Logo du géant du numérique Yahoo! ©AFP - Ethan Miller / GETTY IMAGES NORTH AMERICA
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Résumé

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : "Yahoo!" se défend de se livrer à une surveillance généralisée des courriels de ses, après des informations selon lesquelles il aurait donné suite à une telle demande des services de renseignement américains.

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D’après l’agence REUTERS, les autorités américaines auraient enjoint "Yahoo!" de pratiquer un espionnage, sans précédent, portant sur des millions d'e-mails. Citant comme sources d'anciens salariés du géant de l’Internet, l'agence l'affirme : le groupe a construit en 2015 un programme, sur mesure, permettant de scanner tous les courriels et ce dans le but d'aider les services de renseignement américains. En d'autres termes, précise le quotidien USA TODAY, si les faits rapportés par Reuters sont avérés, ce serait la première fois qu’une entreprise du numérique basée aux États-Unis se serait rendue coupable de fouiller tous les e-mails entrants, et pas seulement des messages archivés ou un échantillon limité de comptes. Une révélation pour le moins retentissante, d'autant plus rappelle de son côté THE WASHINGTON POST, lorsqu'on se souvient que le même "Yahoo!" avait été l'un des premiers géants du numérique à appeler, peu de temps après les révélations d'Edward Snowden, à des réformes fortes permettant de protéger la vie privée de ses clients. En 2007, la société avait même résisté au regard inquisiteur des renseignements, en refusant de remettre à l’État les communications d’utilisateurs étrangers.

Mais cette époque est donc a priori révolu, tranche le quotidien américain. L'an dernier "Yahoo!" a, semble-t-il, fini par céder même si, hier, le groupe s'est défendu de se livrer à une telle surveillance généralisée. Le scannage de courriels décrit dans l'article n'existe pas dans nos systèmes, a notamment précisé la firme. Reste qu'on ne peut pas dire que le communiqué aux mots méticuleusement pesés de "Yahoo!" soit franchement de nature à rassurer ses utilisateurs. D'où les recommandations, d'ailleurs, aussitôt lancées par plusieurs médias américains. Quand l'éditorialiste du WASHINGTON POST rappelle, à toutes fins utiles, qu'il existe une fonction "supprimer votre compte", Glenn Greenwald (le journaliste qui avait collaboré avec Edward Snowden sur les révélations autour de la NSA) est lui beaucoup plus directif. Sur son site THE INTERCEPT, il appelle directement ses lecteurs à agir : « Effacez votre compte "Yahoo!" ». Le journaliste renvoie même, vers la page "Yahoo!" qui explique la marche à suivre pour se désinscrire de la messagerie.

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Plus de trois ans après les révélations d’Edward Snowden, faut-il vraiment s'étonner de ce nouveau scandale ?

C'est vrai que le premier réflexe, face à cette affaire, serait de hausser les épaules. Mais il n’en est rien, insiste l'éditorialiste du TEMPS de Lausanne. Car jusqu’à présent les écoutes pratiquées par les autorités américaines étaient effectuées, du moins le croyait-on, sans le consentement de "Yahoo!". En clair la NSA était capable, en posant des sondes sur des câbles, de s’immiscer elle-même dans les serveurs des géants de la "tech" pour obtenir ce qu’elle voulait. Or dans le scandale révélé cette semaine, on apprend que "Yahoo!" a servi, sur un plateau d’argent, ses clients à la NSA. Ou dit autrement, selon le site WIRED : si vous vous demandez encore comment les autorités parviennent aujourd'hui à passer outre le cryptage de "Yahoo!" ? La réponse est simple : grâce à "Yahoo!" lui-même.

Et puis l'autre question à présent, écrit THE GUARDIAN, est de savoir si les autres géants tels que "Google", "Facebook" ou "Microsoft" ont reçu des demandes similaires de la part du gouvernement américain. A ce titre, Glenn Greenwald, toujours lui, ne cache pas son inquiétude : « Il est difficile de croire que ce programme se limite à "Yahoo!" ». Pour l'heure, les autres sociétés internet ont toutes promptement réagi. Le porte-parole de Google, lui, est catégorique : « Nous n’avons jamais reçu une telle demande et si nous en avions reçu une, notre réponse aurait été simple : hors de question. » Microsoft, de son côté, a une formulation plus prudente : « Nous n’avons jamais entrepris le scannage secret d’e-mails à l’image de ce qui a été fait par "Yahoo!" ». Quant à la société Apple, elle souligne qu’elle « attaquerait en justice » si elle était confrontée à une telle requête.

Dès-lors et si les autres géants du numérique disent vrai, cette nouvelle affaire devrait donc plaider un peu plus encore aujourd'hui pour le chiffrement, comprenez le cryptage des conversations, remarque THE GUARDIAN. Le réseau social "Facebook" vient, d'ailleurs, d'installer cette fonctionnalité. Une bonne nouvelle, a priori, pour ceux qui tiennent à leur vie privée. A ceci près, toutefois note le magazine SLATE, que pour activer ce nouveau chiffrement, il va vous falloir vous plonger dans les paramètres de Messenger et répéter la manœuvre pour chacun des contacts avec qui vous souhaitez crypter vos conversations. Sans compter qu'il est possible que vous ne puissiez même pas activer cette option, si votre contact n'a pas installé la dernière version de "Facebook" Messenger. Enfin vous ne pourrez activer les conversations secrètes que sur un seul de vos appareils.

Cette nouvelle affaire aura au moins eu le mérite de relancer le débat sur la protection de la sphère privée

Le scandale "Yahoo!" montre que la question reste encore aujourd'hui d’une brûlante actualité. Et d’autant plus après les nombreuses fusillades commises ces derniers mois, aux États-Unis, par des Américains se réclamant du groupe djihadiste Daech. Pour tout le monde, il est acquis que nous vivons une époque dangereuse, admet l'éditorialiste du WASHINGTON POST. Et d'ailleurs, nombre d'Américains attendent de leur gouvernement qu’il les protège par tous les moyens possibles, y compris ceux susceptibles de remettre en cause leur vie privée. Sans compter qu’à l'ère d'Internet, chacun sait que la confidentialité est un terme qui ne veut plus rien dire, ou presque : aujourd’hui les annonceurs en savent assez sur vous pour être capables de vous envoyer des publicités sur les couches, avant même que votre meilleur ami ne soit au courant que vous êtes enceinte. Reste que dans le cas présent une société privée, à laquelle vous avez accordé votre confiance, vous a manifestement trahi pour le compte du gouvernement. Or à tout le moins, la transparence et le débat public devraient, aujourd’hui, faire partie de l’équation.

Par Thomas CLUZEL

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Thomas Cluzel
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