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Bonjour Ali, Bonjour à tous, Quand le leader mondial de l'agro alimentaire prédit... la famine ! L'interview du PDG de Nestlé parue dans l'hebdomadaire allemand du dimanche NZZ Am Sonntag détonne dans ce petit monde, ce petit univers industriel habituellement très discret... Peter Brabeck s'inquiète des politiques de promotion des biocarburants... des politiques qui sont selon lui "irresponsables et inacceptables moralement". "Si l'on veut poursuit-il couvrir 20% du besoin croissant en produits pétroliers avec des biocarburants, comme cela est prévu, il n'y aura plus rien à manger".... Le dirigeant du groupe suisse parle de ces millions de tonnes de maïs consacrées aux biocarburants qui sont autant en moins pour le secteur alimentaire... Leur production provoque au moins 3 effets pervers qui à leur tour en provoque tout autant... la déforestation... les pénuries alimentaires évoquées par l'industriel... et le renchérissement des prix... Une grande partie de la presse internationale s'interroge ce matin après cet interview... à commencer par la presse française... Le Figaro rappelle par exemple qu'il avait interrogé au début du mois le gérant d'un fonds de placement spécialisé sur les matières premières... Ce dernier imputait la flambée des cours de l'ensemble des céréales... (à des niveaux records jamais atteint depuis trente ans) à la production d'éthanol... "La demande de maïs destiné à la production de biocarburants à augmenté d'un tiers en 2007", disait-il. "Le prix de cette céréale a donc bondi. Les producteurs ont alors choisi de semer davantage de maïs, au détriment du blé. Plus rare, celui-ci est devenu plus cher. Il pourrait valoir 50% de plus en 2009. Les surfaces cultivées en blé ont donc été accrues, au détriment du soja, dont les cours se sont tendus à leur tour." Sans parler de l'eau avec cette intensification de la production agricole, qu'elle soit pour l'alimentation humaine ou pour du carburant alternatif... Le PDG de Nestlé estime qu'il faut 4 000 litres d'eau pour produire un litre de bioéthanol... Alors le sujet sera débattu dans trois semaines au Brésil dans la capitale Brasilia, à l'occasion de la 30ème Conférence régionale de la FAO... le Fonds des Nations Unies pour l'Agriculture et l'alimentation... La FAO a établi un rapport pour la seule Amérique Latine... et "la sécurité alimentaire est en jeu"... a conclu l'organisation... Selon le document, "le changement technologique rapide dans ce secteur de la bio-énergie complique les prévisions et les impacts... Il met en risque l'accès des secteurs les plus pauvres aux aliments... L'intensité de ses effets positifs ou négatifs dépendra de l'échelle et de la vitesse du changement, explique le rapport, cela dépendra aussi du politique et des décisions en matière agricoles, énergétiques, environnementales et commerciales". Et pourtant, explique ce matin à la une le Guardian en Grande-Bretagne, "utiliser des plantes pour le carburant de nos voitures et de nos camions, était jusqu'à très récemment érigé comme LA réponse au besoin de réduire les émissions de gaz à effet de serre." "Mais hier, tout a changé explique le quotidien britannique avec le cri d'alarme lancé par le Professeur Robert Watson, le plus haut spécialiste en matière d'environnement du Royaume." "La production de biocarburants pourrait accélérer le changement climatique" disait-il... à tel point que l'Union Européenne qui s'est engagé à atteindre 10% de biocarburants dans la consommation énergétique d'ici à 2020 pourrait revoir ses ambitions à la baisse... La déclaration du scientifique britannique se joint en réalité à un choeur mondial d'avertissement... On peut y ajouter récemment deux études publiées dans la revue américaine Science... Il y a donc de l'inquiétude dans l'air car cela touche nos besoins vitaux, notre quotidien... Le journaliste du Guardian explique comment le prix de la nourriture en Grande Bretagne a augmenté trois fois plus que l'inflation l'année dernière... Même préoccupation en Chine... "pays à la longue histoire agricole mais aussi marqué par le souvenir terrible des famines" explique You Nuo dans son éditorial du China Daily... "Et pourtant, écrit-il, aucune mesure n'a été annoncée, pas un mot n'a été prononcé sur la maitrise de cette augmentation des prix par le Congrès National du Peuple, l'assemblée législative chinoise, qui a cloturé la semaine dernière sa session annuelle"... Inquiétudes que l'on retrouve ce matin également au Maroc... dans Aujourd'hui l'un des derniers nés de la presse quotidienne du pays... qui zoome sur "la flambée des prix de l'huile de table sur le marché marocain"... "En deux ans, écrit le journal, le prix de cette matière a plus que doublé sur le marché mondial. Au Maroc, cette augmentation s'est traduite par une hausse de 70% du prix des huiles alimentaires. Et le Royaume est en prime un pays importateur... Il subit donc de plein fouet cet envolée des marchés : "+62% pour le blé, écrit Aujourd'hui... +13% pour le beurre, +3% pour le lait." Dans le quotidien le plus ancien du pays, Le Matin... Il est question de cette conférence internationale qui se tient aujourd'hui et demain à Casablanca sur le thème de la déforestation provoquée par la production des biocarburants... Une donnée dans cet article m'a paru intéressante... "Le litre d'huile de palme en Afrique coute désormais aussi cher qu'un litre de carburant"... L'Afrique justement... Le PAM, le programme alimentaire mondial, a déclaré hier que la Mauritanie voisine, "va connaître en 2008 non pas une famine mais une crise alimentaire sérieuse"... "70% des besoins alimentaires des mauritaniens sont importés... et le pays fait face à l'effet conjugué, explique le PAM, de la hausse du prix du pétrole, des matières premières, des produits alimentaires et du dollar faible"... Il faut donc une mobilisation internationale et des aides d'urgence... Au delà de la seule Mauritanie, "le PAM réclame aux pays donateurs 325 millions d'euros" expliquait dès hier le Financial Times... ce dont se fait l'écho ce matin outre manche le Guardian... "Si d'ici la fin avril, cette somme n'est pas versée, la distribution d'aide alimentaire sera rationnée". L'institution onusienne délaissée par les bailleurs de fonds est en déficit croissant... Elle fournit pourtant une aide alimentaire à près de 88 millions de personnes dans 78 pays du monde... "Les émeutes provoquées par la faim au Burkina Faso, au Cameroun, au Sénégal ou au Maroc, explique le PAM, sont une preuve de cette crise grandissante"... Le Guardian publiait hier comme un exemple supplémentaire, un grand reportage réalisé dans l'est de l'Ethiopie... dans la région de l'Ogaden, enjeu à la fin des années 70 du conflit entre éthiopiens et somaliens... la situation s'est améliorée mais les tensions sont encore vives dans ce désert... où la famine menace... Le reportage raconte "cette guerre oubliée" mais surtout "ce peuple oublié"... Près de neuf millions d'éthiopiens auront besoin d'une aide alimentaire cette année en dépit de la bonne récolte à venir... et en dépit des décisions du gouvernement d'Addis Abeba... qui a choisi de lever les taxes sur les céréales... Dans un rapport de l'ONU publié hier... Un économiste éthiopien affirme que les les habitants pauvres des villes dépendant des petits marchés locaux pourraient y trouver leur compte et alléger leur fardeau... mais pas les éthiopiens vivant en milieu rural pour qui cette réduction de la TVA n'aura pas de répercussion sur leur vie... Pas de chance, 85% des éthiopiens n'habitent pas en ville ! Bonne journée !

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