France Culture
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Le triomphe du doute - Victor Brauner - 1946
Le triomphe du doute - Victor Brauner - 1946

Au cours des dernières décennies, la science s’est transformée, à plusieurs reprises, en un instrument à double tranchant. D’un côté, elle sert à éclairer l’humanité sur le fonctionnement de notre univers et sur celui de notre corps. D’un autre, elle se met parfois au service de causes qui n’ont rien de scientifique. On a ainsi vu des chercheurs s’opposer aux résultats des travaux démontrant les dangers du tabac ou du DDT, établissant la réalité du trou d'ozone ou alertant sur les dégâts des pluies acides sur l’environnement. Aujourd’hui, certains scientifiques contestent la responsabilité des activités de l’homme dans le réchauffement climatique, voire la réalité même de ce réchauffement. Ils sont soupçonnés de servir, eux aussi, des intérêts économiques qui s’accommodent mal des contraintes dues à la limitation des rejets de CO2 dans l’atmosphère.

Telle est la thèse d’une historienne américaine des sciences de la Terre, Naomi Oreskes, professeur à l’université de Californie, qui vient de publier en France son livre intitulé Les marchands de doute , coécrit avec Erik Conway, historien des sciences au Jet Propulsion Laboratory de la Nasa. Des années d’enquête leurs ont été nécessaires pour reconstituer le fil de ces débats en apparence scientifiques mais qui masquent le lobbying orchestré par de puissantes entreprises ou des secteurs industriels. Si ces affaires sont complexes et délicates à débrouiller, c’est bien parce que les lobbys instrumentalisent des scientifiques pour défendre leurs thèses. Pour atteindre leur objectif, c'est-à-dire souvent une absence de réglementation contraignante et coûteuse pour leur activité, les lobbys ont besoin des médias. Et Naomi Oreskes n’épargne guère la presse ni les journalistes accusés de complicité.

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Comment la science s’est-elle laissée pervertir par les intérêts économiques et financiers depuis une cinquantaine d’années ?

Quels sont les coupables ? Les scientifiques, les journalistes, les hommes politiques ?

Comment détecter les impostures scientifiques et organiser des débats publics qui échappent aux pressions des lobbys ?

Comment rétablir une indépendance des chercheurs mais aussi des journalistes pour éviter que ne se reproduisent des situations dans lesquelles les marchands de doute parviennent à leur fin sans, pour autant, éliminer le doute qui constitue l’un des moteurs de la recherche ?

No doubt, Lisa Nankivil, 2009
No doubt, Lisa Nankivil, 2009

L'équipe

Michel Alberganti
Production
Dany Journo
Réalisation
Catherine Donné
Collaboration