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Bonjour Ali, Bonjour à Toutes et à tous... Aujourd'hui la vedette incontestée de la presse européenne, c'est un homme en costume noir, cravate orange, fine barbe poivre et sel... Non, ne cherchez pas... vous ne le connaissez pas. Cet homme est un courtier de la bourse de francfort, il sert à illustrer le lundi noir qu'ont connu les bourses hier, un lundi noir de plus. L'homme en noir existe aussi en version, main sur le visage l'air accablé, regard perdu au loin, yeux baissés main sur la bouche. Il existe aussi en groupe, visage crispé bras tendu... En tout cas ce matin le courtier anonyme fait la une de quasiment tous les journaux et quand ce n'est pas lui, c'est un graphique avec des courbes qui descendent. « Les marchés plongent, encore 300 milliards d'euros partis en fumée » titre la Repubblicca. « Crise financière hors de tout contrôle » s'avance la Sueddeutsche Zeitung. « Lundi noir » pour la Stampa et le Spiegel. « Panic is in the air » résume The Economist, il y a de la panique dans l'air. Cette fois encore, c'est venu des Etats Unis, et cette fois encore c'est la Fed, la banque centrale américaine, en voulant éviter le pire, qui a provoqué l'effroi général. « La banque centrale américaine trahit elle même un certain affolement » explique Le Temps dans un article très pédagogique. Dimanche elle est venu au secours de Bear Sterns, la cinquième banque d'investissement américaine, « pourtant, il y a un an, la fed ne cessait de répéter: "nous ne secourrons pas les banques téméraires", sous entendu trop exposées à des risques pourris », explique notre confrère. « La raison de ce sauvetage se résume dans le jargon des financiers à "too big to fail", trop gros pour tomber », poursuit Le temps dans un éditorial. « Les banques n'auraient pas survécu à une faillite complète de Bear Sterns, mais les conditions de ce sauvetage sont très discutables ». Conclusion : « Si le marché ne punit pas ceux qui se trompent, l'économie ne tourne pas rond ». En anglais, on appelle ça MORAL HAZARD, c'est d'ailleurs le titre de l'éditorial du Guardian. Moral hazard, on pourrait traduire cela par Epée de Damoclès, mais l'idée qu'il y a derrière est beaucoup plus grave, car on utilise aussi cette expression pour parler du nucléaire. Moral hazard, c'est être inconscients des risques que l'on prend en quelque sorte, et selon l'éditorialiste du Guardian, « dès que les marchés se seront remis des événements de ce week-end, cette expression va se propager, et avec elle l'idée que les agents économiques peuvent prendre des risques encore plus grand puisqu'il y a toujours un filet de sécurité pour les empêcher de tomber ». Ce filet, vous l'avez compris c'est la Fed... le Guardian revient longuement sur le sauvetage de dimanche. Contrairement à ce qu'ont fait les autorités britanniques avec Northern Rock, la Fed n'a pas racheté Bear Sterns, elle a trouvé une autre banque pour le faire. « Mais même si JP MORGAN, (la banque qui a acheté), met son nom sur le siège social de Bear Sterns, c'est bien la Fed qui signe le chèque » écrit le quotidien britannique. Car la Fed s'est engagée à garantir tous les contrats toxiques et invendables de Bear Sterns », autrement dit tous ses contrats hypothécaires signés au moment du boom immobilier américain. Résultat : « si ces contrats deviennent radio actifs, et ils le deviendront assure notre confrère, c'est la Fed, et donc les contribuables américains qui paieront la note. Sans cela, JP MORGAN n'aurait jamais acheté ». « L'ironie dans l'ironie, continue the Guardian, c'est que le siège de Bear Sterns sur Madison avenue à New York vaut 1 milliard de dollars », c'est plus cher que le prix que JP MORGAN a payé pour la banque toute entière soit 230 millions. « Une entreprise privée, créer pour gérer les actifs des millionnaires est sauvée par une instance fédérale », résume USA Today, alors, "la era de las turbulencias", l'ère des turbulences, c'est donc ça, conclue El Pais. En reprenant le titre du livre qu'a écrit l'ancien patron de la Fed, Alan Greenspan, l'éditorialiste espagnol critique vigoureusement l'ancien gourou des marchés financiers. « Alan Greenspan se dit adepte de la théorie de la destruction créatrice de Schumpeter. Le problème du capitalisme actuel, c'est que la destruction créatrice apparait de plus en plus comme une destruction pure et simple, surtout pour les citoyens ». Alors que va-t-il nous arriver? Les journaux européens font à chaque fois un point sur la situation de leur propre pays. Au Portugal, « la crise n'est pas encore très visible, écrit El Diario de Noticias, même avec l'augmentation du prix des céréales, métaux et combustibles, l'inflation n'a pas dépassé les 2.9% contre 3.4% en moyenne pour l'Union Européenne ». En Belgique écrit Le Soir, « le marché continue à fonctionner ». En Suisse, La Tribune de Genève cite l'institut de statistique de Zurich qui table sur une croissance de 2.1% en 2008. En Suède, le DI.SE, rappelle la crise qu'a connue le pays en 1990. Cette crise ressemble à la crise américaine actuelle, il y avait aussi un assèchement du crédit, et à l'époque, les autorités étaient également intervenues, en dégageant 65 milliards de sek... ce qui fait 6.7 milliards d'euros, 10 milliards de dollars... Oui mais hier la Fed, en plus de sauver la Bear Sterns a encore injecté, elle, 200 milliards de dollars dans l'économie américaine. « La Fed a peur », explique le temps. « C'est maintenant la troisième crise financière en 10 ans, le système ne tient plus », écrit Die Welt, en rapportant les propos d'un stratège d'HSBC, un grande banque sise à Londres. La grande question, c'est donc qui va payer? « Une foule solitaire tire profondément sur sa cigarette ». Le Financial Times nous emmène en reportage au pied du siège américain de Bear Sterns aux Etats unis. Ils sont 14 000 employés à Wall Street. « En plus de perdre leur travail, les employés de Bear Sterns ont déjà perdu une grande partie de leur épargne puisqu'à eux tous, ils possédaient un tiers de l'entreprise, et que leurs actions, leurs économies, crushed »... se sont effondrés. Au delà, rapporte le quotidien économique, les analystes estiment que Wall Street va perdre des dizaines de milliers d'autres emplois. « Investisseurs, respirez bien fort pendant la tempête » conseille Le los Angeles Times. Le journal américain donne quelques conseils à ses lecteurs qui pourraient détenir des actions à la bourse de Wall Street. Aux Etats unis où il n'y a pas de système de retraite par répartition, l'investisseur c'est vous, c'est moi, tout le monde. Le journal adopte donc le système du question réponse: Question: « Je suis à la retraite et je suis très inquiet, j'ai peur que mes économies fondent, que dois-je faire? ». Réponse du Los Angeles Times: « Généralement quand on est retraité, on peut espérer retirer 4% de ses avoirs chaque année, et on a d'excellente chances de vivre ainsi jusqu'à 100 ans. Mais, si votre portefeuille de titres a perdu de sa valeur, ces 4% vaudront moins de dollars qu'il y a 6 mois. Si en faisant vos calculs, vous voyez que vous aurez moins que ce que vous avez actuellement, vous avez deux options explique le spécialiste du Los Angeles Times: travailler à mi temps pour compléter vos revenus, ou deuxième option, apprendre à vivre avec moins ».

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