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Bonjour Ali, Bonjour à tous, Inflation, hyperinflation, record mondial absolu de l'ordre de 100 000%... Un chômage à près de 80%... des pénuries récurrentes depuis 2001... 26% de la population séropositive... En quelques chiffres... Bienvenue au Zimbabwe... Pays d'Afrique Australe, ancien modèle de développement pour ses voisins... ancien grenier à céréales de cette partie du continent... le pays est aujourd'hui en lambeaux... Dans moins d'une semaine, samedi... un habitant sur deux, près de 6 millions de zimbabwéens seront appelés aux urnes pour renouveler l'élite politique du pays, les députés, sénateurs, conseillers municipaux et bien sûr leur président... A 84 ans, le sortant Robert Mugabe brigue un sixième mandat à la tête de l'Etat... Il aura trois adversaires... Morgan Tsvangirai, chef du principal parti d'opposition... Simba Makoni, un ancien ministre entré en dissidence... et Langton Toungana, un nouveau venu sur la scène politique... Ce samedi... il y aura environ 300 journalistes étrangers... dont quelques médias français et notamment Olivier Danrey de la rédaction de France Culture... Mais il n'y aura pas d'observateurs internationaux officiels... venant des Etats Unis ou de l'Union Européenne dans les 9 000 bureaux de vote installés un peu partout dans le pays... Il y aura en revanche, décision de dernière minute de Robert Mugabe, la police zimbabwéenne dans chacun des bureaux pour "superviser" le vote... A lire ce matin dans le Guardian, les inquiétudes de l'opposition... sur cette intimidation des électeurs ET sur la régularité du scrutin... Pour être complet, il convient d'ajouter des dizaines de milliers d'électeurs fantômes... au moins 90 000 recensés par l'opposition dans seulement 28 des 210 circonscriptions... Autant multiplier par dix ce premier décompte... Les Etats Unis ou des organisations comme Human Rights Watch se sont inquiétés également du nombre de bulletins de vote imprimés... Plus de 9 millions alors qu'il n'y a qu'à peine 6 millions d'électeurs... Le gouvernement Mugabe a quand même accepté la présence d'observateurs de la SADC... la Communauté de développement d'Afrique Australe... Mais dans le Mail and Guardian, hebdomadaire sud africain... une organisation zimbabwéenne pour les droits de l'homme parle d'un échec de cette mission... La SADC, elle, assure avoir confiance en "la maturité des électeurs"... "La presse privée reste muselée et les médias d'Etat favorisent largement le candidat Mugabe, qui selon HRW, Human Rights Watch, dispose de cinq fois plus de temps d'antenne que les autres candidats" pouvait-on lire en fin de semaine dernière dans l'article de la correspondante du journal Le Monde, Fabienne Pompey. Elle y racontait aussi comment Mugabe manie la carotte et le baton... après 28 ans de pouvoir. A quelques jours du scrutin, il distribue du matériel agricole aux habitants des zones rurales... Aux fonctionnaires, alors que les enseignants font grève depuis trois semaines, il accorde une augmentation de 745%... bien peu finalement comparé à l'inflation... Autre élément de propagande... et de manipulation... la distribution de nourriture... à une population qui souffre dans une très large majorité de la famine... "Dans certaines provinces, on dit : si tu soutiens l'opposition, tu meurs de faim" rapporte la chercheuse et la rédactrice du rapport d'HRW, qui dit tenir ses informations de la bouche même de partisans du pouvoir, raconte Fabienne Pompey. Une accusation appuyée par ce reportage de l'Agence France Presse repris ce matin par plusieurs titres de la presse étrangère... un reportage réalisé hier lors du premier meeting du président sortant... c'était dans le sud du pays à Bulawayo pour défier l'opposition où cette dernière est ici majoritaire... et le journaliste décrit la scène... "Quatre camions apportent des sacs de farine destinés à l'auditoire du président. Une dame âgée vêtue d'un T-shirt à l'éffigie du parti au pouvoir a raconté qu'on lui avait demandé de se rendre à ce meeting. Des gens de la Zanu-PF (le parti de Mugabe) nous ont donné ces t-shirts en nous disant qu'on devait assister au meeting". Evidemment, pas de trace de cette information ce matin dans le compte-rendu version Sunday Mail, le journal pro gouvernemental d'Harare... Qui relate aussi les propos, je cite "fallacieux" d'un des adversaires de Mugabe... en l'occurence le leader de l'opposition Morgan Tsvangirai... ce dernier a en effet publié une tribune vendredi dernier aux Etats Unis dans le Wall Street Journal... intitulée "Liberté pour le Zimbabwe". Tsvangirai explique comment le gouvernement a, à plusieurs reprises, volé les élections et intimidé, battu et tué ses opposants. Ce que le très libre zimbabwéen Sunday Mail dément : ouvrez les guillemets "personne n'a été tuée dans des violences à motivation politique dans cette campagne électorale 2008". Dans cette tribune du Wall Street Journal, Tsvangirai conclue : "le peuple zimbabwéen n'a pas faim, simplement de nourriture, mais de changement politique". Un récent sondage indépendant, conduit par l'Université du Zimbabwe, place sa candidature en première position autour de 28%... quand Mugabe est second à 20%... Ce serait inédit... Mugabe est quasiment assuré de la victoire... Oui... mais apparemment pas dès le premier tour... Une victoire de Mugabe, quoi de plus normal explique ironiquement le sud africain Mail and Guardian quand on a une main de fer... faisant allusion à l'affiche de campagne (qu'il ne faut surtout pas arracher au risque de passer un mois derrière les barreaux, ce que vit actuellement un dissident)... une affiche sur laquelle Robert Mugabe est en habit militaire vert olive et il lève bien haut vers le ciel un poing serré... lit-on dans l'hebdomadaire de Johannesburg... et le slogan : "votez pour ce poing" - "Vote for the fist"... Deux éléments qui reflètent sa politique dure et qui rappellent aux électeurs l'armée qui lui permet de rester au pouvoir... Il peut compter d'ailleurs samedi sur les votes des vétérans... Une affiche tournée en dérision par ses adversaires... Pour Tsvangirai raconte Mail and Guardian, "la guerre est finie. On ne peut pas nourrir le peuple avec un poing fermé". Un autre challenger, l'ancien ministre dissident Makoni traité de "prostitué politique" par Mugabe, se fait plus direct : Ne votez pas pour le poing. Ce poing est devenu un marteau brisant le pays". Mais je m'agace ce matin Ali, sans doute pour pas grand chose. Ecoutons plutôt la morale, l'avis très éclairé du Guide libyen Mouammar Kadhafi. C'était il y a quelques jours lors de la clôture de la conférence de la jeunesse Afro-arabe organisée en Ouganda. Selon lui, "les dirigeants visionnaires doivent rester au pouvoir à perpétuité", incluant dans ce panthéon évidemment le dirigeant ougandais et Robert Mugabe. Des propos et une situation qui ont sans doute inspiré le titre de l'édito de l'italien Corriere della Sera, ce matin, "le narcissime des leaders". Bonne journée !

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