"Pauvre Rutebeuf"

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Pauvre Rutebeuf
Pauvre Rutebeuf

Du poète de l’Infortune, dit Rutebeuf, on ne sait rien si ce n’est ses mots inconsolés du Moyen-âge.

**14 000 vers d’ancien français qui chantent même en été le cœur triste et noirci. **

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« Tout ce que j’ai fait est à refaire » disait cet homme du 13ème siècle qui dormait sur la paille en plein Paris.

Mais ses poèmes de pauvreté et d’amertume font merveille à perpétuité, pour les siècles des siècles et jusqu’à aujourd’hui.

De quoi gémir sept jours sur sept et en toute saison.

**« Me voici tel l’osier sauvageou comme l’oiseau sur la branche : *l’été je chante * L’hiver je pleure et me lamente ». **

De son parler en détresse, et de sa longue complainte universelle, Léo Ferré a emprunté les vieux amis que vent emporte. Ce vent sempiternel qu’arbre défeuille, il vient tout droit et froid de « la griesche d’hiver ». Quant à « l’espérance du lendemain », l’unique fête finale, c’est celle du propre « mariage de Rutebeuf ».

Ainsi Léo Ferré a-t-il mêlé trois poèmes de Rutebeuf pour cette version sienne, reprise par tant d’autres interprètes tel Philippe Léotard ou Joan Baez.

**Archives INA sur "le pauvre boeuf" du marché de Neuilly ** : "THEMA LEO FERRE" / "Profils" diffusé en janvier 1971.

« La poésie de Rutebeuf - clerc par le savoir et jongleur par le métier - cultive tous les tons, tous les genres : il a poursuivi de ses critiques les moines mendiants, ses bêtes noires, et leurs protecteurs, pour défendre l'université ; il a prêché la croisade que tous les ordres de la société tendaient à négliger ; il a montré, dans ses Poèmes de l'infortune , au-delà de l'image traditionnelle du pauvre jongleur, le drame et la poésie de la pauvreté, principe unifiant de l'œuvre, en une vertigineuse litanie, toujours recommencée ; il n'a pas négligé les plaisanteries et l'humour des fabliaux dont le Testament de l'âne est un très bel exemple ; il a écrit les vies de sainte Marie l'Égyptienne, la courtisane repentie, et de sainte Élisabeth de Hongrie, des poèmes à la Vierge, et une pièce de théâtre sur la déchéance et la rédemption du clerc Théophile, double du poète - miracle au demeurant difficile à interpréter : retrace-t-il, à grands traits de manière symbolique, l'itinéraire réel du poète, ou exprime-t-il ses tentations, ses rêves, ses espoirs, ou bien présente-t-il un cas extrême qui atténue les propres fautes de Rutebeuf ? » Jean Dufournet

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