot sous-marin à l’endroit où des émissions avaient été enregistrées, faisant penser qu’elles provenaient des boîtes noires de l'appareil, s’est-il révélé infructueux ? L'explication fournie sur la chaîne de télévision par le vice-directeur des instruments maritimes au sein de la Navy américaine prêterait presque à sourire si les faits n'étaient pas aussi dramatiques : quand on plonge dans l’eau des équipements électroniques, la crainte, a-t-il expliqué, c’est que si de l’eau entre dans ces équipements cela peut produire des bruits. Et voilà pourquoi nous en sommes venus à penser que ces signaux étaient en réalité vraisemblablement des sons produits par le bateau qui guidait le robot sous-marin muni de la sonde, voire par les systèmes électroniques de la sonde elle-même.

Si l’espoir de retrouver la moindre trace de l’avion au fond de l’océan Indien s'est peut-être éteint hier, en revanche, il n'a fait que renforcer les théories en tout genre qui cherchent toujours à élucider le mystère. Pas moins de 13 théories sont ainsi détaillées dans les colonnes du journal britannique THE INDEPENDENT et même 17 chez son confrère du DAILY MIROR. Quand certains affirment que l'avion aurait été abattu par des chasseurs thaïlandais, dans le cadre d'un exercice d'entraînement qui aurait mal tourné, d'autres rappellent que l'agence gouvernementale chargée des règlementations et des contrôles concernant l'aviation civile aux États-Unis avaient alerté en septembre de l'année dernière déjà les compagnies aériennes d'un problème technique de fissure apparu sur le fuselage des Boeing 777. Enfin on pourrait encore citer ce journal russe lequel affirme, lui, que le vol MH370 a été détourné et se trouverait en Afghanistan, non loin de Kandahar, près de la frontière pakistanaise, où l'équipage et les passagers seraient actuellement détenus en captivité, divisés en sept groupes, vivant dans des huttes de boue avec presque pas de nourriture. Une source militaire aurait même déclaré au journal MOSKOVSKI KOMSOMOLETS connaître le nom du terroriste qui aurait donné des instructions aux pilotes.

Quoi qu'il en soit, selon les responsables américains qui participent aux recherches, conjointement avec l'Australie et la Chine, celles-ci devraient à présent se poursuivre dans une zone plus vaste, beaucoup plus vaste même, précise le journal britannique THE INDEPENDENT, 60000 km2 au lieu de 850 km2 actuellement. Et c'est la raison pour laquelle, selon la presse, l’hypothèse apparaît désormais plausible que le Boeing de la Malaysia Airlines ait disparu à jamais. En clair, la tendance analytique serait à présent à l’événement qui restera pour toujours énigmatique. Or l’absence totale d’élément concret prouvant où se trouve l’avion est aujourd'hui une torture supplémentaire pour les proches des passagers du vol MH370. Car une disparition est pire encore qu’une catastrophe, précise notamment LE TEMPS de Genève. Et pourquoi ? Parce que si l’accident d’un avion a toujours été un choc, sa disparition est une offense à la raison technique et humaine. Il faut une explication, dût-elle prendre un siècle.

Et le journal de préciser que les années 1950 et 1960, en particulier, ont été cruelles pour l’intelligence technique du monde aéronautique. Alors non pas s'agissant des avions militaires manquants, lesquels sont mis au chapitre des risques de la guerre, pas plus d'ailleurs que les avions commerciaux, puisqu'après tout ce sont là les risques du métier. En revanche, entre 1946 et 1964, 12 avions de ligne ont disparu, avec un total de 600 passagers et membres d’équipage. Plus récemment, en 2003, on s’est également inquiété du sort étrange d’un Boeing volé sur l’aéroport de Luanda par on ne sait qui, on ne sait pourquoi, mais toujours manquant. Les Etats-Unis ont notamment soulevé l’hypothèse terroriste mais un brigandage économique n’est pas exclu. Quant au vol Rio-Paris d’Air France, les recherches de l'appareil et des boites noires auront duré près de deux ans. Et c'est alors seulement que l’avion, une fois retrouvé, a pu quitter la liste angoissante des disparitions pour entrer dans celle des catastrophes.

Pour le vol MH370 de la Malaysia Airlines, en revanche, il faudra encore patienter, même si la disparition rend fou. Et le journal d'en conclure, l’absence de traces et d’explication est une torture pour l’esprit, car comprendre est tout ce qui reste quand les espoirs se sont évanouis.

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Thomas Cluzel
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