Robert Badinter le 19 Avril 2018.
Robert Badinter le 19 Avril 2018.
 Robert Badinter le 19 Avril 2018.  ©AFP - JOEL SAGET
Robert Badinter le 19 Avril 2018. ©AFP - JOEL SAGET
Robert Badinter le 19 Avril 2018. ©AFP - JOEL SAGET
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Résumé

Dans ce troisième entretien, Robert Badinter continue de raconter sa jeunesse du temps de la guerre, entre une vie d'adolescent dans un village savoyard et la déportation de son père. Il raconte le moment de la Libération et le choc, la stupéfaction que fut l'épuration dans son regard de jeune homme.

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Robert Badinter poursuit, dans ce troisième temps des "Mémorables", son histoire d'adolescent dans un petit village français de la zone libre du côté de Chambéry. Loin des idées reçues sur cette période tragique, il insiste sur le côté de "parenthèse apaisante", voire "champêtre" que fut pour lui sa vie d'adolescent. Personne ne posait de question sur leur présence et il tient à souligner la solidarité de ce village, persuadé que tous savaient les raisons de leur présence ici. Dans ce "_filet de silenc_e" autour d'eux, il se sentait comme protégé durant cet été 1943, "c'était le temps suspendu". Jusqu'à ce que l'Histoire se rappelle à eux avec l'invasion des troupes allemandes après le départ de l'armée italienne.

On ne vit pas quand on a 15 ou 16 ans tous les jours, à tout instant, dans l'angoisse et le chagrin. Les adultes, oui.

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Il dit se remémorer encore de temps en temps le rituel du soir consistant à préparer leurs affaires son frère et lui, prêts à sauter par la fenêtre donnant sur le jardin au moindre bruit suspect. Il trouve maintenant cela "un peu puéril" mais c'était un rituel nocturne apaisant.

Ce mélange de drame, d'angoisse et en même temps de menus plaisirs, de rires avec les copains, tout cela n'empêchait pas que tous les soirs je pensais obsessionnellement à mon père dans son camp et rien que cela suffit à nourrir, à raviver en vous des plaies, des blessures et inévitablement à susciter un désir âpre de vengeance.

Quand il apprit le débarquement, il se souvient d'un bel été, "un été glorieux". Il évoque ensuite la dureté de l'épuration dans une région où la Milice et les Allemands avaient commis des horreurs. Il a gardé pendant longtemps une mauvaise image de la justice du fait de cette époque. Il se souvient ainsi avec toujours une grande émotion d'une jeune fille qu'il connaissait et qui avait été tondue. Stupéfié, dit-il, il fut incapable du moindre geste de tendresse et s'en est beaucoup voulu par la suite.

Une production de Joël Calmettes, réalisée par Pierrette Perrono.

Mémorables - Robert Badinter, entretien 3/15 : Un adolescence singulière (Première diffusion : 06/02/2002)

Une archive France Culture/INA