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Par Eric Biegala

"Sacrée semaine pour l'Etat Islamique ", c'est ainsi que la responsable d'editions des pages web du Washington Post débute son papier dans sa dernière édition... et Swati Sharma, qui est entre autre responsable de la cartographie pour le quotidien américain, de redessiner la carte des territoires occupés par le groupe djihadiste à la fois en Irak et en Syrie et de résumer la situation en ces termes : "après plus d'une année de combats contre les forces irakiennes et les brigades de l'opposition syrienne, le groupe militant vient de gagner deux villes importantes - Ramadi et Irak, Palmyre en Syrie - *démontrant à la fois la faiblesse de l'armée irakienne... et sa puissance * propre". Nombreux sont en effet les commentateurs a remarquer que cette double victoire de l'Etat Islamique, en Irak et en Syrie montre que le groupe djihadiste est capable de lancer parallèlement plusieurs offensives en même temps, sur des fronts parfois distants de plusieurs centaines de kilomètres, ce qui au passage démontre qu'il maitrise de manière tout à fait professionnelle la logistique militaire...Reste que, sur les médias américains, où l'on suit évidemment bien davantage ce qui se passe en Irak qu'ailleurs (longue présence américaine dans le pays oblige), les commentaires vont surtout bon train concernant la stratégie ou, pour certains, l'absence de stratégie à l'oeuvre sur le terrain... Dans les *talk-show * du week-end, toujours très courus par la gente politique outre-atlantique, chacun ou presque y est allé de son explication de ses conseils ou de ses justifications... Dans l'émission "Face the Nation " sur CBS , le sénateur républicain John Mac Cain, ancien candidat malheureux face à Barrack Obama en 2008 a accusé l'administration Obama - celle d'aujourd'hui - de n'avoir aucune stratégie digne de ce nom pour défaire l'Etat Islamique... "Nous devons envoyer davantage d'hommes sur le terrain et surtout des controlleurs aériens avancés" a expliqué le sénateur qui est aussi un ancien pilote de combat ; "savez vous * a-t-il repris que 75% des missions de combats de nos avions se déroulent sans que les appareils aient tiré un seul coup de feu... l'explication est simple : c'est qu'on n'a personne au sol qui peut effectivement identifier des cibles mouvantes et diriger les avions" ...Davantage d'hommes sur le terrain ? Ce n'est pas exactement ce que l'administration Obama semble imaginer... le Secrétaire à la Défense de l'administration, Ashton Carter était lui hier sur CNN ** et il a surtout, pour expliquer la chute de Ramadi aux mains de l'Etat Islamique, rejetté toute responsabilité sur l'armée irakienne qui, selon lui, a simplement "montré qu'elle n'avait pas la volonté de se battre" ; A Ramadi, "les militaires irakiens n'ont pas été débordés par le nombre de djihadistes a assuré le ministre américain de la défense "en fait ils étaient même beaucoup plus nombreux que leurs adversaires mais même ainsi ils ne se sont pas battus ; ils ont évacué l'endroit et ça en dit beaucoup, * a-t-il poursuivit toujours sur **CNN ** sur leur volonté de se battre" contre l'Etat Islamique ; et le patron du Pentagone d'espérer qu'"avec de l'entrainement, avec davantage d'équipement et avec un peu de temps les Irakiens pourront effectivement avoir la volonté d'en découdre avec l'Etat Islamique parce que "c'est seulement si les irakiens se battent que l'Etat Islamique pourra être défait" . Des remarques qui n'ont pas été du goût des irakiens et particulièrement du Premier Ministre Haidar Al Abadi qui réagissait quelques heures plus tard sur les ondes de la BBC ** pour estimer que le minisre américain de la défense était probablement "mal informé des réalités" du terrain pour oser des remarques aussi blessantes à l'endroit de l'armée irakienne. Quant à la ville de Ramadi "elle sera reprise, et ce dans les tout prochains jours " assurait également à la BBC ** le chef du gouvernement irakien...Les Irakiens ont en effet mobilisé pour ce faire ceux-là mêmes qu'ils refusaient d'engager dans la bataille de Ramadi durant les dernières semaines : les milices chiites, dont certaines sont directement contrôlées par l'Iran, celles qui avaient permis de reprendre la ville de Tikrit à l'Etat Islamique fin mars. Reste à savoir si elles suffiront pour effectivement reprendre Ramadi... et puis, faire évoluer ces milices en plein territoire sunnite ne sera pas sans poser de problèmes. Certaines sont les mêmes que celles qui avaient alimenté la guerre civile et confessionnelle opposant chiites et sunnites dans l'Irak de 2006-2007.D''abord ce pourrait bien être la fin de l'armée irakienne en temps que telle, remarque Ibrahim al-Marashi professeur à la State University of California * sur le site web de la chaine Al Jazeera ... "avant la montée en puissance de l'Etat Islamique, * écrit-il, quelques unes seulement de ces milices disposaient aussi une présence au sein même des institutions de l'Etat irakien.. Souvent elles faisaient corps avec un parti représenté au Parlement par exemple. De toutes façons "leur loyauté ne va qu'à leurs propre leaders... ce qui fait que si l'Etat Islamique peut être défait à l'aide de ces milices, écrit encore Ibrahim al-Marashi, l'Etat sera non seulement redevable à ces mêmes leaders, mais la colonne vertébrale de l'Etat irakien sera lui-même constitué par ces milices plutôt que par l'armée" . Dans les pages d'Asharq Al-Awsat , quotidien pan-arabe, l'éditorialiste Osman Mirghani va plus loin... il considère lui que l'Etat irakien pourrait bien finir par exploser... "Il n'y a qu'à voir toutes les théories conspirationnistes des uns et des autres pour expliquer la chute de Ramad i, ecrit-il. Ceux qui soutiennent le gouvernement - majoritairement chiite - "expliquent que Ramadi est tombé par la faute des tribues sunnites qui ont ouvert les portes de la ville à l'Etat Islamique. D'autres expliquent que l'Etat islamique n'est en fait qu'une création des Américains et de l'Iran, associés pour l'occasion... Et puis il y a encore ceux qui arguent que la chute de Ramadi fait partie d'un complot visant à désintégrer l'Irak et que les Kurdes vont certainement tirer argument de la situation pour organiser un référendum demandant leur indépendance...La chute de Ramadi est aussi déconcertante que la montée en puissance de l'Etat Islamique... la seule chose de sûre conclu Osman Mirghani *c'est que l'Irak se dirige tout droit vers la désintégration". *

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