"Collage typographique" de László Moholy-Nagy, en 1922.
"Collage typographique" de László Moholy-Nagy, en 1922.
"Collage typographique" de László Moholy-Nagy, en 1922.
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Résumé

Avant même que nous ayons commencé à lire un texte, la typographie influence la perception qu'on en a. Des manuscrits enluminés médiévaux jusqu'à l'informatique, en passant par la révolution de l'imprimerie, la forme des lettres reflète les époques et varie comme l'histoire s'écoule.

avec :

Roxane Jubert (graphiste-typographe).

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Comme le graphisme, la typographie informe l'inconscient matériel de nos vies quotidiennes : souvent sans même que l'on s'en rende compte, elle influence le confort de lecture d'un texte, hiérarchise entre les différents éléments d'une même page, confère une tonalité plus ou moins formelle, élégante, utilitaire, générique ou circonstanciée à un message. Ainsi utilisera-t-on plus facilement une police de caractère sans empattement dans un contexte purement informatif (pour une signalétique par exemple), une Didot pour véhiculer une idée de sophistication, ou une Elzévir pour des textes plus formels ou classiques (la Garamond, en usage dans la collection de la Pléiade, fait partie de cette famille de caractères)…

%C3%80%20lire%20aussi : Une%20histoire%20de%20la%20ponctuation%20%3A%20au%20commencement%20%C3%A9tait%20le%20%E2%80%9C.%E2%80%9D%20%20

L'histoire longue de la typographie remonte ainsi aux premières occasions auxquelles la question d'agencement du sens dans la disposition de signes sur une surface apparait. Elle traverse donc les formes archaïques d'écriture à l'Antiquité, les rapports entre le texte et l'image dans la diffusion du sens au Moyen Âge, la détermination des premières conventions partagées par les moines copistes de l'ère caroline, la fixation définitive de certaines formes duplicables de caractères avec l'imprimerie, les révolutions techniques du XIXe siècle, les innovations formelles et avant-gardistes du XXe, ainsi que les ruptures impliquées par la dématérialisation numérique : chaque époque voit se décliner dans la typographie les enjeux sociaux, politiques ou esthétiques qui lui sont propres.

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Aux XIXe et XXe siècles, avec l'avènement de la modernité urbaine et le développement de la réclame, la typographie verse peu à peu dans le graphisme… De fait, imprimer des phrases ne consiste plus seulement à donner la forme d'un texte destiné à être lu d'un bout à l'autre, mais à disposer des informations dans l'espace de la page (ou, désormais, de l'affiche) afin de capturer le regard et véhiculer le plus efficacement possible une information donnée. Des questions nouvelles apparaissent alors, qui se trouvent portées à un haut degré d'intensité avec le rôle particulier confié par les totalitarismes au graphisme dans la propagande.

Ainsi, avec le temps, les créations de Claude Garamond, John Baskerville, Firmin Didot, Roger Excoffon ou Pierre Faucheux s'additionnent sans se remplacer, offrant chaque fois de nouvelles façons de faire coïncider le sens d'un texte avec la forme des caractères qui le renferment.

Deux polices au nom sonore, Kouije et Quantange, ont intéressé Romain de Becdelièvre : ces créations du typographe Pierre di Sciullo sont dans sa Pièce jointe.

2 min
  • Roxane Jubert est historienne de l'art, graphiste et typographe. Elle est l'autrice d'un ouvrage illustré issu de sa thèse, retraçant l'histoire longue de la typographie : Graphisme, Typographie, Histoire, paru en 2005 chez Flammarion.
Références

L'équipe

Matthieu Garrigou-Lagrange
Matthieu Garrigou-Lagrange
Laurence Jennepin
Collaboration
Cyril Marchan
Production déléguée
Didier Pinaud
Collaboration
Anne-Vanessa Prévost
Collaboration
Aloïs Guérin
Stagiaire