Robert Badinter, répondant aux invectives contre François Mitterrand, lors de la commémoration du 50ème anniversaire de la rafle du Vel D'Hiv, le 16 Juillet 1992. ©AFP - Gérard Fouet
Robert Badinter, répondant aux invectives contre François Mitterrand, lors de la commémoration du 50ème anniversaire de la rafle du Vel D'Hiv, le 16 Juillet 1992. ©AFP - Gérard Fouet
Robert Badinter, répondant aux invectives contre François Mitterrand, lors de la commémoration du 50ème anniversaire de la rafle du Vel D'Hiv, le 16 Juillet 1992. ©AFP - Gérard Fouet
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Résumé

Pour ce treizième entretien des "Mémorables", Robert Badinter revient sur l'histoire tragique qu'a connue la France lors du régime de Vichy. Il livre ses souvenirs de son discours prononcé pour le 50ème anniversaire de la rafle du Vel d'Hiv et explique ce qui l'a mis hors de lui.

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Après un extrait du discours de Robert Badinter lors de la commémoration des 50 ans de la rafle du Vel d'Hiv, l'ancien garde des Sceaux, revient sur le "climat très tendu" de cet anniversaire en 1992 et pourquoi, face aux insultes qui pleuvaient sur François Mitterrand, il a été submergé par la colère.

Cela m'avait amené à me replonger dans les documents de l'époque qui étaient terribles, dans les souvenirs des survivants qui étaient douloureux, par moment tragiques.

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Encore très ému, il se souvient de cette cérémonie particulièrement poignante. "J'ai été pris d'une colère, d'une fureur" explique-t-il, en pensant "aux morts qui nous écoutent" et quelle infamie à leur égard on leur faisait subir : "Comment est-ce-qu'on ose transformer une cérémonie comme celle-là en espèce de meeting politique misérable ?". "J'étais hors de moi", reconnaît-il, d'où son apostrophe au public présent ce jour-là, "vous m'avez fait honte" leur a-t-il dit.

Sur la question de la responsabilité de la République, j'avais déclaré - et c'était aussi le sentiment de Mitterrand [...] - qu'on ne pouvait pas tenir la République pour responsable de ce qui était advenu là. Il ne fallait jamais oublié que la première victime de l'Etat de Vichy, c'était la République. [...] C'était sur le cadavre de la République qu'ils avaient construit leur régime

Il insiste pour expliquer en quoi le régime de Vichy et la République "étaient radicalement incompatibles" mais la communauté juive ne l'entendait pas ainsi. François Mitterrand refusait toute excuse au nom de l'Etat français car le peuple français n'était pas le peuple allemand. Il refusait l'amalgame de voir dans les Français, uniquement des bourreaux même s'il y en a eu : "On ne pouvait pas précipiter la République dans cette confusion et cet amalgame-là." Robert Badinter dit soutenir également cette vision, même si elle était inaudible par les victimes.

Une production de Joël Calmettes, réalisée par Pierrette Perrono.

Mémorables - Robert Badinter, entretien 13/15 : Commémorer la rafle du Vel d'Hiv (Première diffusion : 20/02/2002)

Une archive France Culture/INA