Centrale nucléaire EDF de Saint-Laurent, près d'Orléans en 2012.  ©Reuters - Regis Duvignau
Centrale nucléaire EDF de Saint-Laurent, près d'Orléans en 2012. ©Reuters - Regis Duvignau
Centrale nucléaire EDF de Saint-Laurent, près d'Orléans en 2012. ©Reuters - Regis Duvignau
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Résumé

La fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim, annoncée par le candidat Hollande dès 2012, fait débat entre le gouvernement et EDF. Pour développer les énergies renouvelables, la fermeture de centrales semble inévitable. Comment gérer cette transition énergétique ? Débat avec nos invités.

avec :

Jean-Jacques Delfour (philosophe, Essayiste, auteur de "La Condition nucléaire. Réflexions sur la situation atomique de l'humanité" Ed.L’Échappée, 2014), Bernard Laponche (Ancien ingénieur au CEA, physicien nucléaire, expert en politique énergétique, membre de l’association Global Chance.), Patrick Criqui (économiste, directeur de recherche au CNRS au laboratoire d’économie appliquée de l’Université de Grenoble.), Bruno Comby (Président de l'Association des écologistes pour le nucléaire qui rassemble 12 000 membres et signataires dans 65 pays, ingénieur en génie nucléaire, auteur du livre "Le Nucléaire, avenir de l'écologie?" aux éditions TNR.), Jacques Treiner (Physicien).

En savoir plus

EDF, entreprise détenue à 84,9% par l’Etat, va-t-elle obéir aux injonctions du gouvernement qui lui demande de lancer la procédure de fermeture de la centrale de Fessenheim avant la fin de l’année 2016 ? Hier encore, sur Europe 1, la ministre de l’environnement et de l’énergie, Ségolène Royal, a réaffirmé que cette échéance devait être tenue. Mais EDF réclame une indemnité d’au moins 2 milliards d’euros pour compenser cette fermeture alors que Ségolène Royal propose 100 millions d’euros. Les conditions d’un véritable bras de fer entre EDF et l’Etat sont donc rassemblées. Son résultat sera sans doute décisif pour l’avenir du nucléaire en France. En effet, la fermeture de Fessenheim, qui aura 40 ans de fonctionnement en 2017, constituerait une première et elle ouvrirait la porte à d’autres arrêts de réacteurs nucléaires.

Si le gouvernement s’active aujourd’hui, c’est en partie pour honorer un engagement de François Hollande sur une fermeture de Fessenheim fin 2016. Cette échéance a été reculée en raison du retard sur la mise en service de la nouvelle centrale EPR de Flamanville, aujourd’hui prévue pour fin 2018. Un autre engagement de François Hollande est concerné par cette fermeture : la réduction de la part de l’électricité nucléaire de 75% aujourd’hui à 50% d’ici 2025. Par ailleurs, la loi de transition énergétique, adoptée en juillet 2015, plafonne la capacité de production nucléaire en France à 63,2 GW, c’est-à-dire la capacité du parc actuel de 58 réacteurs répartis dans 19 centrales. Pour respecter ce plafond, la mise en service de l’EPR de Flamanville doit être compensée par l’arrêt d’une autre centrale. Le retrait des deux réacteurs de 900 MW de Fessenheim, soit 1800 MW, ne serait pas entièrement compensée par les 1600 MW du nouveau réacteur EPR de Flamanville. D’où une amorce, assez infime, de réduction de la puissance nucléaire installée en France.

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L’affrontement actuel entre l’Etat et EDF révèle la difficulté de sortir de ce qui constitue une véritable exception française. En nombre de réacteurs, seuls les Etats-Unis nous dépasse avec 104 réacteurs contre 58. Mais pour la part du nucléaire dans la production d’électricité, la France arrive largement en tête. Les Etats-Unis ne sont qu’à 20% contre 75% en France. Outre le débat sur les dangers particuliers que représente le nucléaire, la grande question est de savoir comment les énergies renouvelables pourront se développer si la part du nucléaire n’est pas fortement réduite. C’est tout l’enjeu du bras de fer actuel et c’est le sujet de notre débat d’aujourd’hui.