Vaclav Havel, le nouveau président de la Tchécoslovaquie, s'adresse à la foule le 23 février 1990, depuis le palais Kinsky
Vaclav Havel, le nouveau président de la Tchécoslovaquie, s'adresse à la foule le 23 février 1990, depuis le palais Kinsky ©AFP - LUBOMIR KOTEK
Vaclav Havel, le nouveau président de la Tchécoslovaquie, s'adresse à la foule le 23 février 1990, depuis le palais Kinsky ©AFP - LUBOMIR KOTEK
Vaclav Havel, le nouveau président de la Tchécoslovaquie, s'adresse à la foule le 23 février 1990, depuis le palais Kinsky ©AFP - LUBOMIR KOTEK
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A la fin des années 80, la Tchécoslovaquie voit émerger un grand mouvement de contestation pacifiste qu'on nomme révolution de velours. Comment ce mouvement est-il né ? Quelles sont ses spécificités ? Quel est son héritage ?

Avec
  • Magdaléna Hadjiisky Politologue

Dans le Larousse, on parle d’un changement brusque et violent dans la structure politique et sociale d'un État,
qui se produit quand un groupe se révolte contre les autorités en place et prend le pouvoir. C’est la définition d’une révolution, qui se fait donc rarement sans verser de sang. Pourtant il y en a une qui fait exception, celle menée par les tchécoslovaques en 1989 et qui va leur permettre de se libérer du joug soviétique. Une révolution de velours, un oxymore qui décrit le changement, la volonté de démocratie et d’ouverture qui va se faire sans heurt.

Un contexte propice au renversement du régime

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"Gorbatchev, par tout un tas de discours et d'actes, confirme, à partir de son arrivée au pouvoir en 1985, que la glasnost et la perestroïka ne concernent pas seulement l'Union soviétique, mais aussi le Pacte de Varsovie et le Comecon. Chaque État membre du Pacte de Varsovie et du Comecon peut désormais envisager son avenir politique et social de manière un peu plus libre. Les Tchécoslovaques voient bien ce qui se passe en Hongrie. Ils voient bien que le Premier ministre hongrois coupe les barbelés de la frontière hongroise. Il voit aussi, dès le mois de juin 1989, des élections semi libres en Pologne. Et enfin, le 9 novembre, je vous le rappelle, la chute du mur de Berlin. Donc les Tchécoslovaques, à ce moment-là, ont le sentiment d'être laissés sur le bord de la route." Magdaléna Hadjiisky

17 novembre 1989 : une manifestation étudiante non-violente

"Lors de la Révolution de Velours, l'ensemble des groupes mobilisés savaient qu'ils avaient intérêt à rester non-violents pour imputer la violence éventuelle aux seules forces de l'ordre à l'Etat, à criminaliser l'Etat. Ils avaient aussi pour but de démentir la propagande de l'Etat soviétique qui présentaient les dissidents comme des hooligans, des délinquants. Les manifestations contestataires étaient tout simplement interdites. Alors, la surprise vient du fait que des étudiants, donc des gens qui étaient inscrits dans les structures officielles du régime, manifestent et contestent la légitimité du régime." Magdaléna Hadjiisky

Deux conceptions de la démocratie au sein du Forum Civique

"Le Forum civique est créé le 19 novembre 1989, dans le but d’accompagner la Tchécoslovaquie vers un modèle démocratique. Avec le recul, on peut considérer qu'il abritait globalement deux conceptions de la démocratie. Une vision participative, portée notamment par Havel, qui valorise avant tout l'engagement citoyen dans le processus politique. Cette première conception est extrêmement ambitieuse et va s'avérer très compliquée à mettre en œuvre. Une deuxième conception émerge progressivement, notamment grâce au futur premier ministre, Vaclav Klaus. Celui-ci parvient à convaincre un certain nombre de membres du Forum Civique civique de la nécessité d’adopter une forme démocratique plus “standard”. Pour l’économiste Vaclav Klaus, cela revient à s’inspirer des politiques de Margaret Thatcher ou de Ronald Reagan, et d’instaurer un système plus vertical, où l’individu aurait un rôle réduit." Magdaléna Hadjiisky

Sons diffusés

  • Archive manifestation étudiante du 17 novembre, JT de 20h France 2, 18/11/1989
  • Archive "Bilan de la semaine à Prague", Soir 3, 25/11/1989
  • Chanson de Plastic People of the Universe, Toxika, 1974
  • Chanson de Marta Kubisova, Molitba pro Martu (prière pour Marta),1968
  • Interview de Vaclav Havel, Le Journal de 20H, 28/12/1989
  • Discussion entre Vaclav Klaus et Vaclav Havel lors de la journée 'Ronald Reagan and the Fall of the Wall : Reflections from Yesterday, Lessons for Today' 06/11/2009
  • Archive manifestation à Prague, France 24, 16/11/2019
  • Chanson de Velvet Underground, I can’t stand it, 1969

Bibliographie :

  • HADJIISKY Magdaléna, “When Prophecy Succeeds. The Political Failure of Dissidents in the New Czech Democracy”, in Fillieule Olivier and Neveu Erik, eds., Activists Forever ? Long-Term Impacts of Political Activism , Cambridge, Cambridge University Press, 2019, p.224-250.

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