Manifestation du 19 février 2019 pour dénoncer l'antisémitisme, place de la République, Paris.
Manifestation du 19 février 2019 pour dénoncer l'antisémitisme, place de la République, Paris. ©Getty - Owen Franken - Corbis
Manifestation du 19 février 2019 pour dénoncer l'antisémitisme, place de la République, Paris. ©Getty - Owen Franken - Corbis
Manifestation du 19 février 2019 pour dénoncer l'antisémitisme, place de la République, Paris. ©Getty - Owen Franken - Corbis
Publicité

A l'occasion de la publication de l'essai de Pascal Ory "De la haine du Juif", regards croisés sur un imaginaire français.

Avec
  • Pascal Ory Historien, spécialiste d’histoire culturelle, membre de l’Académie française
  • Simon Epstein Economiste. Historien à l’université hébraïque de Jérusalem.

Il arrive parfois dans un paysage culturel que plusieurs éléments épars convergent pour faire signe du temps présent, dessiner un moment de l’époque. Cet automne par exemple, au-delà de leurs qualités respectives ou des polémiques qui ont pu les entourer, les sorties concomitantes du film de Philippe le Guay L’homme de la cave, sur le négationnisme, des romans historiques de François Noudelmann, Anne Berest et Christophe Donner, auront curieusement coïncidé avec l’émergence brutale de la figure d’Eric Zemmour dont le succès au moins médiatique, après vingt ans de montée de l’antisémitisme en France, aura ramené au premier plan de l’imaginaire français non seulement Vichy mais la figure à la fois fascinante et répulsive du Juif et avec elle, toute une narration judéophobe, raciste et antirépublicaine ressuscitée des cendres des premières décennies du siècle dernier. 

Au terme de cette saison étrange, et alors que le succès d' Eric Zemmour donne les premiers signes d’un essoufflement prévisible, deux publications d’historiens permettent d’en esquisser un premier bilan. Celle de Pascal Ory qui avec De la haine du Juif propose un bref essai historique sur ce qu’il considère être un invariant éternel ; et celle de Simon Epstein, l’historien plusieurs fois cité part Zemmour, qui livre pour la première fois ce mois-ci dans le journal de la Licra une mise au point sur le sujet.  

Publicité

Il faut avoir un peu d'esprit historique, il est clair qu'au printemps 1944, Vichy est devenu un régime fasciste ; c'est cela la très lourde responsabilité de Pétain. Pascal Ory

Les grandes crises antisémites ont aussi un fondement social, un fondement objectif. (...) _C_e fondement social de l'antisémitisme, continue de nous suivre jusqu'à aujourd'hui de diverses manières. Il s'exprime à la fois du côté mouvement ouvrier au milieu du 19e siècle, il s'exprime aussi du côté de la bourgeoisie. Simon Epstein

Le rapport à la nation 

Le développement des études historiques fait craquer la fine couche émancipatrice du 19eme siècle. Et quand on descend dans le 18e, dans le 17e, dans le 16e siècle, il est évident que les Juifs ne font pas partie de la nation française, ils font partie de la nation juive. L'idée que les Juifs font partie de la nation française, c'est une idée qui a très peu duré sur le plan historique. Simon Epstein

Dans l'esprit de Charles Maurras, c'est-à-dire quand même de beaucoup de contemporains, être antisémite, c'est être populaire. (...) D'autant plus qu'une partie du raisonnement Zemmourien fait beaucoup penser au raisonnement de Charles Maurras. Pascal Ory

Musiques diffusées

The partisan de Leonard Cohen

Short change hero de The Heavy

ainsi qu'un extrait d'une interview de Jean-Luc Mélenchon

Pour aller plus loin

Tribune de Simon Epstein : Zemmour d’un point de vue juif, LEDDV, 2 novembre 2021.

Antisémitisme(s) : un éternel retour ?, Revue d'histoire moderne et contemporaine, 2015.

43 min
En savoir plus : Léon, Paul et Poliakov
52 min