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Bonjour Ali, Bonjour à tous, Sommet sous très haute surveillance... Celui de l'OTAN qui s'ouvre après-demain et jusqu'à vendredi en Roumanie à Bucarest... La presse étrangère se fait l'écho des mesures de sécurité mises en place dans la capitale roumaine pour assurer le bon déroulement de ce rendez-vous... Ce n'est pas rien pour un pays de recevoir 26 chefs d'Etats... ou de gouvernement... Mais fort heureusement ce que la presse étrangère retient, ce sont les sujets de fond qui vont être discuté lors de ce 20ème sommet... Un "sommet crucial" pour le britannique Daily Telegraph... avec "en jeu la crédibilité de l'alliance"... Et "si l'Irak fait la une des journaux plus souvent, c'est bien la guerre en Afghanistan qui sera le sujet brûlant de ce sommet" raconte Richard Wolf de USA Today... qui cite dans son papier un spécialiste du Conseil en Relations Etrangères, un centre de recherche américain... Selon lui, cette guerre "est le problème numéro UN. Toutes les autres questions sont secondaires. Cela touche au coeur même de savoir si cette alliance est ou non pertinente au 21ème siècle." "Cette guerre confronte l'OTAN à son plus grand test depuis la Guerre Froide" estime pour sa part David Blair, le journaliste diplomatique du Daily Telegraph... "Cela place l'organisation face à des questions fondamentales sur son rôle" nous dit encore depuis Berlin et pour l'hebdomadaire Time, Andrew Purvis... Ce sommet international noircit depuis quelques jours déjà... et de plus en plus... les colonnes des journaux... Un sommet qui donne lieu également à de nombreuses tribunes de personnalités... comme celle de Donald Rumsfeld publiée par le Wall Street Journal vendredi dernier... Rumsfeld, l'un des artisans de la guerre en Irak, l'ancien secrétaire américain à la défense... Il plaide pour "la clarté des objectifs" de l'OTAN. "Un comportement timide de ses membres cette semaine à Bucarest pourrait gripper les progrès récents faits par l'organisation pour s'adapter au encore tout nouveau 21ème siècle." "Il n'y a pas meilleur chemin pour l'OTAN, écrit-il, que d'aller de l'avant avec un nouvel élargissement : d'abord à l'Albanie, la Croatie et la Macédoine... puis plus tard à la Géorgie et l'Ukraine..." Car, poursuit-il, "à l'heure où certains pays européens s'interrogent sur la nécessité de l'envoi de troupes supplémentaires en Afghanistan, la détermination de ces 3 pays des Balkans à contribuer aux missions difficiles est évidente. Collectivement, l'Albanie, la Croatie et la Macédoine ont plus de 650 soldats actuellement en service en Afghanistan et en Irak." Pour résumé la pensée de l'ancien secrétaire à la défense, ces futurs adhérents font mieux que plusieurs Etats membres actuels... Il faut donc, dit Rumsfeld, "soutenir ces pays de l'ancien bloc soviétique qui font tous les efforts du monde pour prouver qu'ils sont dignes d'intégrer cette alliance"... "Dans le même esprit, il ne faut pas rester silencieux sur le sort de la Géorgie et de l'Ukraine sinon ce serait décevoir ces populations et envoyer un feu vert à la Russie pour qu'elle poursuive sa vieille et fatiguante réthorique de la Guerre Froide". Sur cet élargissement, Donald Rumsfeld porte là évidemment la voix américaine... l'un des deux camps qui pourrait s'affronter cette semaine... L'autre camp, les tenants du "NON", est emmené par la l'Allemagne et Angela Merkel... Il y a quelques semaines, la chancelière soulignait que pour "qu'un pays fasse partie de l'OTAN, il ne suffit pas seulement que la direction politique du moment soit peut être en faveur de cela mais que les habitants appuient de façon significative l'adhésion à l'OTAN". Ce qui n'est pas le cas par exemple pour l'Ukraine... où des manifestations d'anti se sont encore déroulées ce week-end... Dans ce camp du NON, il y a évidemment Moscou... et dans un entretien paru ce matin dans le quotidien russe Izvestia, le ministre des Affaires Etrangères Sergueï Lavrov s'inquiète de "Washington qui pénètre, dit-il, d'une manière de plus en plus active dans l'espace post-soviétique : l'Ukraine et la Géorgie sont les exemples les plus frappants." Selon lui, on essaye "impudemment" de faire adhérer ces deux pays "bien que la majorité écrasante de la population soit contre". Une éventuelle adhésion aura des conqéquences "avant tout dans le domaine géopolitique mais aussi économique, dit Lavrov, parce que les liens étroits entre les entreprises russes et ukrainiennes du complexe militaro-industriel seront bien sûr révisés", avertit le ministre qui conclue : "nous sommes prêts à coopérer (avec l'Otan) mais nous sommes fermement contre les tentatives de porter préjudice à nos intérêts". Mais "faire barrage à l'adhésion de Tbilissi et Kiev revient à accorder à la Russie un droit de véto sur les prétendants" explique ce matin dans le Financial Times, le président géorgien Mikhaïl Saakachvili qui glisse par ailleurs comme une preuve de sa bonne volonté que le contingent géorgien en Afghanistan sera bientôt revu à la hausse. Le problème de l'OTAN comme le titre le Time c'est que "c'est une alliance forcé, une alliance de pays qui ne sont pas disposés à s'allier"... Ou comme le dit l'allemand Spiegel, "l'Otan offre une alliance équitable, mais des rôles inéquitables"... Toujours dans le Spiegel version internet cette fois et dans une tribune publiée hier, le commandant en chef de la force internationale de l'Otan en Afghanistan, le général américain Dan McNeill, réitère son appel au gouvernement allemand. "Ce serait bien, écrit-il, que Berlin permette à la force de réaction rapide d'opérer aussi en dehors du nord de Kaboul"... "La Bundeswehr est une armée excellente et professionnelle avec la capacité de commandement pour opérer dans le sud" argumente encore le général qui ne se lasse plus de donner des interviews précisément dans la presse allemande pour faire pression. C'est le cas encore ce matin dans Der Tagesspiegel où McNeill demande "le très grand soutien, l'extrême soutien" (fermés les guillemets) de l'armée allemande. Mais dans un autre quotidien d'outre-Rhin, Die Welt, c'est cette fois en exclusivité le président américain Georges Bush qui s'exprime. Il affirme qu'il n'exigera pas de l'Allemagne un envoi de troupes dans le sud de l'Afghanistan. L'Allemagne qui compte déjà précisons le au passage 3 200 hommes, c'est le troisième pays contributeur de l'Otan à Kaboul. Il sera question cette semaine aussi à Bucarest de la volonté de la France et de Nicolas Sarkozy d'envoyer 1 000 soldats supplémentaires... Sujet qui fait de plus en plus débat chez nous... et qui intervient, on l'a appris ce matin, au moment où deux soldats de l'OTAN sont morts dans le sud de l'Afghanistan... Bref, cette semaine sera l'occasion de parler d'une organisation qui se cherche... à ce sujet, le mensuel Le Monde Diplomatique en kiosque dès demain consacre un dossier spécial intitulé "Les Etats Unis sont-ils une menace pour l'Europe ?". Le Monde diplo qui reviendra aussi sur cette subtile partie d'échecs entre Moscou et Washington... Bonne journée !

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