"Ravage" de René Barjavel : comment vivre dans un monde sans électricité ? : épisode /11 du podcast Grands classiques de la littérature

Sans électricité, c'est l'apocalypse... ©Getty - Keith Lance
Sans électricité, c'est l'apocalypse... ©Getty - Keith Lance
Sans électricité, c'est l'apocalypse... ©Getty - Keith Lance
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Les coupures d'électricité sont à craindre cet hiver, et il y a presque 80 ans, René Barjavel imaginait déjà une société dans laquelle l'électricité, du jour au lendemain, disparaît. Dans "Ravage", la civilisation, livrée au chaos, s’effondre… Pourra-t-elle renaître de ses cendres ?

Avec
  • Natacha Vas-Deyres Essayiste, enseignante et chercheuse associée au Laboratoire pluridisciplinaire de recherches sur l’imaginaire appliquées à la littérature à l’Université Bordeaux Montaigne. Présidente du Festival Hypermondes depuis 2021

Et si tout s'arrêtait d'un coup ? Plus de courant électrique, plus un seul bruit, plus une lumière, le noir total, le silence assourdissant… Alors, que feriez-vous ? En 1943, René Barjavel écrit Ravage : un monde sans électricité, sans institutions, sans technologie.
Mais quelle place alors pour l'homme ? À quoi nous servirait notre intelligence ? Sans technologie, où va-t-on ? Et à travers ce dénuement, quelles valeurs morales nous resterait-il ?

Un monde ultra-technologique privé d'électricité

“Chez Barjavel, nous sommes dans une société ultra technologique où tout est électrique, y compris les routes, qui sont en plastique. L’invention des transports est également remarquable : 600 kilomètres de rail pour accueillir un train extrêmement rapide… Tout d’un coup, cette civilisation ultra-technologique fondée sur l'électricité s'arrête avec toutes les conséquences que l’on découvre dans le roman. Une des conséquences les plus marquantes est la conservation des morts congelés dans leur dernière position et gardés derrière les vitrines des appartements, comme des statues.” Natacha Vas-Deyres

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L'oubli des processus naturels

“Les hommes, soumis à la technologie, ont complètement oublié les processus naturels, puisque on ne mange que de la viande synthétique, des légumes synthétiques. Le protagoniste de Barjavel, François Deschamps, est un fils de paysans de la Drôme qui veut retrouver ses parents et sa terre natale. Il est ingénieur et note l’absurdité d’un monde entièrement basé sur de la biotechnique. Pour lui, l’humanité a oublié ce que nous sommes capables de faire avec notre corps, avec la terre, l’élevage, les animaux.” Natacha Vas-Deyres

Anti-technologique mais pas anti-progrès !

“Barjavel est quelqu'un qui a à la fois des racines paysannes, qui aime profondément la terre, le milieu rural, mais qui a aussi été influencé par les communautés indépendantes qu'on a vues se développer dans les années 1940-1950. Bien qu’on soit très en avance sur les communautés hippies des années 1960, Barjavel s’intéressait à une mouvance, pas anti-progrès, mais anti-technologique.” Natacha Vas-Deyres

Ravage : une utopie régressive

“La fin de Ravage apparente le roman à une forme d’utopie régressive, c’est dans le dénuement que l’homme va retrouver des valeurs originelles, comme le respect de la Terre, mais aussi l’asservissement des femmes comme reproductrices. Le dernier discours de François Deschamps les compare à de la bonne terre qui n’attend que des semences.” Natacha Vas-Deyres

Sons diffusés :

  • Lecture d'extraits du roman de René Barjavel, Ravage, interprété par Bertrand Suarez-Pazos, livre audio édité par Le Livre qui parle
  • Musique de Jean-Baptiste Lully, Les forêts sont en feu, le ravage s’augmente, issue de l’opéra Bellérophon, 1679
  • Archive d’une interview de René Barjavel dans l’émission A cœur ouvert sur France Inter, 16/01/1969
  • Archive de René Barjavel dans l'émission La préface au silence, 03/11/1948
  • Chanson de Gérard Palaprat, Pour la fin du monde, 1974

Bibliographie :

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