Pablo Picasso nourrissant une chèvre juchée sur sa statue de chèvre, villa La Californie, Cannes, 1958 ©Getty - Denis Brihat
Pablo Picasso nourrissant une chèvre juchée sur sa statue de chèvre, villa La Californie, Cannes, 1958 ©Getty - Denis Brihat
Pablo Picasso nourrissant une chèvre juchée sur sa statue de chèvre, villa La Californie, Cannes, 1958 ©Getty - Denis Brihat
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Résumé

Très superstitieux, Pablo Picasso était fasciné par le spiritisme, la cartomancie ou l'astrologie… Son œuvre et sa façon d'envisager la création sont imprégnés d'occultisme, et notamment d'un fort rapport avec les morts dans la double culture populaire dont il est issu, hispanique et italienne.

avec :

Diana Picasso (Historienne de l’art et commissaire d’exposition, petite fille de Pablo Picasso), Philippe Charlier (Médecin légiste, archéologue et anthropologue, directeur de la recherche et de l’enseignement au musée du quai Branly Jacques Chirac).

En savoir plus

De nombreuses anecdotes biographiques attestent de diverses formes de croyance, chez Picasso, en des forces magiques. L'artiste gardait par exemple tant d'objets hétéroclites que son ami Jean Cocteau l'avait surnommé "le roi des chiffonniers" : il conservait de vieux papiers, des vêtements usés, constituait des fonds d'archives sur les nombreux thèmes qui l'obsédaient… Même si elle n'a jamais manifesté la moindre folie, cette accumulation pathologique traduit potentiellement une crainte surnaturelle de la part de Picasso, qui était en outre très superstitieux (ainsi n'a-t-il jamais voulu faire de testament ou de contrat de mariage, de peur que ceux-ci attirent la mort).

C'est tout le rapport aux choses de Picasso qui peut se lire à l'aune de cette croyance dans la magie. Par delà sa tendance conservative générale, il gardait également soigneusement quelques objets spécifiques comme autant de véritables fétiches. Estimant que les choses sont douées d'un esprit, il accorde également une attention spécifique à ce qui provient du corps : les cheveux (que seuls quelques proches très autorisés pouvaient couper), les ongles, le sang… Pour Picasso, les fluides corporels ou ces restes matériaux sont toujours susceptibles de contenir l'âme de l'individu. En sous-main de son athéisme revendiqué, c'est donc dans des relations matérielles au monde que se déploie le rapport singulier et complexe de l'artiste au domaine du spirituel. Partant, cet ensemble de pratiques qui structurèrent la vie de Picasso éclaire sous un jour nouveau la question de la matière dans son œuvre.

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Cadeau de Picasso à son coiffeur attitré, Arias.
Cadeau de Picasso à son coiffeur attitré, Arias.
© Getty - Rafa Samano
  • Diana Widmaier Ruiz-Picasso est historienne de l'art, spécialiste de l'œuvre de Pablo Picasso, dont elle est aussi la petite-fille. Elle a assuré le commissariat de plusieurs expositions consacrées à Picasso et elle coordonne depuis 2003 une mission visant à établir le catalogue raisonné de l'œuvre sculpté de l'artiste. Avec Philippe Charlier, elle a signé Picasso sorcier chez Gallimard en 2022.
  • Philippe Charlier est médecin, anthropologue, et directeur du département de la Recherche et de l’Enseignement au musée du Quai Branly-Jacques-Chirac. Il est l'auteur notamment de Vaudou : les hommes, la nature et les dieux (Plon, 2020), d'Autopsie des fantômes - Une histoire du surnaturel (Tallandier, 2021) et, avec Diana Widmaier Ruiz-Picasso, de Picasso sorcier (Gallimard, 2022).
Références

L'équipe

Matthieu Garrigou-Lagrange
Matthieu Garrigou-Lagrange
Laurence Jennepin
Collaboration
Cyril Marchan
Production déléguée
Didier Pinaud
Collaboration
Anne-Vanessa Prévost
Collaboration
Aloïs Guérin
Stagiaire