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HO HO HO ©Getty - CSA Images
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Il y a 70 ans, Claude Lévi-Strauss publiait un article qui a fait date sur… Le père Noël ! Son idée : s’interroger sur des fêtes de fin d’année devenues purement commerciales. Aurait-on perdu l’esprit religieux ? Et est-ce si grave ?

Avec
  • Charles Stépanoff Anthropologue, directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales

Votre sapin est prêt, les enfants hurlent, les cadeaux pas tout à fait achetés, mais on y est presque ! Bientôt Noël...
Et pourtant, vous n'en pouvez déjà plus.
Ces guirlandes, ces pantins accrochés aux fenêtres, cet esprit de Noël... loin de vous calmer, vous agacent, et révèlent même, logés au fond de vous, des accès de violence !
Bizarre ? Pas tant que ça... car les fêtes de Noël n'ont pas toujours été synonymes de convivialité. Alors pourquoi croire encore qu'à Noël, il n'est question que d'amour et de paix ?

Brûler le Père Noël pour critiquer l'American Way of Life

“En 1951, des Dijonnais brûlent le Père Noël. D’après Claude Lévi-Strauss, l’enflammement du Père Noël est commandé par l’Eglise mais d’autres documents montrent qu’il a été effectué par une association caritative chrétienne dont les membres qui portaient aide aux pauvres ne supportaient pas la récupération des fêtes de Noël par les industries commerciales. Car pour Lévi-Strauss, la tradition commerciale de Noël incarnée par la distribution de cadeaux est amenée par le Plan Marshall de 1948, qui apporte à la France non seulement une aide financière, mais bien un American Way of Life. Avant la guerre, les marchandises liées à Noël étaient assez peu présentes, on trouve des branchages et des cadeaux issus d’une production locale. Dans les années 1950, on passe d’une économie du don à une économie de la marchandise, à travers le cadeau de Noël. Pour les Eglises, il n'y a seulement supercherie mais désacralisation.” Charles Stépanoff

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Les enfants : des morts que l'on satisfait avec des cadeaux ?

“Lévi-Strauss remarque que dans les traditions européennes, les fêtes entretiennent des rapports avec les enfants mais aussi avec les morts. À la Saint-Sylvestre, les enfants allaient réclamer des sucreries ou cadeaux chez leurs voisins qui devaient leur répondre favorablement au risque de vexer les morts. Dans les années 1950, cette tradition est désuète mais revient à travers la fête d’Halloween où les enfants se déguisent explicitement en morts. Mais avec la manière dont on fête Noël actuellement, les enfants ne réclament plus directement au Père Noël, il donne de manière généreuse. Pour Lévi-Strauss, cela crée seulement un nouveau rapport plus adouci aux morts car les enfants restent symboliquement les morts que l’on gave pour qu’ils nous laissent tranquille.” Charles Stépanoff

La nuit de Noël : revenir au temps du mythe

“Pendant la nuit de Noël, il est connu que les animaux de ferme parlent et révèlent des choses. Quand va mourir le maître ? Y a–il un trésor caché ? Les paysans essayent donc d’écouter ce que les animaux disent, mais s'ils se font repérer, alors ils perdent la vue et l’ouïe. Chez Lévi-Strauss, le temps du mythe est le temps où les hommes et les animaux parlent le même langage, notamment chez les Amérindiens en Amérique du Nord. Alors ce temps du mythe revient à chaque nuit de Noël dans les étables européennes. Pendant la messe de minuit, on lâche même les animaux, des rouges-gorges, des roitelets… Les crèches vivantes sont également un rappel de ce temps du mythe.” Charles Stépanoff

Monter au ciel en escaladant le sapin de Noël

“Pour comprendre l’importance du sapin de Noël, il est important de le comparer à d’autres arbres médiateurs, comme l’arbre de mai ou bien les arbres de Sibérie qui dépassent du trou de la tente pour établir un lien entre le ciel et les habitants. Cet arbre sibérien reçoit des offrandes, on le recouvre d’ornements, de nourriture, de cadeaux… On peut festoyer tout autour de lui, comme on festoie autour du sapin de Noël qui représente aussi une montée vers le ciel, notamment à travers l’étoile posée à son sommet. En Sibérie, le rituel marque la montée du chaman aux cieux où il échange des offrandes contre des conseils des dieux. C’est notre équivalent du Père Noël.” Charles Stépanoff

Sons diffusés :

  • Extrait du texte de Claude Lévi-Strauss : Le Père Noël supplicié, dans Lieux de mémoire, France Culture, 1996
  • Musique extraite de la bande-originale du film Maman j’ai raté l’avion, de Chris Colombus, 1990
  • Archive de Lévi-Strauss interviewé par Bernard Pivot sur la définition d'un mythe, dans Apostrophes, 04/05/1984
  • Chanson de Tino Rossi, Mon beau sapin
  • Archive d'une vente de sapin de Noël au marché aux fleurs de la Cité à Paris en 1960, RTF
  • Extrait du documentaire Un pays qui se tient sage, de David Dufresne, 2020
  • Chanson de fin : Frank Sinatra, Let It Snow, Let It Snow, Let It Snow !

Bibliographie :

Le Cours de l'histoire
51 min

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