Omar Youssef Souleimane
Omar Youssef Souleimane - Claude Grassian / Flammarion
Omar Youssef Souleimane - Claude Grassian / Flammarion
Omar Youssef Souleimane - Claude Grassian / Flammarion
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Syrie 2011. L'histoire d’un mouvement de libération écrasé, aujourd'hui méconnu ou nié, est au coeur du roman d'Omar Youssef Souleimane, Le dernier Syrien. Un mouvement que l'écrivain a vécu de l’intérieur, en prenant part aux manifestations à Damas et à Homs, avant de s'exiler en France en 2012.

Avec

Que sait-on de la Syrie aujourd’hui, en dehors de Bachar el-Assad, du soutien que lui apportent la Russie et l’Iran, et des chiffres terribles de ce que la presse a baptisé "la crise des réfugiés" ? Entre 2011 et 2017, le double cataclysme qu’ont représenté la guerre et la répression a ainsi détruit 3 millions de maisons, et tué 200 000 civils dont 17 000 enfants. 45 000 personnes sont mortes sous la torture en prison et l'on dénombre près de 12 millions de déplacés et réfugiés syriens, dont 8 millions ont fui le pays, parfois pour l'Europe. 

Ce que l'on sait moins, c'est comment les choses ont commencé. Comment, au début de l'année 2011, tandis que les foules arabes se soulevaient en Tunisie, en Egypte, au Yémen, déclenchant le printemps du même nom, une partie de la jeune génération syrienne tentait quant à elle de faire une révolution contre tous les tabous. De Damas à Homs, les jeunes qui se sont lancés contre le régime ne voulaient pas seulement le renverser, ils voulaient aussi renverser l'ordre social. C'était une révolution politique, mais aussi une révolution sexuelle contre la religion. Elle a duré un an... avant que la violence du régime conjuguée à celle des islamistes ne la détruisent, condamnant ses protagonistes à la prison, à la mort ou à l’exil.

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Marc Weitzmann : Qu’est-ce qui a déclenché l’écriture du livre ?

Omar Youssef Souleimane : La plupart des jeunes et des amis avec qui j’ai participé aux manifestations à Damas en 2011 ont été assassinés ou alors ils sont en prison aujourd'hui. Et pour la plupart, je n’ai gardé aucune image d’eux. J’avais besoin d’écrire sur tous ceux qui ont donné leur vie pour la liberté de leur pays, pour qu’ils ne soient pas oubliés. 

Joséphine, Khalil et Youssef et Mohammad, les personnages du roman sont donc inspirés de personnages réels ?

En effet, il s'agit d'un roman d'inspiration autobiographique. Chacun de mes personnages mène une triple révolution : au sein de leur famille, de leur environnement social et enfin contre le régime de Bachar el-Assad. J’ai voulu montrer que la révolution de ces jeunes n’était pas seulement politique, elle était aussi sociale, contre les traditions, pour gagner une liberté et une dignité et devenir indépendant dans une société dans laquelle ils pourraient vivre leurs rêves.

Nos parents ont été éduqués avec l’interdit, ils sont ridicules, ils n’ont pas vraiment vécu leur vie mais il faut qu’ils nous laissent vivre la nôtre.  Le dernier Syrien, extrait.

Mohammad dit de la Syrie qu’elle est "une terre maudite d’où ne jaillit que le pétrole, la guerre et la haine" et le roman s’achève sur la nécessité de l'exil, voire de façon encore plus sombre, sur l'inutilité de témoigner :

Omar Youssef Souleimane : Au début de la révolution ces jeunes ont cru que s’ils filmaient s’ils publiaient des reportages s’ils militaient, alors quelqu’un allait les aider. Ils ont cru aux droits de l’homme, ils ont cru qu’au XXIe siècle c’était inacceptable un régime torture et que le monde entier regarde cela sans réagir. Et d’un coup ils ont pris conscience que c’était possible et ils ont perdu tout espoir. C’est pour cela que la plupart des personnages de mon livre décident de quitter la Syrie, comme l’ont fait la plupart des militants laïques syriens.

Youtube regorge de cadavres, nous avons des milliers de photos mais malgré cela, personne ne fait attention à cette tuerie, notre sang n’a aucune valeur. Le dernier Syrien, extrait.

Pourquoi écrire alors ?

Omar Youssef Souleimane : Aujourd’hui en effet témoigner, ce n’est plus pour demander de l’aide ni pour espérer sauver la Syrie. J'écris pour continuer à vivre. Après ce qui s’est passé dans mon pays, j’essaie de prolonger ma propre révolution au travers de l’écriture. C’est la seule façon pour moi de garder espoir et de garder une forme de rêve.

Musiques diffusées

  • Maryam Saleh, Wahdi
  • Maryam Saleh, Kashf Asary
5 min