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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : la fin du « chavisme » au Vénézuela, la dérive droitière de la France et le fléau des armes à feu aux Etats-Unis.
Un résultat dépasse, par son ampleur, tous les pronostics et fait trembler le pouvoir. Or si ce constat fait bel et bien allusion aux résultats du vote de dimanche, contrairement aux apparences, nous ne sommes pas ici en France mais au Venezuela. La coalition de l'opposition a obtenu la majorité qualifiée des trois cinquièmes lors des élections législatives, une victoire dévastatrice pour le pouvoir, titre le site d’opposition TAL CUAL. En clair, dimanche dernier, la majorité des 19 millions de Vénézuéliens appelés aux urnes a tourné le dos, non pas au bipartisme, mais au « chavisme », titre le quotidien espagnol EL PAIS.

Comment en est-on arrivé là ? Depuis la disparition du charismatique Hugo Chavez, la «révolution bolivarienne» a tourné au désastre économique. Le Venezuela, dont les réserves pétrolières sont aujourd'hui les plus grandes du monde, a vu en effet son économie s'effondrer ces derniers mois, au même rythme que les cours du brut. Au cours du deuxième trimestre 2014, le pétrole a perdu un tiers de sa valeur, conduisant le président Maduro à procéder à des coupes budgétaires. Un coup dur pour ce pays qui avait connu une amélioration notable du niveau de vie pendant les dix premières années du régime chaviste, rappelle EL UNIVERSAL.

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Quoi qu'il en soit, les pénuries quotidiennes et l'hyperinflation galopante ont suscité un mécontentement populaire qui, à l'évidence, a profité à l'opposition. Violence, corruption et pauvreté, voilà l’œuvre de Maduro, s’exclame notamment le quotidien d’opposition EL NACIONAL. Le journal qui cite notamment un rapport universitaire vénézuélien indiquant que la pauvreté a augmenté de 73% cette année, suite à la contraction des revenus. La pauvreté au Venezuela touche désormais près de la moitié des foyers. Et sur ces 3,5 millions de foyers, 50% vivraient même dans un état d'extrême pauvreté. Toujours est-il qu'avec cette nouvelle Assemblée d’opposition, le régime bolivarien vacille pour la première fois depuis 16 ans. C'est tout simplement historique.

Un autre paysage politique s’est mis sens dessus-dessous depuis dimanche et c’est en France évidemment.
Les commentaires sont encore nombreux autour de la dérive idéologique à droite de la France, ainsi qu'on peut le lire sur le site du SPIEGEL ONLINE. Ces Français sont-ils fous ?, interroge notamment la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG citée par le Courrier International, avant de préciser que le résultat de dimanche n’est pas une erreur. Les voix pour le parti de Marine Le Pen ne sont pas dues à un soudain accès de fureur contre les élites politiques. Ou la simple conséquence des attentats du 13 novembre. Non. Le FN monte, dit-il, depuis des années dans les sondages, de manière constante, forte et en l’occurrence inévitable. La faute à qui ? Réponse du quotidien de gauche : aux partis établis, lesquels ont eu trop peu de courage pour s’attaquer aux grands problèmes de la République. Et d’en conclure, de plus en plus de Français donnent ainsi une chance au FN, non pas par protestation mais par conviction désespérée et amère. En d'autres termes, renchérit son confrère de Barcelone EL PERIODICO DE CATALUNYA, l’ascension du FN n’est pas un phénomène temporaire mais s’alimente d’un courant de fond.

Et bien sûr, il y a de quoi être inquiet, commente à son tour LE TEMPS de Genève : le parti d’extrême droite a des relents délétères et prend à rebours les valeurs républicaines. Quant à son programme économique, il démontre une totale incompétence en termes de gestion des affaires publiques. Reste que les urnes ont parlé. Et à ce titre, remarque toujours le journal, le Front national était dimanche dernier le premier choix chez les 18-24ans. En ce sens et plus que jamais, le vote du 6 décembre 2015 montre une rupture avec tout ce qui a suivi Mai 68. Jusqu'à présent, à chaque grand événement en France, on avait pris l’habitude de voir naître une génération porteuse de valeurs positives. Ce fut le cas au moment de l’élection de François Mitterrand, puis du mouvement "Touche pas à mon pote", jusqu’à celui des étudiants né après la mort de Malik Oussekine il y a 29 ans tout juste, ou bien encore lors de la Coupe du monde black-blanc-beur de 1998. Au lendemain des attentats du 13 novembre, les éditorialistes avaient embrayé sur la "génération Bataclan". Sauf qu'aujourd'hui, cette génération n’incarne plus des valeurs de gauche et d’ouverture, mais d’extrême droite et de repli sur soi. Désormais, les jeunes veulent être rassurés sur leur identité, la sécurité et l’immigration. A la fin du règne du général de Gaulle, ils n’en pouvaient plus d’un régime qui les corsetait. Un demi-siècle plus tard, la jeunesse veut le retour à l’ordre.

Enfin comment stopper l'épidémie ? La question se pose également aux Etats-Unis.
Dans la presse américaine, les sections information et éditoriaux sont traditionnellement nettement séparées : encore récemment, le directeur de la rédaction du NEW YORK TIMES avait comparé cette séparation à celle de l'Eglise et de l'Etat. Or dans la foulée des fusillades contre un centre du Planning familial dans le Colorado puis un centre d'assistance aux handicapés en Californie, le prestigieux quotidien a décidé de faire une exception.

C'était samedi dernier, remarque le magazine Slate. Pour la première fois depuis 1920, le journal de New York a en effet décidé de publier son éditorial en première page. Editorial intitulé : « épidémie d'armes à feu en Amérique ». Son directeur de la publication a justifié cette décision par la volonté, je cite, de « faire passer un message fort et visible de colère à propos de l'incapacité de notre pays à mettre fin au fléau des armes à feu ». Et de fait, l'éditorial du NEW YORK TIMES est fort. Il estime, en particulier, que le fait que des civils puissent légalement acquérir des armes faites pour tuer constitue un scandale moral et une honte nationale. Or bon nombre de commentateurs se sont étonnés du fait que le quotidien rompe ainsi avec sa ligne éditorial. Le journaliste médias de la NPR comme le chroniqueur de la NATIONAL REVIEW, notamment, se sont empressés de rappeler que THE NEW YORK TIMES n'avait pas proposé d'éditorial de première page sur le péril soviétique, l'Holocauste ou bien encore la débâcle au Vietnam. Alors pourquoi l'épidémie d'armes à feu en Amérique ?

Réponse du DAILY NEWS. Hier, le tabloïd a choisi de publier à sa Une des images d'animaux de compagnie et mignons tout plein avec ce titre : « A tous ceux qui se sont sentis offensés d’entendre la vérité, au sujet de notre fléau national que sont les armes à feu (qu'il s'agisse de la NRA ou des politiques lâches qui pensent que tout va bien), nous tenions à les rassurer : Tout est GÉNIAL !

Par Thomas CLUZEL

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