Comment faire la classe aux princes et aux princesses ?

La leçon de harpe donnée par Madame de Genlis à Mademoiselle d'Orléans, J.-B. Mauzaisse, ca. 1842
La leçon de harpe donnée par Madame de Genlis à Mademoiselle d'Orléans, J.-B. Mauzaisse, ca. 1842 ©Getty - DEA / G. DAGLI ORTI
La leçon de harpe donnée par Madame de Genlis à Mademoiselle d'Orléans, J.-B. Mauzaisse, ca. 1842 ©Getty - DEA / G. DAGLI ORTI
La leçon de harpe donnée par Madame de Genlis à Mademoiselle d'Orléans, J.-B. Mauzaisse, ca. 1842 ©Getty - DEA / G. DAGLI ORTI
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Née en 1746 et morte en 1830, Félicité de Genlis a connu plusieurs vies : celles de l'Ancien Régime et de la Restauration, celle de la cour ou celle de l'exil. Écrivaine et pédagogue, celle qui fut "gouverneur" du futur roi Louis-Philippe est au centre des enjeux qui traversèrent son siècle.

Avec
  • Martine Reid Professeure des Universités, de langue et de littérature française à Lille-III

La vie de Madame de Genlis s'étend sur plusieurs époques. De son enfance sous le règne de Louis XV, elle affirmera que le souvenir du Roi Soleil était encore vif dans la société, dans les usages et dans les mœurs. Sa mère est un temps hébergée par Alexandre Le Riche de la Popelinière, un libertin qui tient salon chez qui l'on peut croiser Voltaire, Diderot ou Buffon. Imprégnée de cette libre pensée et de l'idéologie des Lumières, Madame de Genlis se placera pour sa part plutôt du côté de la vertu et de la rigueur morale. Précocement célébrée pour ses talents de harpiste qui lui ouvrent la voie vers quelques années de vie mondaine, elle se consacrera bientôt à la littérature en s'intéressant de près à la question de l'éducation. Par delà l'écriture, ce inclinaison se concrétisera dans la création de sa "maison pédagogique de Bellechasse", un domaine voué à l'éducation des enfants dont certaines familles nobles lui donnent la charge : elle y déploiera ses vues sur la pédagogie et l'enfance, dirigeant plus d'une trentaine de personnes vouées au service de l'instruction des jeunes princes et princesses.

En 1789, elle se montrera d'abord favorable aux événements révolutionnaires : elle emmènera même ses élèves assister au démantèlement de la Bastille, y reconnaissant le renversement d'un ordre injuste et d'un symbole des arrestations arbitraires. Toutefois, elle prendra position contre ce qu'elle désigne comme étant les dérives des "lumières philosophiques" et de leur influence sur les renversements politiques à l'œuvre. Forcée d'émigrer, elle commence à publier dans le but vivre de sa plume. Elle rencontrera le succès comme autrice, publiera ses mémoires de son vivant, et laissera à la fin de sa vie un très grand nombre d'ouvrages derrière elle, mourant quelques mois après avoir vu son ancien élève Louis-Philippe s'assoir sur le trône de France… En nous concentrant sur ses travaux de pédagogue, nous tentons aujourd'hui de retracer ce parcours, aussi romanesque qu'accidenté.

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Félicité de Genlis évoque dans son traité De l'influence des femmes sur la littérature française une certaine Marie de Calages, Romain de Becdelièvre ouvre aujourd'hui la Pièce jointe sur son poème consacré à Judith.

La Pièce jointe
3 min

L'invitée :

  • Martine Reid est professeure émérite de littérature à l'université de Lille, spécialiste de l'histoire culturelle des femmes en littérature. Elle a coordonné deux tomes consacrés aux Femmes en Littérature, parus en 2020 dans la collection "Folio Essais" de Gallimard, et écrit la biographie Félicité de Genlis - La pédagogue des Lumières (Tallandier, 2022).
    Elle est également l'autrice d'Être Cary Grant paru chez Gallimard en 2021, biographie pour laquelle nous l'avions reçue le 10 octobre 2021.
Sans oser le demander
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