Le peintre français Francis Picabia devant une de ses oeuvres, vers 1930.
Le peintre français Francis Picabia devant une de ses oeuvres, vers 1930. ©Getty
Le peintre français Francis Picabia devant une de ses oeuvres, vers 1930. ©Getty
Le peintre français Francis Picabia devant une de ses oeuvres, vers 1930. ©Getty
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Le "rastaquouère Picabia", surnommé ainsi par Bernard Marcadé pour souligner la richesse exubérante de son mode de vie et son inlassable désir de "dire oui à la vie", fut l'un des inventeurs de l'art abstrait dès les années 1910.

Avec
  • Bernard Marcadé Historien de l’art et professeur d'esthétique et d'histoire de l'art, critique d'art, commissaire d'expositions

Le plus grand représentant de la liberté en art, non seulement à l’encontre de l’esclavage des académies, mais aussi contre la soumission à quelque dogme que ce soit.

Cette phrase de Marcel Duchamp au sujet de son ami Francis Picabia montre l'admiration que pouvait susciter l'artiste. Pourtant, c'est cette même liberté qui a desservi Picabia dans ses rapports aux dadaïstes, qui ont pu lui reprocher d’avoir trahi la modernité Dada au profit d’une peinture jugée académique. Passionné par Nietzsche, il n'hésitera pas à utiliser des pans entiers de son œuvre, notamment du Gai savoir, qu’il a souvent plagié. Il a cependant aussi beaucoup écrit de sa propre plume, mais sous de nombreux pseudonymes tels que "Funny-Guy", "Pharamousse", le "Loustic", de manière à toujours jouer avec le montrer-cacher. Enfant taciturne, rongé par l’ennui et la solitude, il puise dans cette solitude la force d'imaginer un univers qui n'appartient qu'à lui. Cela explique peut-être pourquoi, dès l'âge de 14 ans, il réalise son premier tableau à l’huile, qui représentait la fontaine de la cour intérieure de son immeuble de la rue des Petits-Champs. Surdoué, il est capable de copier les tableaux des grands maîtres. Devenu un peintre à succès, il s'inscrit dans le courant impressionniste et multiplie les tableaux de paysages, sans jamais adhérer véritablement à l'esprit des peintres impressionnistes. L'ennui finit par le rattraper. Il est finalement sauvé par son mariage avec Gabrielle Buffet dont il tombe fou amoureux et grâce à qui il sort de son état dépressif. Il trouve alors les ressources, non pas seulement de se renouveler artistiquement, mais d'instaurer une rupture décisive dans l'histoire de l'art. 

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  • L'invité : Bernard Marcadé, critique, professeur d’histoire de l’art, organisateur d’expositions et auteur de biographies comme celle de Marcel Duchamp, publiée en 2007 aux éditions Flammarion où il vient de publier celle de son ami, l'artiste Francis Picabia.