France Culture
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PAR LUDOVIC PIEDTENU

Dans la presse ce matin, l'envie de regarder l'avenir.

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Et c'est le résultat des législatives en Espagne hier soir qui provoque cette envie. Puisque tout le monde évoque le changement.La droite traditionnelle, le PP, réalise son moins bon score depuis 1993.La gauche traditionnelle, le PSOE, son pire score."Le mécanisme des vases communicants a fonctionné comme jamais", peut-on lire dans le quotidien suisse Le Temps."La saignée électorale subie par les deux (ex)-partis hégémoniques s’est accompagnée de la montée spectaculaire de deux formations qui viennent tout juste de naître – Ciudadanos, un parti catalan, et les pro-Syriza de Podemos. L’effet de balancier porte donc un coup terrible aux partis historiques qui ont gouverné l’Espagne depuis la fin du franquisme. Ce changement inédit traduit la lassitude des Espagnols à l’égard des vieilles structures qui, à leurs yeux, sont en partie responsables de la crise économique de 2008 et, bien sûr, de ses conséquences: coupes claires dans les dépenses publiques, gel des salaires, précarité de l’emploi. "Ce qui existe déjà dans certains pays européens a débarqué en Espagne, analyse le sociologue Fernando Vallespin. Le système des partis s’est fractionné, les gens disent adieu aux grands partis de masse et penchent en faveur d’une gouvernance complexe."

L'ensemble de la presse internationale n'a d'yeux que pour les jeunes leaders, Albert Rivera de Ciudadanos, 36 ans et Pablo Iglesias, de Podemos, 37 ans.

"En route vers la tourmente" titre le Financial Times."Les deux nouveaux partis mettent fin à l'ère du bipartisme" résume The Guardian outre-manche."Entre changement et stabilité" nuance de son côté l'éditorialiste du quotidien espagnol El Pais."La fin du bipartisme est bien un changement d'envergure", écrit-il.Et ce qu'attendent les espagnols selon lui, c'est une "demande de négociations et de consensus"."Qu'on sorte de ces affrontements sans fin et de ces situations passées très polarisées.""Nous devons apprendre à vivre ensemble dans ce scénario de minorités parlementaires, où chacune devra donner le meilleur d'elle-même pour assurer la stabilité du système. Sans doute, il y aura des négociations complexes pour former un gouvernement, mais il est prévu que les principaux acteurs constitutionnels abordent cette tâche dans un esprit constructif. Beaucoup des espoirs placés par les électeurs dans les urnes se verraient douchés si le processus débouchait sur des exigences maximalistes ou des blocages qui empêchent de tirer profit de ce changement de système.""Ne pas utiliser les histoires du passé pour bloquer les solutions d'avenir" conclut l'éditorialiste qui résume son propos d'un mot en forme d'appel lancé aux partis : la NEGOCIATION.GUILLAUME ERNER : "Un bipartisme touché mais pas coulé" !C'est le titre du quotidien espagnol plus à droite, La Razon, plus proche du Parti Populaire, qui rappelons-le, sort premier de ces élections. Et comme l'a dit son leader Mariano Rajoy, c'est au parti arrivé en tête qu'il revient de tenter de former un gouvernement".Et dans une longue analyse, l'éditorialiste retrace l'histoire du bipartisme en Espagne. Et il conclut ainsi : en réalité, nous n'avons plus un parti de droite et un parti de gauche mais deux partis de droite et deux partis de gauche. "Le bipartisme idéologique reste donc en vigueur mais simplement avec une géométrie différente."GUILLAUME ERNER : On le disait au début, il y a dans la presse l'envie de penser à l'avenir...Ou bien est-ce une lassitude du présent...La Une du Parisien / Aujourd'hui en France s'inquiète de ces leaders politiques "accrochés à leur fauteuil", c'est le titre qui barre la UNE de ce 21 décembre 2015."Malgré le coup de semonce des élections régionales, la classe politique au pouvoir depuis trente ans tarde à organiser sa relève"."Nos élus peinent à se renouveler" peut-on lire encore sous la plume de Nathalie Schuck. "Au risque de voir les électeurs renverser un jour la table"."Notre système politique est congelé" estime le sociologue Michel Wieviorka interrogé par le quotidien français."Regardez ce qui s'est passé pendant la campagne législative en Espagne", dit-il. "On a parlé de ces deux forces politiques émergentes, Podemos et Ciudadanos. En Grèce, il y a eu l'avènement de Syriza tandis que les travaillistes du Labour sont en pleine mutation en Grande-Bretagne. La France, elle, souffre d'un manque de renouvellement des idées politiques, ce qui ne permet guère l'émergence de nouveaux partis."La comparaison est frappante, résume ma conseure du Parisien."Tandis que les sémillants trentenaires des mouvements citoyens espagnols se frottaient hier aux urnes, un ancien faisait son comeback en France : Bernard Tapie, 72 ans.Pour les jeunes pousse, les juniors en politiques, c'est une galère."23 députés sur 577 ont moins de 40 ans, 1 seule moins de 30 ans"Et la journaliste de s'interroger : "Notre classe politique, dominée par les seniors et les papy-boomers, ferait-elle la sourde oreille ?"