La comédienne Sarah Bernhardt représentée pas Georges Jules Victor Clairin, en 1879.
La comédienne Sarah Bernhardt représentée pas Georges Jules Victor Clairin, en 1879.
La comédienne Sarah Bernhardt représentée pas Georges Jules Victor Clairin, en 1879. ©Getty - Photo Josse/Leemage
La comédienne Sarah Bernhardt représentée pas Georges Jules Victor Clairin, en 1879. ©Getty - Photo Josse/Leemage
La comédienne Sarah Bernhardt représentée pas Georges Jules Victor Clairin, en 1879. ©Getty - Photo Josse/Leemage
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Résumé

De Molière à Sarah Bernhardt, l'idée selon laquelle le succès au théâtre irait de pair avec la notoriété personnelle s'est progressivement imposée... Elle nous semble désormais naturelle, tant les stars font partie de nos vies. Le vedettariat a pourtant bel et bien été inventé, et il a son histoire.

avec :

Florence Filippi.

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Dans son Dictionnaire du Théâtre en 1885, le critique Arthur Pougin donne la définition suivante à l'entrée "Vedette" :  "La vedette est un produit moderne de la vanité des comédiens, et ne date guère de plus de trente ou quarante ans. Elle consiste en ceci que le nom de l'acteur qui en est l'objet est placé en vedette sur l'affiche, en tête de celle-ci, et avant même le titre de l'ouvrage représenté, de façon qu'il frappe immédiatement l'œil du lecteur le plus inattentif. (...) Il faut bien avouer que chez le comédien qui s'occupe ainsi de tels détails, il y a au moins autant du charlatan que de l'artiste".

Si celui-ci met précipitamment le phénomène sur le seul compte des acteurs et actrices et leur futilité présumée, il est vrai que la mise en avant de l'identité des principaux comédiens comme faire-valoir d'une pièce s'affirme au cours du XIXe siècle, jusqu'à culminer dans la figure de Sarah Bernhardt au début du XXe, dont on loue le talent autant qu'on s'intéresse aux détails de sa vie personnelle. À la différence des acteurs ordinaires qui s'effacent derrière leur personnage, une vedette reconnue apparait sur scène à la fois comme personnage et comme personne privée, civile. Par conséquent, des valeurs personnelles sont bientôt associées aux vedettes indifféremment des rôles qu'elles incarnent, et justifient en elles-même de se déplacer au théâtre pour le public : bientôt le talent se mue en prestige, et rejaillit sur ceux qui en sont dotés au-delà même de l'exercice de leur art, dans leur vie personnelle. Ainsi Edgar Morin remarquera-t-il en 1957 dans Les Stars que les valeurs morales associées à celles-ci varient en fonction des aspirations sociales de l'époque.

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Le vedettariat apparait en somme par l'effet conjugué des interprètes et de tous les discours qui les entourent et concourent à les mettre en avant : presse, publicité, affiches, photographies... L'émergence des vedettes nous renseigne donc autant sur le partage des pouvoirs entre les différents individus qui prennent part au processus artistique (acteurs, acteurs, directeurs de théâtre, régisseurs puis metteurs en scène) que sur l'espace public, médiatique et économique dans lequel se développe alors le divertissement.

Romain de Becdelièvre a glissé dans la Pièce jointe du jour le premier chapitre d'un roman d'Émile Zola : Nana y est la vedette d'un soir de première au Théâtre des Variétés.

3 min
  • Florence Filippi est maîtresse de conférences à l'Université de Rouen, membre du CÉRÉdI, spécialisée dans l'histoire du théâtre, de la mise en scène et de la question actorale au XIXe siècle. Elle a notamment codirigé le numéro de la revue Epistemocritique consacrée au rapport entre Théâtre et médecine : de l’exhibition spectaculaire de la médecine à l’analyse clinique du théâtre en 2016, ainsi que l'ouvrage Le Sacre de l'acteur, Émergence du vedettariat théâtral de Molière à Sarah Bernhardt paru chez Armand Colin, en 2017.
Références

L'équipe

Matthieu Garrigou-Lagrange
Matthieu Garrigou-Lagrange
Anne-Vanessa Prévost
Collaboration
Didier Pinaud
Collaboration
Laurence Jennepin
Collaboration
Cyril Marchan
Production déléguée
Aloïs Guérin
Stagiaire