Marilyn Monroe lisant, New York, 1955
Marilyn Monroe lisant, New York, 1955 - Michael Ochs Archives
Marilyn Monroe lisant, New York, 1955 - Michael Ochs Archives
Marilyn Monroe lisant, New York, 1955 - Michael Ochs Archives
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La beauté qui a fait la renommée de Marilyn Monroe tient autant de la perfection de ses traits que de l'expressivité de son visage : ses émotions, ses mimiques et ses attitudes la rendent belle, car elles laissent entrevoir sa sensibilité extrême… Celle qu'on lit aussi dans les écrits de l'actrice.

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Au sommet de sa notoriété de son vivant et à plus forte raison après sa mort à 36 ans en 1962, la célébrité de Marilyn Monroe a peu à peu dépassé la portée de sa seule carrière d'actrice : ceux qui l'ont photographiée, dirigée, croisée, ou qui ont partagé un moment plus ou moins long de sa vie ont souvent témoigné de sa personnalité, de ses aspirations ou de son éclat, fournissant autant de commentaire à l'intention de quiconque cherchait à percer son mystère. Plus qu'une star du cinéma, elle est progressivement devenue une icône, figée en image superlative de son temps, sur laquelle de nombreux commentaires sont venus se déposer : de Roland Barthes dans un entretien à Pier Paolo Pasolini dans un film, en passant par Andy Warhol dans son diptyque, tous cherchent à souligner à travers elle quelque aspect de l'époque. Ainsi s'est-il déployé un mythe Marilyn Monroe, renforcé par de nombreuses images et son implacable photogénie, comme un masque dont elle ne s'est jamais départie (à l'exception peut-être d'une fois  sous le regard de Richard Avedon), ou comme un rôle qu'elle aurait eu de plus en plus de mal à tenir, un destin tragique dont la mort marquerait l'achèvement aussi déchirant que logique.

Toutefois, la figure de Marilyn Monroe ainsi figée pour la postérité est lacunaire. En privé, l'actrice ne s'est pas contentée de faire Marilyn, ni d'être parlée par d'autres : elle-même écrivait poèmes et impressions, qu'elle gardait pour elle ou faisait lire à des proches, ainsi le poète Norman Rosten à qui elle demandait "est-ce de la poésie ?". Ce dernier, qui a longtemps été le seul lecteur de ses écrits, consacrera à son tour un poème à Marilyn Monroe, dans lequel il tente de raconter sa trajectoire depuis l'intérieur et l'intimité. Dans ses textes, on lit ses sentiments, et parfois leur tourment, pris dans la tournure de sa vie : une manière de chercher à comprendre qui elle était pour elle-même, loin de la très grande conscience qu'elle avait de ce qu'elle inspirait aux autres.

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Aborder Marilyn Monroe à l'aune de la littérateur permet donc de redécouvrir autrement sa vie, à travers sa bibliothèque et son goût pour la lecture, ou les amitiés qu'elle a noué et entretenu avec des auteurs, des dramaturges, des soirées au cours desquelles on se lisait des extraits de Walt Whitman et de William Butler Yeats...

Dans la Pièce Jointe, c'est à un chapitre du roman Blonde de Joyce Carol Oates que Romain de Becdelièvre s'est intéressé.

La Pièce jointe
3 min
  • Tiphaine Samoyault est essayiste, romancière et traductrice. Elle a notamment écrit une biographie intellectuelle de Roland Barthes (Seuil, 2015), une étude sur les rapports entre Traduction et violence (Seuil, 2020), ou encore plusieurs récits (ainsi La Cour des adieux, Maurice Nadeau, 1999, ou Bête de cirque, Seuil, 2013). Elle a également signé plusieurs traductions, notamment les Fragments - Poèmes, écrits intimes, lettres de Marilyn Monroe, parus au Seuil en 2010.
  • François Guérif est éditeur, écrivain sur le cinéma et traducteur. Il a fondé en 1986 la collection Rivages/Noir, qu'il a dirigé jusqu'en 2017. Il notamment est l'auteur d'ouvrages consacrés à Claude Chabrol, Jean-Paul Belmondo ou Steeve McQueen, et il a traduit le poème de Norman Rosten, Marilyn, ombre et lumière (Lherminier, 1984, rééd. Seghers, 2022).

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