France Culture
France Culture
Publicité
En savoir plus

Les forces pro-russes ont infligé hier une lourde défaite aux forces ukrainiennes. Ce nouveau combat perdu met en péril la perspective d'une trêve.

Sur la route proche de Debaltseve, évacuée par les troupes ukrainiennes.
Sur la route proche de Debaltseve, évacuée par les troupes ukrainiennes.
© Reuters - Gleb Garanich

Debaltseve, à l'Est de l'Ukraine. Un lieu considéré comme un noeud stratégique pour contrôler cette partie du pays où s'affrontent indépendantistes pro-russes et forces ukrainiennes depuis 10 mois. "Une guerre en Europe qui a fait 5000 morts" rappelle le New-York Times.

Publicité

Debaltseve, c'est un noeud ferroviaire que Kiev a du abandonner hier. Un lien entre les deux régions contestées, Donetsk et Lougansk. Un "retrait" qui selon le New-York Times ne fait "qu'augmenter les doutes quant à une trêve", quant à ce cessez-le-feu signé dimanche dernier sous la conduite d'Angela Merkel et François Hollande.Jacques Hubert-Rodier, dans son édito des Echos, ce matin : "certes, dans aucune guerre, les combats entre deux ennemis ne s'arrêtent par un coup de baguette magique. Mais cette nouvelle avancée permet de faire avancer la ligne de front et, demain, la frontière de la Russie. Peu à peu, le Président russe grignote du terrain."Le Wall Street Journal évoque "un retrait douloureux". Le magazine Foreign Policy rapporte que les forces ukrainiennes étaient au moins "2000" dans cette poche de Debaltseve. Combien en sont revenus ? Le New-York Times raconte : "à la mi-journée hier, à mesure que l'on commencait à voir revenir des soldats boitants, épuisés, il devenait clair que les forces ukrainiennes avaient subi des pertes importantes, à la fois en équipement et en vie humaine." Dans le Washington Post : "des soldats ont décrit une retraite chaotique en pleine nuit à travers les steppes gelées et une pluie d'obus tombant de part et d'autre."On peut lire encore ces descriptions de "longues colonnes de véhicules tirant des camions sans roues et des tanks sans chenilles". Outre-Manche, The Guardian parle en titre d'une "cuisante défaite" et "de soldats qui partagent les horreurs de cette bataille". "Ceux qui sont parvenus à sortir des ruines de cette ville assiégée étaient immédiatement reconnaissables, leurs grands yeux regardant à travers une épaisse couche de crasse, à attendre des bus pour les ramener dans la ville d'Artemivsk."

«La plupart sont revenus à pieds» "Il n'y a plus de ville, tout est détruit" témoigne l'un d'eux. "Deux heures après le cessez-le-feu, des choses horribles ont commencé. Les habitants sont dans les caves. Beaucoup de corps n'ont pas pu être récupérés parce que les séparatistes tiraient. C'était comme dans une maison de fou, c'était la Tchétchénie" témoigne Igor, un soldat, aux deux auteurs de ce très long et brillant article du Guardian."Un tiers d'entre nous en sont revenus tout au plus" affirme au New-York Times un homme s'agenouillant un instant sur le bas côté. Il fume sa cigarette et accepte seulement de lâcher son grade de Sergent et son prénom, Volodymir.""Le Président ukrainien Porochenko affirme que 80% de ses hommes sont rentrés sains et saufs mais l'armée n'a toujours pas commenté, le bilan définitif ne sera sans doute jamais connu" conclut le quotidien américain.Toute la presse insiste sur le comportement d'un Président ukrainien, décrit au pied de son avion, en veste militaire, prêt à rejoindre hier soir cette ligne de front mais niant la réalité. "Ce n'est pas une fuite, mais une retraite planifiée" expliquait-il. Un peu plus tard dans la soirée, le ton évolue. Porochenko en appelle aux Nations Unies et à une force de maintien de la paix.La trêve de Minsk 2 signée dimanche est-elle morte avec cette défaite ou va-t-elle enfin être respectée ? C'est la question que pose vos journaux maintenant. "Que va-t-il se passer ?" interroge en titre le magazine Foreign Policy."Ne vous attendez pas à un troisième ou un quatrième accord de Minsk" prévient un ancien ambassadeur américain en Ukraine, Steven Pifer, "si ce cessez-le-feu continue de se défaire, nous sommes en route vers une guerre totale dans l'est de l'Ukraine." Porochenko, qui avec cette déroute, perd quelques plumes, "va sans doute vouloir continuer le combat par nécessité politique" explique le diplomate.Cette presse qui s'interroge sur le temps d'après est enfin très inquiète quant aux Etats Baltes. La presse britannique notamment se fait l'écho du propos du Secrétaire à la défense, Michael Fallon. "Vladimir Poutine pourrait, selon lui, reproduire dans les Etats Baltes membres de l'OTAN, la tactique utilisée pour destabiliser l'Ukraine." Il parle d'un "véritable danger" pour l'Estonie, la Lettonie et la Lituanie, trois pays membres également de l'Union Européenne.Dans The Times, Michael Fallon dit ceci : "Poutine m'inquiète. La pression qu'il exerce sur ces pays, la façon dont il teste l'OTAN".

Et rappelle à titre d'exemple cette première depuis la guerre froide, le survol d'avions russes, des bombardiers, le long de la Manche près de l'espace aérien britannique ou des sous-marins en mer du nord"."Ce n'est pas une nouvelle guerre froide, s'amuse ce représentant britannique, la situation, dit-il, étant déjà plutôt chaude".

PAR LUDOVIC PIEDTENU

Références

L'équipe

Thomas Cluzel
Production