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Par Thomas CLUZEL

En huit jours seulement, les forces régulières auraient non seulement réussit à déloger le M23 de toutes ses positions mais encore à obtenir une reddition totale de leurs adversaires. Reconnaissons tout d'abord que l’armée congolaise, régulièrement accusée d’indiscipline et de constituer une menace pour ceux qu’elle est censée protéger, n’a pas souvent l’occasion c'est vrai de célébrer des conquêtes et encore moins une victoire totale. On l'avait quitté démoralisée par la prise de la capitale du Nord Kivu, Goma, par les hommes du M23 en novembre dernier et force est de constater, peut-on lire sur le site JEUNE AFRIQUE, qu'un an après, les forces régulières se sont considérablement réorganisées. Alors comment expliquer ce soudain revirement, après des mois de conflit ? Depuis quelques jours, plusieurs sources officielles racontent comment l’institution militaire a fait son autocritique. Et c'est ainsi, par exemple, que dans les colonnes du TEMPS de Genève, le ministre congolais de l'information lui-même, interrogé par l'envoyée spéciale du journal, explique comment des officiers plus âgés, démoralisés par trop de défaites successives, ont été remplacés par des cadres plus jeunes et mieux formés, mais aussi comment des officiers dont la loyauté était douteuse, soupçonnés notamment de communiquer avec l’ennemi, ont également été rappelés et enfin comment les portables, si faciles à écouter, ont été remplacés par des talkie-walkie sécurisés.

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Reste que ni la gestion des hommes, ni même la volonté farouche de l'armée d'effacer les humiliations après les nombreux revers qui s’étaient accumulés face à des rebelles pourtant inférieurs en nombre ne sauraient expliquer à eux seuls la victoire proclamée officiellement ce matin. Selon le journal de Kinshasa, LE POTENTIEL, c’est surtout la fragilisation du Rwanda voisin, qui aurait sensiblement modifié la donne. Parrain naturel du M23, le Rwanda ne pouvait plus en effet s’afficher ouvertement derrière lui. Les pressions internationales, notamment, ont été telles que Kigali a dû se rétracter, contraint de ne plus se mettre au-devant de la scène. Et c'est ainsi que les réticences de Kigali ont donc amputé le M23 de sa principale base arrière.

Sauf qu'il serait certainement prématuré de croire que le Rwanda a pour autant définitivement lâché ses alliés. Et d'ailleurs, des réunions au sommet se succèdent en ce moment même à Kigali sur le sujet. Sans compter que si la presse de Kinshasa congratule ce matin les forces armées, des témoins sur place se montrent eux beaucoup plus circonspects, faisant état encore d'incidents. En clair, des embuscades et des actions de guérilla seraient toujours possibles. Enfin chacun reconnaît aussi que le M23, le plus combatif et le plus articulé des mouvements armés, celui qui représentait le plus grand défi pour l’autorité de l’Etat n’est qu’une partie du problème, précise à nouveau LE TEMPS, puisqu'une vingtaine d’autres groupes attendraient encore d’être désarmés, dont les combattants hutus des Forces démocratiques de libération du Rwanda.

D'où la question à la Une ce matin de LA PROSPERITE : Est-ce le début de la fin ? Le dernier verrou des rebelles a certes sauté mais gare au triomphalisme, admoneste son confrère du site Internet congolais 7 SUR 7, car la paix durable, dit-il, passe par l’aboutissement souhaité des négociations entreprises avec les rebelles. C’est la fin de la guerre, se réjouit encore LE SOFT, avant de préciser à son tour, mais tout reste à faire et en particulier gérer l’après-guerre : démobiliser les enfants soldats, organiser le retour des déplacés et des réfugiés, veiller à la pacification des relations entre tous les groupes de la mosaïque congolaise. Ce que LE TEMPS lui résume d'une phrase : la paix sera probablement aussi difficile à gérer que la guerre elle-même. Même analyse pour LE PHARE, lequel tout en adressant un coup de chapeau aux militaires congolais, qui en une semaine ont fait montre, dit-il, d’un courage et d’une maîtrise digne de respect sur leurs adversaires, se montre là encore prudent et prévient : gare à la distraction. Il faut jouer cartes sur table, enjoint enfin LE POTENTIEL, le quotidien kinois pour qui la raison recommande que la République démocratique du Congo puisse négocier directement avec les mentors de la guérilla.

Enfin dans l'opinion congolaise, cette fois-ci nombreux sont ceux pour qui la décision du président de la rébellion d'ordonner à tous ses hommes de rang encore fidèles la cessation immédiate des hostilités ne serait en somme qu'une manœuvre dilatoire pour gagner du temps, un piège tendu au gouvernement écrit L'OBSERVATEUR, afin de retarder l'échéance, un stratagème devant permettre au groupe rebelle de se réorganiser pour relancer la guerre ou encore de mettre à profit ce temps de répit pour faire disparaitre toute trace ou preuve d'implication des pays voisins bien connus à cette crise qui endeuille la partie orientale de la RDC depuis maintenant plus de deux décennies. Voilà pourquoi, dans leur majorité, écrit encore le journal, les Congolais ne sont pas prêts, dit-il, à mordre à l'hameçon du chef rebelle. Et voilà pourquoi le gouvernement est aujourd'hui appelé à la plus grande vigilance, pour ne pas tomber bêtement dans ce que le journal qualifie encore ce matin, de traquenard.