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Marie-Henri Beyle (1783 - 1842), mieux connue sous son pseudonyme Stendhal. Écrivain français du XIXe siècle.
Julien marcha rapidement vers la maison de M. de Rênal. Malgré ses belles résolutions, dès qu’il l’aperçut, il fut saisi d’une invincible timidité. Il n’était pas la seule personne dont le cœur fût troublé par son arrivée dans cette maison.
 Le Rouge et le Noir, Couverture de la première édition, publiée en 1831, par Stendhal
Madame de Rênal, mariée à seize ans à un bon gentilhomme, n’avait de sa vie éprouvé ni vu rien qui ressemblât à l’amour.
Gravure de Henri Dubouchet
Pendant que Madame de Rênal était en proie à ce qu’a de plus cruel la passion terrible dans laquelle le hasard l’avait engagée, Julien poursuivait son chemin gaiement au milieu des plus beaux aspects que puissent présenter les scènes de montagne.
Illustration par Henri-Joseph Dubouchet (1884)
Le trois septembre à dix heures du soir, un gendarme réveilla tout Verrières en montant la grande rue au galop. Il apportait la nouvelle que Sa Majesté le roi arrivait le dimanche suivant, et l’on était au mardi.
Illustration de Henri-Joseph Dubouchet
Les vraies passions sont égoïstes.
 Le Rouge et le Noir de Stendhal - 1831.Illustration pour la première édition
La réflexion du philosophe me fait excuser madame de Rênal ; mais on ne l’excusait pas à Verrières, et toute la ville, sans qu’elle s’en doutât, n’était occupée que du scandale de ses amours.
illustration pour le rouge et le noir, roman de Stendhal (1783-1842), gravure de Henri-Joseph Dubouchet (1833-1909), publié par Conquet, 1884, Paris.
Julien réussissait peu dans ses essais d’hypocrisie, il tomba dans des moments de découragement complet. Il était seul comme une barque abandonnée au milieu de l’océan.
 Illustration du roman 'Le Rouge et le Noir' de Stendhal.
Julien n’avait pas assez d’usage pour distinguer que c’était du feu de la saillie, que brillaient de temps en temps les yeux de mademoiselle Mathilde, c’est ainsi qu’il l’entendit nommer.
Illustration pour le rouge et le noir, roman de Stendhal (1783-1842), gravure de Henri-Joseph Dubouchet (1833-1909), publié par Conquet, 1884, Paris.
Il y avait trop de fierté et trop d’ennui au fond du caractère des maîtres de la maison ; ils étaient trop accoutumés à outrager pour se désennuyer, pour qu’ils pussent espérer de vrais amis.
Illustration de Henri-Joseph Dubouchet
Les yeux de Julien exprimaient le feu de la conscience et le mépris des vains jugements des hommes ; ils rencontrèrent ceux de mademoiselle de La Mole tout près de lui, et ce mépris, loin de se changer en air gracieux et civil, sembla redoubler.
 Illustration pour le rouge et le noir, roman de Stendhal (1783-1842), gravure de Henri-Joseph Dubouchet (1833-1909), publié par Conquet, 1884, Paris.
"Julien commençait à ne plus prendre pour de la sécheresse de cœur le genre de beauté qui tient à la noblesse du maintien. Il eut de longues conversations avec mademoiselle de La Mole, qui, pendant les beaux jours du printemps, se promenait avec lui dans le jardin."
Illustration de Henri-Joseph Dubouchet
"Si vous manquez d’honneur, dit-elle d'emblée, vous pouvez me perdre, ou du moins le tenter ; mais ce danger que je ne crois pas réel, ne m’empêchera certainement pas d’être sincère.

À propos de la série

Publié en 1830, Le Rouge et le Noir est le second et le plus célèbre roman de Stendhal. À travers le parcours de Julien Sorel, c’est d’abord la France de Charles X que le romancier a voulu "peindre" - voir "chroniquer", selon le sous-titre du roman. Un feuilleton réalisé par Michel Sidoroff.

Né à Grenoble, six ans avant la Révolution française, Henri Beyle (Stendhal) est un enfant au caractère apparemment difficile. En conflit avec son père, il fuit la province pour Paris, où il passe le concours de l’École Polytechnique. Il débarque dans la capitale en 1799, au lendemain du coup d’État de celui qu’il admire tant : le général Bonaparte, désormais Premier Consul.
Stendhal ne veut pas d’une vie bien rangée. Il cherche le mouvement, le rebondissement, l’amour et le succès. Il délaisse alors son projet d’étude et s’engage  dans la campagne d’Italie. Il tombe amoureux de ce pays, où il passe une grande partie de sa vie. Sous l’Empire, il mène une brillante carrière militaire. Après la chute de Napoléon, à Milan, puis à Paris, il se consacre à l’écriture. Il est finalement  nommé consul à Civitavecchia, dans les États pontificaux. Malade, il retourne à Paris en 1841 où une crise d’apoplexie le foudroie dans la rue au soir du 22 mars 1842. Sur sa tombe, on lit cette  épitaphe rédigée en italien : "Arrigo Beyle, milanese, scrisse, visse, amo" ("Henri Beyle, milanais, j’ai écrit, j’ai observé, j’ai aimé."). Aujourd’hui encore, son nom est associé à un certain art de vivre : le "beylisme".
L’œuvre de Stendhal est très variée. Des romans (Le Rouge et le Noir, La Chartreuse de Parme, Lucien Leuwen…), des textes autobiographiques (Souvenirs d’égotisme, Vie de Henry Brulard, le Journal), ou encore des essais (Racine et Shakespeare, ouvrage dans lequel Stendhal s’engage aux côtés de Victor Hugo dans la bataille contre le théâtre classique).
Publié en 1830, Le Rouge et le Noir est son second et son plus célèbre roman. L’idée du livre lui vient lors d’un voyage dans le Midi de la France un an plus tôt, "dans la nuit du 25 au 26 octobre", prend-t-il soin de préciser. S’il pense d’abord l’intituler Julien, comme son héros, il change son titre en cours de route. Quant à l’intention du roman, il la résume ainsi au libraire Vieusseux : "Je vous enverrai en septembre un roman intitulé Le Rouge et le Noir dont la prétention est de peindre la France telle qu’elle est en 1830". À travers le parcours de Julien Sorel, c’est d’abord la France de Charles X que le  romancier a voulu "peindre" - voir "chroniquer", selon le sous-titre du roman.
Fils de charpentier, Julien Sorel est trop sensible, trop doué et trop ambitieux pour se contenter d'une carrière familiale dans la scierie de Verrières, petite ville de Franche-Comté. Son modèle n'est autre que Napoléon Bonaparte. Julien trouve une place de précepteur dans la maison du maire, Monsieur de Rênal, et tombe vite passionnément amoureux de sa douce et vertueuse épouse, Louise de Rênal. Pour fuir cette situation dangereuse et douloureuse, il se rend à Paris où il devient le secrétaire du marquis de La Mole. Là encore, le destin s'en mêle en la personne de Mathilde, la fille du marquis dont Julien s'éprend... cette fois, il est la victime d'un ordre social que Stendhal dénonce comme injuste, celui d'une société s'efforçant de vivre, sous la Restauration, comme elle avait vécu avant 1793, et qui se montrait d'autant plus intransigeante que la Révolution l'avait profondément traumatisée. Hors de question qu'un roturier comme Julien Sorel, aussi doué soit-il, sorte de son ghetto et affirme sa personnalité. Vivant dans un monde hostile et qui ne souhaite que sa perte, Julien est contraint de dissimuler la seule richesse qu'il possède: son âme, ses mouvements passionnés, ses aspirations, sa candeur, sa spontanéité, et de troquer ses qualités innées contre des agissements tortueux et hypocrites. Aussi n'est-il lui-même que dans la solitude, jusqu'à se retrouver définitivement et tragiquement seul face à la mort.

Adapter Le Rouge et le Noir pour la radio. Note d'Hélène Bleskine.

Capter la voix de l'auteur, tel est le défi que je me suis imposé." La voix de Stendhal est présente tout au long du roman. Et nous sommes au royaume de la subtilité. Une voix comme un fil électrique rattaché aux Lumières du XVIIIème siècle, légèreté et enthousiasme. Stendhal est amoureux de Mozart, de Cimarosa: «Les jours de bonheur, vous préférerez  Cimarosa. Dans les moments de tristesse, Mozart aura l'avantage.

Stendhal est amoureux de la fougue, de l'énergie, de l'imprévu. "Il s'agit de ne pas bâiller d'ennui." Des émotions vives, l'ardeur, le courage. Il écrit par exemple : "Le caractère des Français est gai, brave, moqueur, insouciant." Stendhal est le prince de la nuance, de la complexité. Et il n'oublie jamais "la vérité, l'âpre vérité ".C'est pourquoi Le Rouge et le Noir est aussi un grand roman politique. Aucune aigreur, aucun ressentiment, ses pensées intérieures sont sans acrimonie. Ce qui est le grand art. Le grand art justement de l'esprit des Lumières. Et ce qui est ravissant, ce sont toutes les voix intérieures de tous les personnages, les monologues secrets, l'invention de l'intime en soi, ce qui s'appelle penser par soi-même au fur et à mesure que se déroule l'action. "L'intime du cerveau" comme l'écrivait Baudelaire à propos de Delacroix : "Il donne à voir l'intime du cerveau, une intense méditation."Stendhal a inventé cette intimité du cerveau dans le roman.
C'est pourquoi ces voix intérieures qui courent dans Le Rouge et le Noir, ont été comme des fugues, des intermèdes presque chuchotés, quelque chose d'inouï pour attraper le rythme, la musique de ce roman.

Feuilleton en 15 épisodes de 2015
Réalisation Michel Sidoroff

Provenant de l'émission

Le Feuilleton, du lundi au vendredi de 20h30 à 21h00 sur France Culture

30 minutes d’espace de création radiophonique, de grandes adaptations d’œuvres du patrimoine classique et contemporain pour mêler tous les métiers et les talents de la radio.