La skyline de Chicago, en 1992 ©Getty - Ralf-Finn Hestoft
La skyline de Chicago, en 1992 ©Getty - Ralf-Finn Hestoft
La skyline de Chicago, en 1992 ©Getty - Ralf-Finn Hestoft
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Résumé

Les gratte-ciel manifestent toujours une certaine confiance en l'avenir de la part de leurs commanditaires, tout comme la volonté de donner à voir leur puissance économique. Ce modèle architectural aurait-il pu apparaitre ailleurs qu'aux États-Unis ?

avec :

Claude Massu (Historien de l’art et de l’architecture), Virginie Picon-Lefebvre (architecte, urbaniste et enseignante à L'ENSA Paris-Belleville, co-auteure de "La Défense, un dictionnaire, architecture et politique" (Parenthèses, 2013)).

En savoir plus

En 1885, le Home Insurance Building est inauguré à Chicago : avec ses 42 mètres de hauteur, portés à 55 avec l'ajout de deux étages en 1890, l'immeuble est généralement reconnu comme premier gratte-ciel de l'histoire de l'architecture. Il sera démoli en 1931, l'année même où l'Empire State Building est inauguré à New York : il culmine à 381 mètres de hauteur et restera le plus haut immeuble du monde pendant plus de trois décennies. Entre ces deux dates, c'est l'invention et le triomphe d'un modèle architectural américain qui s'est jouée. Plusieurs critères historiques s'y donnent à lire : l'affranchissement vis-à-vis des conventions européennes issues des Beaux-Arts et la création d'une grammaire esthétique de la modernité, l'effet des innovations industrielles qui rendent possibles de tels immeubles (nouveaux matériaux comme l'acier, le fer et le verre, apparition des ascenseurs, des communications téléphoniques…), ainsi que la démonstration de la puissance économique américaine capable d'édifier de telles construction…

Ainsi l'histoire de l'invention des gratte-ciel est-elle étroitement liée à celle de l'invention des États-Unis comme puissance politique, économique et culturelle. Partout dans le monde, de la tour soviétique Ostankino à Burj Khalifa aujourd'hui en passant par la construction de La Défense, les constructions d'hauteurs semblables signent la volonté de se situer à l'égard de l'influence américaine (y compris pour la surpasser). Et c'est aussi sur ce modèle que fleuriront les critiques de l'idéologie rationnalisante associée aux gratte-ciel et à l'architecture moderne : qu'elle soit formulée par Jacques Tati dans Playtime ou par Robert Venturi et Denise Scott Brown posant les fondements du postmodernisme architectural dans Learning from Las Vegas. Emblèmes d'une idée américaine moderne de l'architecture, le retour des gratte-ciel et des polémiques qui les accompagnent (en particulier à Paris, après trente ans d'interdiction) montre que leur histoire est encore la nôtre.

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3 min

Les invité.e.s

  • Claude Massu est historien de l'architecture et professeur émérite d'histoire de l'art à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Il a traduit l'ouvrage de Frank Lloyd Wright dans lequel celui-ci développait la critique des métropoles de son temps, La Ville évanescente (Infolio, 2013), et également signé Chicago, de la modernité en architecture (Parenthèses, 1997).
  • Virginie Picon-Lefebvre est architecte et urbaniste, professeure à l'École Nationale Supérieure d'Architecture Paris-Belleville, rattachée au laboratoire IPRAUS (Institut Parisien de Recherche Architecture, Urbanistique et Société). Elle a co-dirigé le dictionnaire et l'atlas consacrés à La Défense, parus aux éditions Parenthèses en 2012, et signé La Fabrique du bonheur (Parenthèses, 2019).
Références

L'équipe

Matthieu Garrigou-Lagrange
Matthieu Garrigou-Lagrange
Anne-Vanessa Prévost
Collaboration
Didier Pinaud
Collaboration
Laurence Jennepin
Collaboration
Cyril Marchan
Production déléguée
Aloïs Guérin
Stagiaire