Un groupe de fans de rodéo, 1954, Texas. ©Getty - Hy Peskin Archives
Un groupe de fans de rodéo, 1954, Texas. ©Getty - Hy Peskin Archives
Un groupe de fans de rodéo, 1954, Texas. ©Getty - Hy Peskin Archives
Publicité
Résumé

S'il est aujourd'hui le vêtement ordinaire de nombreuses tenues vestimentaires, l'histoire du jean est néanmoins précisément documentée. Elle se superpose sans peine avec quelques grandes étapes de la construction des États-Unis, puis avec celles de l'influence de ce modèle dans la mondialisation.

avec :

Pascale Gorguet-Ballesteros (conservateur du patrimoine au Musée Galliera).

En savoir plus

Aujourd'hui, il se vend environ 70 exemplaires de jeans dans le monde à chaque seconde. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le port du jean s'est répandu dans le monde entier à mesure que la mondialisation s'imposait. Ainsi a-t-il pénétré toutes les couches de la société, et le jean en lui-même ne connote plus un style particulier. Comme le T-shirt, il est devenu une sorte d'élément de base à la grammaire de l'habillement, une chose générique dont la signifiance dépend de s'il est choisi ajusté ou large, plus ou moins délavé, taille haute ou basse, déchiré ou non, voire de critères codifiés chers aux yeux de quelques connaisseurs (point de chainette des coutures, toile "selvedge", etc.), ainsi que des autres vêtements auxquels il est associé… Pourtant, avant de devenir le vêtement courant par excellence que l'on connait aujourd'hui, l'histoire du jean a traversé de nombreux mythes fortement identifiés, des chercheurs d'or et des cowboys de la conquête de l'Ouest aux mouvements contestataires des "Blousons noirs" ou des hippies.

Les origines de l'histoire du jean se perdent en un éparpillement des multiples provenances prêtées à la solide toile de coton avec laquelle on les construit : la légende prête au sud de la France l'invention d'une toile "de Nîmes" qui aurait donné le "denim", mais elle trouve plus probablement sa source dans une évolution progressive de la "futaine" qui circulait entre l'Italie du nord fabricante et l'Angleterre importatrice (par où le port d'export, Gênes, se serait transformé en jean dans la langue anglaise). Au gré des échanges commerciaux, la production se répand autour de Manchester puis aux États-Unis, où un jeune colporteur de New-York a l'idée d'en faire des pantalons de travail : un certain Levi Strauss. Ce que l'on appelait encore des overalls prennent leur teinte indigo et écrue caractéristique, puis acquièrent une réputation certaine pour leur solidité, a fortiori après s'être vus renforcés de rivets par Jacob Davis (le second père spirituel du jean), et le succès commercial arrive rapidement à ses vendeurs. Au fil des décennies, le vêtement de travail se change en vêtement de loisirs et, à mesure que les États-Unis étendent leur influence culturelle sur le monde, il devient l'un des synonyme de cette nation pour ceux qui s'en emparent ailleurs. Avec James Dean puis le mouvement hippie, il prend une connotation de rébellion contre l'ordre établi, puis il est adopté par de multiples causes, marques et certaines maisons de haute couture, jusqu'à devenir un vêtement courant déclinable en de nombreuses variations... À l'heure de sa généralisation achevée, de nouvelles questions incombent au jean : l'ancien emblème de la contre-culture est suspecté d'avoir pris la place du costume dans le rôle d'uniforme de la personne moderne, tandis que le coût écologique de ce vêtement mondialisé est régulièrement pointé du doigt...

Publicité

Soit le semblant d'un air de désenchantement flottant autour du jean, que Romain de Becdelièvre rencontre par un autre chemin dans sa Pièce jointe : il évoque aujourd'hui l'un des tubes de l'année 2012...

3 min
  • Pascale Gorguet-Ballesteros est conservatrice du patrimoine au Palais Galliera-Musée de la mode de la Ville de Paris, et enseignante UFR Histoire de l’art et archéologie de Sorbonne Université. Dans le cadre de son enseignement, elle donne un cours sur le jean.
Références

L'équipe

Matthieu Garrigou-Lagrange
Matthieu Garrigou-Lagrange
Laurence Jennepin
Collaboration
Cyril Marchan
Production déléguée
Didier Pinaud
Collaboration
Anne-Vanessa Prévost
Collaboration
Aloïs Guérin
Stagiaire