Houellebecq sur le plateau du Grand Journal, en 2010
Houellebecq sur le plateau du Grand Journal, en 2010 ©AFP - Joël Saget
Houellebecq sur le plateau du Grand Journal, en 2010 ©AFP - Joël Saget
Houellebecq sur le plateau du Grand Journal, en 2010 ©AFP - Joël Saget
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Dans le nouveau volume de ses "Interventions", le troisième et dernier du genre, Houellebecq partage à ses lecteurs des textes en partie inédits. Des fragments majeurs pour retracer le parcours de l'écrivain, comprendre ses points de vue, et saisir ce qu'il incarne de l'époque.

Avec
  • Eric Marty Ecrivain, essayiste et professeur de littérature française à l’Université Paris Diderot-Paris 7
  • Raphaël Baroni Professeur associé à l'Université de Lausanne en narratologie
  • Agathe Novak-Lechevalier Maître de conférences en littérature à l’Université Paris X Nanterre

Des diverses figures incarnant ce qu’il est convenu d’appeler à gauche le mouvement conservateur française qui restera comme le marqueur de sa génération, Michel Houellebecq est à la fois de loin le plus brillant, le plus littéraire, et le plus inclassable. Il est aussi, le seul dont la vision du monde qu’il propose extraordinairement cohérente au fil des ans, repose sur une véritable métaphysique. 

Descripteur du monde comme supermarché et comme dérision au temps de la fête et de la consommation, de la misère sexuelle au temps des clubs libertins, hérault du non à Maastricht lors de la création de l’Europe, laudateur de Donald Trump, et d’un Eric Zemmour en qui il voit se dessiner la figure du catholique non-chrétien qu’il est lui-même, Michel Houellebecq se penche moins sur son époque qu’il en est l’incarnation vivante.

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C’est pourquoi Interventions 2020, le recueil de texte qui sort en ce moment, et qui regroupe des textes parus entre le milieu des années 90 et aujourd’hui, est un petit évènement. Au-delà de l’inégalité des articles réunis, ce livre permet de retracer le parcours d’un écrivain dont l’aura improbable fascine jusque dans les rangs de la gauche qui aimerait le détester, et qu’il embarrasse. A travers ce parcours, c’est le visage français de notre époque qui se dessine - une époque née vers la fin du 20ème siècle, dans les ruines de la guerre froide, et qui d’angoisse en intolérance, d’intolérance en quête religieuse et de quête en déprime, cherche sans y parvenir l’entrée dans le siècle nouveau. Ecrivain, artiste conceptuel, essayiste politique, Houellebecq est un signe des temps. 

Eric Marty : 

Houellebecq ne casse pas seulement les codes, il brouille aussi les médiations traditionnelles du champ littéraire et du champ intellectuel. En cela je le trouve très intéressant : il est véritablement de son époque, ce que très peu d'écrivains peuvent se targuer d'être. Il porte en lui des tensions, des contradictions, des dimensions insupportables et en même temps séduisantes...

Agathe Novak-Lechevalier :

Interventions 2020 éclaire vraiment l'œuvre de Houellebecq de manière intéressante et manifeste surtout l'importance d'un point de vue moral, qui est de plus en plus important chez lui. On a l'impression qu'il touche toutes les questions qui nous agitent actuellement, et il les touche souvent avec une longueur d'avance.

Raphaël Baroni :

Ce qui est vraiment frappant dans les œuvres de Houellebecq, c'est qu'il fait voler en éclaire une sorte de doxa qui s'était installée dans les lettres françaises : cette idée que ce que pense l'écrivain est important, que ce qu'une fiction est capable de dire du monde l'est également. J'aime dans ses Interventions le fait que Houellebecq s'exprime sans cette médiation, sans ce filtre qui nous fait douter de qu'il exprime comme son propre point de vue.

Marc Weitzmann rappelle que quand Houellebecq est apparu comme le romancier qu'il est, il pouvait donner l'impression que, pour la première fois depuis longtemps, un écrivain français essayait de penser le monde. Ce sont justement les lignes de force de cette pensée qui apparaissent très clairement dans ses Interventions, sans l'intermédiaire de la fiction.

Agathe Novak-Lechevalier :

On ne trouve pas chez Houellebecq une forme de nostalgie d'un état ancien qui serait idyllique. On ne trouve aucune parenté chez lui avec des gens comme Maurras. En revanche, il y a un rejet de l'individualisme libéral. C'est la base de ce qu'il dit avec des mots très forts : il parle de catastrophe civilisationnelle.

Eric Marty : 

Je crois que Houellebecq est quelqu'un de rusé et qu'il pose des leurres un peu partout, y compris à travers ses positions réactionnaires, qui à mon avis sont des positions tout à fait folkloriques. 

Raphaël Baroni :

La particularité dans son écriture, c'est qu'il rattache toujours un constat apparemment essayiste sur le monde à son propre vécu, au récit d'un traumatisme qui est très fort chez lui. Sa posture politique est influencée par le contexte qu'on retrouve dans ses premiers romans : il a été élevé par des parents soixante-huitards, et il se pose en produit souffrant de cette union, et cette souffrance est fondamentale dans son oeuvre.

Références musicales :

Michel Houellebecq, Présence Humaine (2000)

Iron & Wine, Low Light Buddy Of Mine (2013)

Moriarty, Firedays (2007)

L'équipe

Marc Weitzmann
Marc Weitzmann
Marc Weitzmann
Production
Aurélie Marsset
Collaboration
Peire Legras
Réalisation