Début mars, des collages dénonçant l'islamophobie de deux professeurs avaient été placardés à l'entrée de l'IEP de Grenoble
Début mars, des collages dénonçant l'islamophobie de deux professeurs avaient été placardés à l'entrée de l'IEP de Grenoble
Début mars, des collages dénonçant l'islamophobie de deux professeurs avaient été placardés à l'entrée de l'IEP de Grenoble - Capture d'écran Twitter-Unef Grenoble
Début mars, des collages dénonçant l'islamophobie de deux professeurs avaient été placardés à l'entrée de l'IEP de Grenoble - Capture d'écran Twitter-Unef Grenoble
Début mars, des collages dénonçant l'islamophobie de deux professeurs avaient été placardés à l'entrée de l'IEP de Grenoble - Capture d'écran Twitter-Unef Grenoble
Publicité
Résumé

Depuis le meurtre de Samuel Paty victime d'une campagne de délation, les tensions se multiplient dans l'enseignement et la recherche. À Grenoble, ce sont des étudiants de Sciences Po qui ont récemment dénoncé publiquement deux de leurs professeurs comme "fascistes" et "islamophobes".

avec :

Gérald Bronner (Professeur de sociologie à l’Université Paris Diderot - Paris VII), Jean Szlamowicz (Professeur des universités ; Critique à Jazz Hot et Down Beat), Sandra Laugier (Philosophe à l'université Paris I).

En savoir plus

Après Stéphane Dorin à Limoges, après Kevin Bossuet à Saint-Denis, après Didier Lemaire à Trappes, voici donc Klaus Kintzler à Grenoble. Klaus Kintzler est ce professeur d’allemand de l’université de Grenoble qui, après un différent avec l’une de ses collègues sur la scientificité du terme islamophobie, a vu son nom outé, avec celui de l’un de ses collègues, par un tag anonyme sur un mur de l’université de Grenoble, les accusant l’un et l’autre de fascisme et d’islamophobie. 

Depuis, les deux professeurs sont placés sous surveillance policière, l’enseignante qui avait échangé avec Kintzler s’est dite victime de harcèlement de sa part et a du être mise en arrêt maladie, et le laboratoire de recherche qui la soutient croule sous les injures voire les menaces.

Publicité

Dans le contexte de l’après Paty, et en plein débat autour de l’islamogauchisme, cette nouvelle affaire se révèle particulièrement complexe, et peut-être justement pour cela particulièrement révélatrice. Les tensions y sont à leur comble, y compris d'ailleurs lors de la préparation de cette émission. En jeu pourtant au départ, un simple intitulé scientifique pour une journée autour de l’égalité. Mais la Raison a besoin de la raison pour penser, c'est là sa limite.  Quand les passions l'emportent, la science est-elle seulement possible ? 

La notion d'islamophobie dans le champ scientifique

Tout le monde est absolument indigné et révulsé par le fait qu'on affiche des noms et des images de collègues se livrant ainsi à une forme de vindicte. Il y a des termes qui sont en fait des espèces de signaux qui vont susciter de la violence verbale. […] On va très vite se trouver à mettre en cause la légitimité et la scientificité de tout un champ de recherche qui, en réalité, est tout à fait légitime. Sandra Laugier 

Quand on jargonne, qu'on utilise des mots avec des préfixes et des racines grecques, on a l'impression que c'est scientifique, c’est une apparence. Ce qui compte ce sont les raisonnements et les démonstrations. L'idée d'islamophobie a une vocation offensive politiquement, c'est un argument. Dans cette affaire, c'est justement une accusation, ce n'est donc pas un concept descriptif. […] L'islamophobie est un terme qui a vocation à intimider et empêcher la critique de l'islam comme réalité théologique, politique, en faisant comme si c'était une réalité qui s'appliquait de manière massive. Jean Szlamovicz

Nous avons quand même un peu changé d'époque. Je parle aujourd’hui d’une épidémie de sensibilité invraisemblable. La question, c'est quels sont les concepts analytiques qu'on va utiliser pour décrire cette discrimination et est-on bien certain que ces concepts ne vont pas se retourner contre leurs intentions ? Nous sommes pris en otage, de part et d'autre par des portions très radicales et de part et d'autre, les plus modérés se font des procès réciproques en radicalité qui ne sont pas fondés. Si on pouvait retrouver la voie de la raison… Gérald Bronner

À réécouter : Crise dans l'enseignement et crise de la gauche après l’assassinat de Samuel Paty

À réécouter : De quoi l'islamo-gauchisme est-il le nom ?

Références musicales

Disbelief Suspension de Mark Lanegan

Man of Peace de Gloria Gaynor

Pour aller plus loin :

Intellectuels de tous les pays, dé-trumpez-vous ! de Sandra Laugier, Libération, 12 mars 2021

Références

L'équipe

Marc Weitzmann
Production
Luc-Jean Reynaud
Réalisation
Audrey Dugast
Collaboration